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Éducation sexuelle

« Si une fille te dit « non », c’est celle-là qu’il te faut »

19 avril 2015
Geoffroy Géraud Legros
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« Le sexe est un désastre qui mène à l’échec scolaire, aux overdoses, aux grossesses non-désirées », « les préservatifs sont tous troués » : twitté en direct par la mère d’un élève, le contenu d’un cours d’éducation sexuelle orienté vers « la promotion de l’abstinence » dispensé dans une école publique enflamme l’opinion américaine.

Titeuf par Zep.

« Je n’aurais pas du te dire que notre cours d’éducation sexuelle portait sur l’abstinence », dit en riant un jeune garçon de 14 ans à sa mère, avant de « l’inviter » à assister à son cours du lendemain.

Universitaire reconnue, spécialisée dans les études sexuelles et l’épistémologie des sciences, Alice Dreger n’avait guère de préjugé favorable à l’enseignement prodigué au sein de cette école publique du Michigan, État fédéré qui a très officiellement intégré « la promotion de l’abstinence » à sa politique éducative.

Un a priori négatif renforcé par l’attitude de son fils — qui, selon Alice Deger a « hérité de sa mère une complète inaptitude à adhérer à des conneries ».

En s’asseyant mardi dernier dans la salle de classe, la scientifique ne s’attendait pas pour autant à un tel florilège d’obscurantisme décomplexé, dont elle a twitté en direct les morceaux d’anthologie, enflammant la toile américaine.

Alice Dreger.

Dispensé par un professeur de sport assisté ce jour-là par « Mrs Thomas », une intervenante extérieure, le cours établit un parallèle édifiant entre le tableau des prospérités de l’abstinence et les malheurs du vice — ces manquements à la chasteté qui ont eu des conséquences, rapporte Alice Deger au journal « The Stranger ».

Le premier récit est délivré par « Mr Jerry », qui rapporte un parcours de déclassement et d’alcoolisme initié, selon lui, par la grossesse prématurée de sa petite amie « que sa mère avait pourtant initiée à la contraception ».

Dissimulant le fruit honteux de leurs amours à leurs familles respectives, confrontés aux moqueries et aux insultes de leurs camarades de classe, le couple aurait dérivé jusqu’à ce que « Mr Jerry », quittant sa compagne, mette enceinte une autre jeune fille, sombrant définitivement dans la spirale de l’échec — « pas de travail, plus d’alcool, plus de drogues ».

C’est, comme on pouvait s’y attendre, par un « happy end » que se conclut cet itinéraire apocalyptique : ayant rencontré une « fille magnifique », M. Jerry décide cette fois-ci d’attendre le mariage pour consommer l’acte de chair.

Un exercice de chasteté de deux ans — dont l’évocation fait néanmoins plus penser à du harcèlement qu’à la langueur d’amour courtois d’antan : « Lorsque vous rencontrez une fille qui dit « non », c’est que c’est celle-là qu’il vous faut », conclut Mr Jerry.

« Idiote que je suis », ironise Alice Dreger,« moi qui ai dit à mon fils que lorsqu’une fille dit « non », il faut s’en aller poliment et dégager de son orbite ».

Messages : le sexe « n’est que l’un des éléments d’une mauvaise vie ».

Surtout : « la contraception ne fonctionne pas ».

C’est ce dernier thème que déroule « Mrs Thomas ».

Contraception on Deviantart.

« Il est certes préférable d’utiliser quelque chose plutôt que rien du tout si vous avez une relation sexuelle. Mais voyez-vous, les préservatifs ne fonctionnent pas ». « 18% d’entre eux se déchirent », affirme l’intervenante, qui raconte l’histoire d’un couple d’étudiants « qui avait acheté une boite de condoms, tous troués. Ils l’ont su parce qu’ils les ont tous essayés en les remplissant d’eau » — « un couple sacrément branché », ricane par-devers soi Alice Dreger.

« D’ailleurs, au moins un préservatif sur 400 est troué » poursuit Mrs Thomas. Message : « fiston, tu pourrais bien être celui qui va enfiler le préservatif troué ».

Suit un « jeu de rôle » : chaque élève doit choisir un nombre entre 1 et 6.

L’intervenante lance un dé : « si ton nombre sort, ton préservatif a explosé.


Conséquence : une grossesse. Et là, Mrs Thomas te donne un bébé de papier ».
« La cloche sonne et les enfants se dirigent vers leur prochain cours. J’ai essayé de m’adresser calmement à ces gens. Je n’y suis pas parvenue : j’ai gueulé et juré.

C’est-à-dire : voilà ce que ces « éducateurs » apprennent à nos enfants  : les capotes se déchirent. Vous allez tomber en cloque. Il n’y a pas d’avortement et vous allez garder le bébé. Et vous aurez honte.

Et puis, qu’est-ce que c’est que cette histoire de « fille bien » qui te dit : “non” ? »

Un emportement qui vaut à la scientifique d’être « exclue de l’école », où, pour avoir prononcé le mot « fuck », elle ne pourra plus se rendre que pour « déposer et reprendre son enfant ».


Interviewée par le « Huffington Post », Alice Dreger dit « ne rien regretter ».
« Au contraire, je suis heureuse que tout cela soit arrivé, puisque mes tweets ont enclenché un débat national sur l’éducation sexuelle » commente-t-elle, en référence aux milliers de tweets et aux centaines d’articles qui ont suivi ses commentaires en direct.

Un débat qui a fait prendre conscience a bon nombre d’Américains de « l’entrisme » religieux et conservateur dans l’enseignement public…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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