Categories

7 au hasard 8 février 2014 : Venezuela : une loi impose un plafond aux profits - 8 août 2014 : Maloya est au Mexique... en Inde et... ! - 10 mai 2013 : Danio Ricquebourg : « A qui profite cette provocation ? » - 9 octobre 2015 : « Sanctuaires », la créolisation comme un nouvel imaginaire - 4 juin 2015 : « Lé sir k’i ranplira pa zot tèt ! » - 29 mars : 1947 : Madagascar, île sanglante - 2 novembre 2015 : NRL : « curieuse conception de la démocratie ! » - 7 août : La face cachée de la Lune photographiée par un voilier solaire réunionnais ? - 2 septembre : Le Docker de Ti Fock n’a pas pris une ride ! - 1er février : Ségamaloya : un Koudzok à l’Olympia -

Accueil > La Réunion > Economie et société > « Sac la mort », un concentré de l’âme réunionnaise

Ecran

« Sac la mort », un concentré de l’âme réunionnaise

1er juillet 2017
Izabel
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Présenté au festival de Cannes en 2016, « Sac la mort » a retenu l’attention de la critique. Il était également à la semaine du film de la Caraïbe et des Outre-mer. Il fait partie de la programmation de l’Association ACID [Cinéma Indépendant pour sa Diffusion]. Ainsi il a voyagé un peu partout en France Métropolitaine, dans le monde insulaire, en Afrique et à La Réunion, où il a été tourné et où il prend ses racines. Il faut aller le voir. Il le mérite.


« Sac la mort » : coup de cœur


« Sac la mort » est un film de fiction touné en langue créole, en VO sous titrée, qui revendique de ne pas s’inscrire dans un seul des genres traditionnels du cinéma. Ni documentaire, ni drame, ni policier, il est né du coup de cœur que son réalisateur, Emmanuel Parraud, a ressenti pour La Réunion.« J’ai voulu faire, dit-il, un hommage aux descendants des esclaves africains ».

C’est une vision qui met en avant les mille teintes de cette île, sa langue, sa parole rocailleuse qui tonne ou se murmure, ses croyances religieuses et magiques, sa violence larvée et souvent mal contenue, ses paysages sauvages de ciels lourds et d’océan grondant contre la roche. L’« île intense », oui, mais pas comme on la promeut dans une certaine image touristique.


Les restes de colonialisme de la société réunionnaise


« Sac la mort » ne fait aucune concession, prenant le spectateur à rebrousse poil, il montre des personnages peu flatteurs d’anti-héros, d’êtres perdus, lâches parfois, démunis, peu sûrs d’eux, livrés aux aléas de la pauvreté et aux restes de colonialisme qui continuent à dominer toutes les strates de la société réunionnaise.

Cependant, dans le microcosme qui nous est présenté, se cachent encore une dignité, une humanité qui permettent à l’espoir de ne jamais disparaître. Emmanuel Parraud a regardé cette Réunion là dans les yeux, sans aucun jugement préalable, soucieux d’apprendre d’elle et de la montrer telle qu’il a pu la saisir.


Aimer encore et encore


« Sac la mort » est un concentré de ce qui surnage en nous, la peur, la fanfaronnade, la marginalité, l’errance, la croyance archaïque dans les sortilèges, le besoin de survivre et d’aimer encore et encore. À ce titre, il peut et doit toucher aussi bien le spectateur local que celui qui l’a déjà apprécié ailleurs, en France métropolitaine notamment.

Emmanuel Parraud, Réunionnais d’adoption, revenu plusieurs fois sur l’île, a mis devant sa caméra des acteurs — certains non professionnels — dont il a écouté la parole avec humilité. Sa patience et sa confiance ont été récompensées.

Le résultat est un long-métrage qui met en scène un personnage des hauts de l’île, Patrice, persuadé d’avoir mis le pied sur un « sac la mort », convaincu d’être l’objet d’un mauvais sort, certain que si la poisse ne le lâche pas, c’est qu’il est victime de la malveillance d’un « dalon » ou d’un parent. Son entourage ne manque pas de se servir de ses faiblesses jusqu’à le pousser vers une sorte de folie et d’errance dans lesquelles il a peine à ne pas sombrer. Christian Torrel, critique de cinéma parle à juste titre d’« étrange road-movie immobile ».


Les bruits de la vie quotidienne


Film à petit budget, « Sac la mort » ne passe pas inaperçu, autant par l’atmosphère qui s’en dégage que par le talent inattendu des comédiens. Libération parle « d’univers encore inexploré ».

Seules musiques : celle rauque ou chantante des voix, bruits de la vie quotidienne, haut-parleur d’une voiture de propagande électorale, ressac violent de la mer contre la falaise, grondement d’un coup de tonnerre, bref aboiement d’un chien qu’on dérange…


Le coq bataille, le sabre à cannes...


L’affiche est due à l’illustrateur Christopher Corr. Elle présente de façon ironique et colorée — volontairement naïve — les « symboles de La Réunion », le drapeau tricolore, les p’tits « BonDieu » des bords de route, le requin meurtrier, le coq bataille, la « doudou » aux grands anneaux, le sabre à cannes.

« Sac la mort », un film d’Emmanuel Parraud avec Patrice Planesse, Charles-Henri Lamonge, Nagibe Chader, Martine Talbot, Camille Bessière-Mithra... Encore visible au Ritz de Saint-Denis et au Rex de Saint-Pierre jusqu’au 4 juillet.

Izabel


Pour en savoir plus sur « Sac la mort »


SAC LA MORT / Bande annonce à la Réunion from Françoise Parraud on Vimeo.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter