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Joseph Varondin est mort

Oncle Jo déserte la Varangue...

28 octobre 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Oté ! Oncle Jo lé mor. Nout coeur i saigne. Il maniait l’humour avec talent même pour parler de sa propre mort. Pour lui rendre hommage, 7 Lames la Mer publie un de ses articles : « Ni peuple ni nation mais Parc National » !

Photo extraite de la vidéo "Reportages KREOLER TV"

On l’appelait affectueusement « Oncle Jo ». Je me souviens du cours Varondin dans une vieille case créole de la rue Jules Aubert à Saint-Denis où se retrouvaient élèves en difficultés scolaires et étudiants en difficultés financières, les seconds aidant les premiers... Je me souviens d’être montée dans les hauts de Sainte-Marie vers la fin des années 80 pour interviewer Oncle Jo à l’occasion d’une campagne électorale...

Et puis, il y a un an et demi, nous voilà partis en expédition pour un grand zangoune sous la houlette d’Oncle Jo ! Une table d’hôte dans les hauts de Sainte-Marie investie par une cinquantaine de bons vivants, par un samedi pluvieux. Dans le restaurant, l’ambiance est à la chaleur. A manger, à boire, à rire, à raconter... Des retrouvailles et des rencontres. Des souvenirs et des projets. Des blagues et des éclats de rire.

Le menu était copieux et créole. Abondan. Et cette assemblée hétéroclite et exubérante se livrait à un rituel. Une confrérie de la créolitude sans distinctions. La « Varangue » dans toute sa diversité et toute sa splendeur, lieu improbable d’un creuset fécond aux origines lointaines. Rendez-vous réunissant autour d’Oncle Jo toutes les complicités et les complexités que les pérégrinations d’une vie bien remplie comme la sienne avaient peu à peu accumulées.

Photo extraite de la vidéo "Reportages KREOLER TV"

Égal à lui-même, Oncle Jo, facétieux, avait pris le micro pour saluer ses invités dans un discours émaillé de « foutan » ! Et avait donné rendez-vous à tous pour le prochain zangoune... se défiant en riant de la mort.

La mort l’a donc rattrapé, ce 28 octobre 2014, alors qu’il affichait 81 ans au compteur. Oncle Jo va nous manquer terriblement pour ses coups de gueule, ses prises de position décalées et toujours pro-réunionnaises, ses démonstrations par l’absurde. Pour son affection tout simplement. Pour sa générosité créole.

7 Lames la Mer a choisi de lui rendre hommage en reproduisant un de ses nombreux articles. Publié par le Mauritius Times le 27 avril 2012, ce texte intitulé « Ni peuple ni nation mais Parc National » est particulièrement représentatif de l’idéologie d’Oncle Jo.

Merci Oncle Jo !

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Ne pouvant rien créer de tangible, ni nation ni peuple, chacun dans cette île bénie est libre de créer autant de Parcs Nationaux qu’il veut. Ainsi il peut décréter son jardin Parc National. D’ailleurs son parc à cochon peut être également proclamé Parc National même si la France ne tient pas à les nationaliser car ses représentants de souche dans l’île ne mangent que de la viande métropolitaine, de la viande française de pure origine t du caviar d’Iran baptisé Petrossian.

On ne saura jamais exactement qui a mis en marche le business du Parc National réunionnais. Ceci dit, c’est un business qui rapporte de l’argent à ceux qui le gèrent mais qui n’a été voté ni au Conseil Général ni au Conseil Régional. En tout cas, ce parc - voulu par quelques écologistes qui n’ont jamais planté un pied de piment ni un pied de bringèle -, a été conféré par Paris sans que la population indigène n’ait été consultée. Comme elle ne l’a pas été quand la colonie de La Réunion avait été transformée par une Assemblée fantôme parisienne en département français en mars 1946.

Notons en passant qu’il n’y a pas de peuple réunionnais ni de nation non plus, le Conseil Constitutionnel français l’interdit. Les habitants de La Réunion ne sont pas dignes d’être un peuple, ni d’être une nation. Ils ne constituent qu’une population. Comme une population de tangues dans un Parc National.

Ils sont neuf vénérables toques à former ce Conseil Constitutionnel et on les a déjà vues à l’œuvre. Il y a une décennie de cela, une nuit, ces insomniaques ont décidé d’une seul voix que le peuple corse n’existait pas ! Cela faisait pourtant plusieurs centaines de milliers d’individus à faire passer à la trappe ! Comme ils ont affirmé que ce n’était pas un génocide constitutionnel, il faut les croire. Comme il faut croire qu’il n’y pas eu de génocide vendéen sous leur Révolution.

En fin de parcours, comme nos riches voisins réunionnais ne constituent ni un peuple ni une nation, ils se sont fait offrir avec succès un Parc National. National de quelle nation, ils l’ignorent. Pourvu que le mot national soit écrit quelque part. Quand on n’a pas droit au substantif, on se gave de l’adjectif.

Maintenant nos voisins – ne veulent plus être nos cousins depuis qu’ils sont devenus Européens, riches, diplômés et chômeurs mobiles. Nourris, logés et blanchis également – ils ont gagné leur Parc National – toujours en majuscules, sinon il devient un parc ordinaire.

Comme un parc à cabris – pour le protéger des futures prédations des indigènes d’en bas, Paris a imposé à sa tête et à son entrée une implacable et invincible Jeanne d’Arc verte qui, l’épée de feu toujours en alerte, en rangers boueux, T-shirt mauricien de hawkers et jeans de magasin d’usine, montera désormais la garde aux portes de son Parc National. Un dragon, même chinois garanti RPC, modèle 2012, ne pourrait pas faire mieux. Devant un tel chef-d’œuvre de trucage écologique, à la demande réitérée des parqués, l’UNESCO n’a pu que donner son agrément pour en faire son patrimoine. Du coup, ces riches Réunionnais, enclos dans leur Parc National, n’ont plus de patrimoine ! Ils ne connaissaient pas l’histoire du jako qui scie la branche sur laquelle il est assis. Le jako aussi ne connaissait pas cette histoire sinon il ne l’aurait pas scié !

Il y a deux décennies, peu ou prou, de braves gens qui s’effrayaient, avaient défilé dans les rues de La Réunion en vociférant à qui mieux mieux : « Coupe pas nous ! ». Le profane s’était inquiété de savoir si un despote parisien avait concocté un projet de Loi Nationale prévoyant la castration d’une certaine catégorie de personnes jugées déraisonnablement prolifiques.

Il en existe plusieurs : celles qui défilaient justement et dont les reproductrices sont opérationnelles dès l’âge de seize ans suivant le principe alimentaire : « Au lieu d’un diplôme qui ne paie pas, mieux vaut un ventre qui rapporte » (entendez des allocations sociales de toutes natures) ; les établissements scolaires, elles, servant de centre d’apprentissage.

En réalité, ce n’était que le département insulaire, déjà partagé entre quelques puissantes familles politiques, que l’on voulait diviser en deux gâteaux à cette époque. In fine, l’île n’a pas été coupée mais beaucoup de Castrés Nationaux des défilés carnavalesques sont restés sur le carreau. Aujourd’hui, par la grâce et la puissance de grands amoureux et défenseurs de la nature réunionnaise, l’ex-Ile Bourbon se trouve bel et bien coupée en deux. Pas verticalement comme un gâteau mais horizontalement comme une tête de singe dans un restaurant de Shanghai.

La calotte montagneuse insulaire, au niveau des pitons, cirques, planèzes, plateaux et coteaux, est devenue le Parc National, réservé à la sagesse écologique d’autochtones parfaitement dressés. C’est la Réunion d’en haut. Tandis que la base littorale, inqualifiable et restée sans qualificatif, est livrée à la prédation du tout venant indigène et allogène, pollueur par nature sinon par conviction. C’est La Réunion d’en bas.

Autrefois on connaissait le parc bœuf, le parc moutons, le parc cabris, le parc cochons, le parc poules à côté de la case du Zabitan. Aujourd’hui, le Zabitan des Hauts, devenu « Européen pied coco » est lui-même parqué. Certes, dans un Parc National mais parqué quand même. Comme ses animaux qui n’ont plus le droit de divaguer dans la nature. On ne lui a pas demandé son avis. Habitant les Hauts, il ne savait pas se protéger des Réunionnais d’en bas qui venaient polluer sans vergogne ses vertes montagnes pendant leurs loisirs.

Alors on a décidé de la protéger. Qui « on » ? Il ne le sait pas trop, nous non plus, mais « on » a décidé pour lui qu’il était urgent deprendre de telles mesures. Et pour ce faire, quoi de mieux que de le parquer chez lui dans un Parc National en tant qu’Homme des Bois ? (En javanais vernaculaire : « Orang Outang » et en mauricien : « Zako »). Quelle ascension citoyenne !

On peut noter que les articles, sections et alinéas pour protéger le Parc National, sont tous négatifs. « Il est interdit de… Il n’est pas permis de… On ne peut pas... on ne doit pas… ». Cela se comprend. Qui dit National dit réservé aux nationaux, comme dirait Marine Le Pen. Alors interdits pleuvent. Certes ! Même si l’on n’est pas ressortissant du parc, à titre national, on est autorisé à s’y introduire sans passeport ni visa à titre provisoire et limité et ce, sans pouvoir introduire autre chose que soi-même.

L’interdiction est valable pour les chiens errants et les chats marrons. Egalement pour les serpents constrictors, les oiseaux prédateurs, les araignées et les couleuvres venimeuses, les rats norvégiens ou d’égout, les tortues carnivores et autres horribles iguanes que les zoophiles – au sens de « ceux qui aiment les bêtes » – en mal de compagnie introduisent dans l’île et qu’ils balancent ensuite dans le nature quand ils n’en sont plusintéressés.

On imagine facilement Obéronne — c’est le nom donné à la Gardienne Suprême du Parc National — donnant la chasse par monts et par vaux aux roquests, harets, sangliers, serpents et marrons maraudeurs qui seraient tentés d’entrer dans son Paradis National. Comme Caïn en son temps interdisant à Dieu d’y entrer, il lui faudra pour ne pas s’épuiser trop vite, afficher aux entrées de son Parc des pancartes sentinelles lisiblement libellées :

« Accès par voie terrestre et aérienne interdit aux êtres vivants non autorisés ».

Une chose est sûre. La Madone protectrice du Parc National réunionnais ne risque pas de voir des légions de touristes mauriciens se déplacer pour souiller son parc. Ils détestent tellement la montagne qu’ils ne montent plus à Chamarel pour voir les jakos et la Terre des Sept Couleurs qu’ils abandonnent aux touristes.

A propos de l’Oukase, il est encore écrit que la chasse aux tangues et aux cerfs, et la pêche aux truites sont autorisées dans le Parc National. Mais pas un mot au sujet de la chasse au dahu dans les rampes, ni de la cueillette des chou-choutes dans la case, ni de la pêche aux chevakines et aux loches dans les rivières, ni de la collecte des zandètes — larves d’insectes — dans les vieux troncs.

Et les maraudeurs mauriciens qui, à l’atterrissage de l’avion, entendront un jour la voix suave de leur hôtesse leur annoncer : « Nous venons d’atterrir à Rolang Outang, aéroport International du Parc National français de l’Océan Indien… » . Attachez vos ceintures !

Joseph J.A. Varondin
Publié dans « Mauritius Times » le 27 avril 2012

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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