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Droits de l’Homme

Mayotte : enfer pour mineurs en prison

9 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Tentatives de suicide à répétition, violence, drogues, promiscuité, vétusté des locaux : à Mayotte, des auxiliaires de justice interpellent le Contrôleur général des lieux de privation et de liberté. « 7 Lames la Mer » s’est procuré ce document, qui dresse un tableau sobre mais sans concession de l’enfer carcéral dans lequel sont précipités les mineurs du jeune département français.

C’est en avril dernier que le désespoir des mineurs internés à Majicavo a atteint son ultime expression, avec trois tentatives de suicide par pendaison perpétrées entre le 1er et le 15 du mois. « L’un des mineurs a tenté de se donner la mort entre 5 et 7 fois la même nuit (…) et n’a été transféré à l’hôpital psychiatrique de Mamoudzou qu’après la cinquième tentative. (…) L’hospitalisation n’aura duré que deux jours. À son retour, il a été placé en quartier disciplinaire ».

En amont des faits, les auteurs du courrier signalent de « graves dysfonctionnements concernant les mineurs de la Maison d’Arrêt de Majicavo » détenus dans des « conditions inhumaines et dégradantes ».

Jeunes en déshérence au cœur même de l’établissement carcéral où ils passent de longues heures sans surveillance, isolés de leur environnement familial, privés d’école et d’activités, contraints à la promiscuité avec les délinquants adultes… De cette sobre description ressort un dispositif carcéral qui évoque plus le bagne d’antan que la prison contemporaine…

« Du fait de l’augmentation du nombre de mineurs incarcérés, certains d’entre eux sont détenus dans l’ancien quartier pour femmes. Dans ce quartier, deux cellules d’environ 15m2 sont occupées par 6 mineurs ; 5 d’entre eux partagent la même cellule, tandis que l’autre est occupée par un seul mineur ». Des affectations que l’Administration justifie par la vulnérabilité et le dangerosité des détenus…

À cette surdensité s’ajoute « une promiscuité importante avec les majeurs dans les espaces de circulation, (…) laissant la possibilité de communiquer ou d’échanger des objets ; les fenêtres de certaines cellules, occupées par les mineurs donnent directement sur ces espaces de circulation ».

Mêlés aux adultes, les mineurs sont en revanche coupés de leurs attaches familiales : « les mineurs n’ont pas accès au téléphone », relève le document (…) chose d’autant plus grave que les membres d’une famille en situation irrégulière n’osent visiter leurs proches, par crainte d’être interpellés et reconduits à la frontière. (…) De nombreux jeunes n’écrivent que très peu le Français, certaines familles n’ont pas d’adresse postale ».

La communication ne semble pas plus aisée avec l’Administration pénitentiaire : ainsi, les avis des encadrants « paraissent ne jamais être pris en compte en ce qui concerne la répartition des mineurs entre les différents quartiers ou les différentes cellules. (…) La formation des surveillants n’est pas suffisante et un seul surveillant est volontaire pour travailler au quartier des mineurs ».

Le déficit de personnel affecte aussi l’accès des mineurs à la scolarité : « l’enseignant est souvent absent et non remplacé », note le compte-rendu. Du fait de l’organisation des groupes de mineurs, poursuivent les auteurs, « ces derniers ne reçoivent, dans le meilleur des cas, qu’environ une heure de cours pour chaque groupe, quatre jours par semaine ».

Le tableau n’est guère plus reluisant du côté des activités sportives, rendues quasi-impossible par la vétusté et la dangerosité des équipements, ainsi que par le « partage » imposé des structures avec les adultes.

Signe d’une désespérance contre laquelle on ne souhaite même plus lutter, la création d’un atelier de bracelets brésiliens a été refusée… au motif que les détenus pourraient attenter à leur vie avec les matériaux fournis.

Pour répondre à ces tentatives de suicide, l’Administration privilégie la prescription de psychotropes, écartant la proposition visant à créer un groupe de parole au sein de l’établissement pénitentiaire.

Un choix désastreux tant sur le plan sanitaire que vis-à-vis de l’objectif de prévention affichée, dénoncent les auxiliaires de justice : « Les mineurs sont très souvent médicamentés. Le soir, les médicaments sont distribués bien avant l’heure à laquelle les mineurs sont supposés les prendre, ce qui permet de les stocker pour les consommer comme des drogues (…). « Un mélange alcoolisé de Valium et de Tertian a été ainsi retrouvé (…) au moment où certains mineurs détenus commettaient des tentatives de suicide à répétition ».

La construction de nouvelles installations, qui ne verront sans doute le jour qu’après 2015 devrait porter à 30 places la capacité de détention du quartier mineur de Majicavo. Pour l’heure, les traits quasi-concentrationnaires des locaux ne coïncident guère avec les impératifs républicains affichés par la départementalisation, qui, comme dans d’autres domaines, peine décidément à tenir ses promesses.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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