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Espionnage et... rumeurs

Les Réunionnais sont-ils écoutés ?

3 octobre 2013
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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— Monsieur le Ministre, les Réunionnais sont-ils sur écoute ?
— Non Madame la Députée.
— Merci Monsieur le Ministre, nous voilà rassurés.

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A défaut d’être entendus, les Réunionnais sont-ils écoutés  ? Le 23 juillet dernier, la députée PS, Ericka Bareigts, interrogeait le Ministre de la Défense, suite aux révélations d’Edward Snowden sur Prism — programme de surveillance américain qui, selon un article du Monde, a son équivalent français, ce qui n’avait pas manqué de soulever des questions dans la presse réunionnaise.

Notons que la révélation de ce dispositif, destiné à surveiller les communications sur le continent africain, son pourtour et dans l’océan Indien, est fort opportunément intervenue, éclipsant partiellement les questions les plus gênantes pour l’État français — c’est-à-dire, pour ceux qui sont censés en défendre la souveraineté : les grandes oreilles américaines écoutaient-elles, écoutent-elles, les citoyens de la République ?

Une réponse affirmative à cette question semble se faire jour, à la lecture des médias allemands et britanniques « Der Spiegel » et « The Guardian », qui signalent une vulnérabilité particulière de la France vis-à-vis des dispositifs d’espionnage américains. Elle est potentiellement porteuse d’une interrogation brûlante : les Français, dont les compétences ne sont pas inexistantes en terme de renseignement, se savaient-ils lus et écoutés ? En termes plus crus : la France a-t-elle consenti, activement ou par omission, à cette indiscrétion organisée des Etats-Unis ? La négative ne va pas de soi, tant ont été mitigées les réactions de la sphère dirigeante lors de la révélation des pratiques de « l’allié » américain, pratiques qui, en d’autres lieux et en d’autres temps, auraient constitué un véritable casus belli.

Au plus, les officiels ont-ils affiché un certain embarras, et l’on devine que c’est, paradoxalement, avec soulagement que nombre d’entre eux accueillent aujourd’hui les demandes d’explication relatives à des écoutes françaises. N’est-il pas plus facile de garder la face en passant pour un Etat espion, que pour la victime, consentante ou incompétente, de ses propres amis ?

Mais après tout, Mme Bareigts n’a jamais affiché de prétentions en matière géopolitique. Elle s’est donc fort logiquement bornée à souhaiter « savoir quelles sont les données des utilisateurs réunionnais qui sont susceptibles d’être ainsi captées, sur quelles périodes elles sont stockées et les limites observées pour garantir le respect de la vie privée des Réunionnais ».

Quelques semaines plus tard, les services de l’Assemblée Nationale mettaient en ligne la réponse laconique de Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense : « aucune station d’écoute des services de renseignement français n’est implantée sur l’île de la Réunion ». Circulez... Question suivante !

Cet échange convenu pourrait se résumer ainsi :
— Monsieur le Ministre, les Réunionnais sont-ils sur écoute ?
— Non Madame la Députée.
— Merci Monsieur le Ministre, nous voilà rassurés.

Une autre réponse nous aurait particulièrement surpris. Quelque chose comme...
— Monsieur le Ministre, les Réunionnais sont-ils sur écoute ?
— Oui Madame la Députée.
— Merci Monsieur le Ministre, nous voilà donc écoutés...

Rassurons-nous, Ericka Bareigts n’est « pas déçue, mais simplement soulagée qu’il n’y ait pas d’entrave à la vie privée des Réunionnais » nous apprend un article publié ce jour sur le site PC Inpact. Soulagement ! Tout de même, on avait failli avoir peur.

Evidemment, la réponse simple de M. Jean-Yves Le Drian ne répond en rien aux questions soulevées par PRISM — ce n’était pas le sujet — ni même aux différents points évoqués par Ericka Bareigts. On ne se formalisera pas de cette non-réponse à une question parlementaire : c’est précisément la fonction de cette procédure, lorsqu’un député de la majorité s’adresse à un ministre de « son » gouvernement.

Les détours pris par M. le Ministre méritent eux-même d’être interrogés... « Aucune station d’écoute des services de renseignement français n’est implantée sur l’île de La Réunion » affirme M. Le Drian... Est-ce à dire qu’il pourrait y en avoir « ailleurs » que « sur l’île de La Réunion » qui concernerait les Réunionnais ? Ou faut-il comprendre — avec une touche de mauvais esprit — que le dispositif « implanté sur l’île de La Réunion » serait « étranger » et non « français » ? Ou est-ce à dire que ce que peuvent bien raconter les Réunionnais n’intéresse personne ? Ou est-ce à dire tout simplement que les techniques éventuellement utilisées ne nécessitent pas de « station d’écoute » implantée sur l’île, qui abritait il y a peu de temps encore une antenne de type « Oméga » haute de 427 mètres ? Etc.

Au coeur de l’océan Indien, à moins de 2500 kilomètres de la base américaine de Diego Garcia, dans cet espace maritime de convergences et de friction entre Afrique, Inde, Australie, avec la présence militaire de nombreuses puissances (Américains, Français, Britanniques, Indiens, Russes, Japonais, Australiens, Coréens, Chinois, etc...), La Réunion, qui accueille la troisième base navale française après Brest et Toulon, échapperait donc aux turpitudes de l’espionnage international et serait comparable à une petite bulle sur la mer indienne.

Réunionnais, savourez votre chance : vous n’êtes pas écoutés ! Cela compense, puisque vous vous plaignez régulièrement — pour ne pas dire souvent — de n’être pas entendus.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

« Aucune station d’écoute des services de renseignement français n’est implantée sur l’île de La Réunion »

Question — Mme Ericka Bareigts interroge M. le ministre de la défense sur la station d’écoute des services de renseignement français placée à l’île de La Réunion. À la suite du scandale Prism aux États unis d’Amérique, un article du journal Le Monde du 4 juillet 2013 révélait l’existence en France d’un système similaire "de collecte de signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l’étranger" : "l’ensemble des mails, des SMS, des relevés d’appels téléphoniques, des accès à Facebook, Twitter, sont ensuite stockés pendant des années". À la suite de cet article, la presse réunionnaise a évoqué l’existence d’une station de ce réseau située à l’île de La Réunion. Elle souhaite donc savoir quelles sont les données des utilisateurs réunionnais qui sont susceptibles d’être ainsi captées, sur quelles périodes elles sont stockées et les limites observées pour garantir le respect de la vie privée des Réunionnais.

Réponse — Le ministre de la défense informe l’honorable parlementaire qu’aucune station d’écoute des services de renseignement français n’est implantée sur l’île de la Réunion. (Voir en ligne)

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