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Documentaire : En Quête Prod

« Le Syndrome Mahorais » et le spectre colonial

21 août 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Depuis que Mayotte est devenu département français, Haidar, jeune indépendantiste mahorais, craint l’effacement de sa culture, de son identité et des liens ancestraux qui unissent les quatre îles de l’archipel. Dans le documentaire intitulé « Le Syndrome Mahorais », la caméra de Frédéric Lambolez et de Jean-Marie Pernelle retrace la quête de Haidar. À découvrir sur les écrans réunionnais.

Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, deux auteurs-réalisateurs installés de longue date à La Réunion, ont créé la société de production audiovisuelle, « En Quête Prod ». Au fil d’un travail minutieux et de longue haleine, ils ont enchaîné reportages et documentaires d’investigation « sur les enjeux sociaux, politiques, économiques, culturels et citoyens dans l’océan indien ».

À « 7 Lames la Mer », nous avons été particulièrement touchés par la qualité du documentaire « Je veux ma part de terre », signé Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, dominé par la figure de Perle Zafinandro-Fourquet engagée dans un combat auprès des habitants de la région de Fort Dauphin spoliés de leurs terres par le trust minier QMM/Rio Tinto.

« “Je veux ma part de Terre” est un projet de trilogie sur l’accaparement des terres dans l’Océan Indien, expliquent les réalisateurs. Cette trilogie s’intéresse aux trois îles : Madagascar (l’exploitation minière de l’ilménite à Fort Dauphin par la multinationale Rio Tinto), La Réunion (la spéculation foncière et la face cachée de la défiscalisation) et Maurice (les IRS et la face cachée de Maurice en paradis fiscal ensoleillé). Pour l’instant, nous avons réalisé le 1er volet sur Madagascar : « Je veux ma part de Terre - Madagascar ». Les 2 autres volets sont en cours de réalisation et feront l’objet, chacun, d’un film autonome (courant 2016 pour La Réunion et courant 2017 pour Maurice) ».

Nous avons été convaincus tant par la justesse du propos que par la qualité des images ou encore par la précision et l’habileté du montage de ce film-reportage.

C’est donc avec enthousiasme que nous abordons aujourd’hui le nouveau documentaire de l’équipe d’« En Quête Prod », intitulé « Le Syndrome Mahorais » (52mn), sorti en 2014, présenté notamment au Festival International du Film d’Afrique et des îles (FIFAI - Le Port) et également sélectionné au festival du film insulaire de Groix, en août 2015.

Lambolez et Pernelle vont une fois encore à contre-courant et s’emparent d’un sujet parmi les plus sensibles de la zone : la question de Mayotte, déjà évoquée en 2008 dans le documentaire « Mayotte, où va la République ? ».

Mayotte : confetti d’Empire dans l’Océan Indien, devenu département par le vote, partie intégrante de l’archipel des Comores selon le droit international. L’île aux Parfums subit de plein fouet la politique menée par le Gouvernement français en matière de libre-circulation et ses conséquences sur les flux migratoires.

Mayotte, où plus de 16.000 reconduites à la frontière ont eu lieu en 2007 [1] contre 25.000 pour toute la France métropolitaine...

Hasard des calendriers, « le Syndrome Mahorais » sort dans le sillage encore agité des polémiques, paranoïas et manipulations qui ont marqué les « Jeux des îles de l’océan Indien », et aborde la question mahoraise selon un angle qui devrait faire du bruit dans notre île — si du moins il perce sous l’écorce de futile qui entoure le débat réunionnais.

« Les évolutions statutaires de Mayotte, comme celle des autres territoires « outre-mer » correspondent, nous semble-t-il, à un moment important dans l’histoire de ces « confettis de la République » aussi bien localement qu’au niveau national et européen où les enjeux sont peu connus », expliquent les deux auteurs. Il nous paraît essentiel de mieux faire découvrir ces problématiques, sachant qu’elles rejoignent pour la plupart les problématiques nationales telles que l’immigration, le développement économique dans les Régions, etc. Dans le cas de Mayotte, elle donne un regard beaucoup moins caricatural sur une société à majorité musulmane intégrée dans la nation France ».

La caméra de l’équipe d’« En Quête Prod », une fois de plus, nous entraîne dans les méandres géopolitiques d’un océan Indien où décidément les postures coloniales ont laissé des traces qui, au lieu de s’estomper avec le temps, semblent trouver une nouvelle vigueur.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Synopsis : Nous suivons Haïdar, un jeune quadra mahorais indépendantiste qui est très affecté par le choix de ses concitoyens qui ont voté, à plus de 95%, pour la départementalisation de Mayotte : N’est-ce pas une sorte de reniement de soi et de sa propre identité ? Pour Haïdar, la culture comorienne, commune aux quatre îles de l’archipel, va se voir inéluctablement déstructurée à Mayotte, voire détruite par le « rouleau compresseur assimilationniste » français. Et comment gérer la question des liens familiaux qui existent entre ces îles depuis toujours ? Haïdar a donc fait un choix catégorique, celui de partir s’installer aux Comores. Pour cela, il doit tout d’abord se rapprocher, sur place, de sa famille du coté maternel et surtout de celle de son père, qu’il ne connaît pas.

Mayotte est devenu le 101ème département français (5ème DOM) le 31 mars 2011. Cette décision a été entérinée par un référendum local en mars 2009 initié par le gouvernement Fillon/Sarkozy. Les mahorais ont massivement voté « oui » à 95,2 % (61,4 % de participation). L’année précédant ce référendum, de nombreuses consultations et débats ont été organisés pour « informer » la population mahoraise. Les médias locaux ont largement commenté le sujet et relayé les interventions et positions des uns et des autres.

En tant que citoyens français résidant à La Réunion depuis une vingtaine d’années et observateurs attentifs de l’actualité mahoraise, nous avons été très surpris du déroulement de ces consultations et débats préalables au référendum.

Il est apparu à tous les observateurs présents que le « oui » a été très largement défendu et que les tenants du « non » ont eu beaucoup de difficultés à s’exprimer et à développer leur argumentation. Une forme d’omerta s’est imposée qui a fini par limiter le débat et les interventions et a abouti à ce que des réticences légitimes ne puissent pas « polluer » ou remettre en question la décision et le choix des Mahorais, dans une forme de monopole de la parole par les élites et de développement des peurs de « largage » (abandon) en cas de victoire du « non ».

Celui ou celle qui osait contester le choix de la départementalisation ou aborder d’autres solutions possibles prenait le risque de remettre en cause l’engagement de la France sur le territoire et de détruire à jamais les espoirs de la grande majorité. Mayotte aurait alors pris le risque de sombrer dans la pauvreté et le sous-développement à l’image de ses voisins des Comores et de Madagascar.

La question du lien aux îles « sœurs » de l’union des Comores a été très largement stigmatisée et principalement abordée sur le thème dramatique de l’immigration clandestine, des conséquences de cette immigration sur l’insécurité et la dilution des moyens économiques ou en développant un discours historique réinterprétant les liens étroits entre Mayotte et les 3 autres îles de l’archipel. La question des conséquences sur la culture et l’organisation de la société mahoraise (société musulmane) a été limitée à quelques sujets sociaux ciblés (la polygamie, le rôle des cadis et imams notamment dans la justice, l’état civil et le droit foncier).

L’impact du modèle social français/européen/occidental de société de consommation a été en grande partie occulté et la question de la politique « d’assimilation » menée par la France et ses institutions, à l’image de ce qui s’est produit dans les autres DOM et notamment à La Réunion depuis ces 50 dernières années, a été minimisée et peu analysée.

Il nous semble que, même si les Mahorais ont choisi la départementalisation, une grande partie d’entre eux ont une très grande peur de la transformation de leur société et de la voie qu’elle prend, notamment vis-à-vis des pays voisins. Et le questionnement et la gestion de cette peur ont été étouffés, déniés ou minimisés voir instrumentalisés. Un choix manichéen a été imposé, plus ou moins sciemment, entre refuser la départementalisation et être voué à la pauvreté et à l’abandon par la France ou au contraire l’accepter et bénéficier d’un développement heureux. On est au cœur d’une forme de schizophrénie !

Notre ambition est d’ouvrir une « fenêtre » de réflexion sur ces aspects de la départementalisation et tenter de minimiser un discours de rejet et de peur qui paraît se développer ces dernières années. Il nous semble également important de rétablir un équilibre plus sain dans le débat démocratique afin de permettre à un grand nombre de Mahorais, mais également aux spectateurs des autres DOM et de l’Hexagone, de découvrir d’autres aspects de la problématique.

En Quête Prod

« Le Syndrome Mahorais », dans le cadre « D’îles en Doc »

  • Médiathèque du Tampon : 5 septembre, 16h, entrée libre
  • Le Séchoir, Piton St-Leu : 8 septembre, 18h30, 5€
  • Salle Lucet Langenier, St-Pierre : 9 septembre, 19h, entrée libre
  • Médiathèque Auguste Lacaussade, St-André : 10 septembre, 18h, entrée libre
  • Le Casino, Le Port : 12 septembre, 5€
  • Ciné Lacaze, St-Denis : 18 septembre, 18h30, 5€, en lien avec la « Lanterne Magique »


Le syndrome mahorais - Teaser 1 by EnQueteProd


Le syndrome mahorais - Bande annonce 1 by EnQueteProd

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Depuis 2007, et jusqu’en 2014 (derniers chiffres connus), entre 15.000 et 20.000 personnes par an sont reconduites aux frontières, dans des conditions très discutables. Cette politique amenant une prise de risques toujours plus grande pour la traversée depuis Anjouan vers Mayotte et provoquant de nombreux naufrages et de nombreuses victimes par noyades.

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