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Ce que parler veut dire (5)

Lamoukate... Totoche... Kouniche... Languette !

22 mars 2014
Marcel Lenormand
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Sollicités il y a quelques années de cela par un quotidien local pour apporter des mots nouveaux issus du vocabulaire créole réunionnais au dictionnaire Larousse de la langue française, l’un de nos meilleurs humoristes et l’un de nos meilleurs linguistes n’ont rien trouvé de mieux que de proposer les mots « moucater » et « totocher » : ont-ils bien pris conscience de la charge étymologique de ces vocables ?

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« Moucater » vient du substantif « lamoucate » (ou « lamoukate ») qui désigne à l’origine d’une part les matières placentaires accompagnant le vêlage de la vache lorsqu’elle met au monde ses petits et d’autre part les sécrétions blanchâtres et malodorantes qui apparaissent entre le gland et le prépuce chez l’homme.

Quant au verbe « totocher », il vient du substantif « totoche », variante redoublée de « toche », qui désigne le sexe féminin. Il est d’ailleurs significatif de relever que les trois verbes dérivés de mots désignant le sexe féminin, « toche », « couniche » (ou « kouniche ») et « languette » (ce dernier désignant plus particulièrement le clitoris) ont fini par être synonymes de frapper, de donner des coups : est-ce à l’honneur de la gent masculine ?

Dans le même ordre d’idées, les mots « baise », « baisé », « baisement » qui à l’origine font référence à l’acte d’amour, ont fini eux aussi par recouvrir la notion de coups et de raclées (ce glissement sémantique étant par ailleurs très voisin de celui que l’on peut également observer en français).

Enfin pour la bonne bouche, faisons un sort au faux verbes « quitte » que l’on croit trouver dans les expressions « quitte ton manman », « quitte ta mère » (ou ton marraine ou ton « nénenne ») et qui ne décrit nullement le comportement ingrat de celui qui abandonne tout derrière lui, mais qui procède en réalité de la contraction de l’expression « cul de » (prononcé "kit") : cul de ta mère, de ta marraine, de ta « nénenne », etc... (les mauriciens disent « Ki manman ou »).

Et c’est hélas le point commun que l’on peut trouver entre toutes ces expressions où l’indélicatesse le dispute à la négation du sentiment de respect : il s’agit dans chaque cas de ramener au niveau le plus bas ce qui a trait aux femmes, surtout celles de l’entourage familial le plus immédiat, la mère, la marraine, la tante (la « tantine ») ou la « nénenne ».

Certes c’est le principe même de l’injure que de frapper là où cela fait le plus mal, mais y a-t-il lieu d’en être fier ? Au point de vouloir glorifier ce vocabulaire ordurier en le faisant entrer dans le Larousse de la langue française ? Est-ce que ce sont là les morceaux de bravoure de notre langue créole réunionnaise ?

Marcel Lenormand

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