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Syrie : sondage

Instantané de l’opinion syrienne

16 septembre 2015
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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Spécialisé dans les sondages de crise, l’institut britannique indépendant « Orb International » a réalisé une enquête d’opinion très complète sur la base d’un échantillon représentatif de la population syrienne. Au classement des opinions favorables figurent, dans l’ordre, le Président Bachar El Assad, suivi de l’Iran, le Front Al-Nousra (Al-Qaïda), l’Armée syrienne libre (ASL) et l’État Islamique. 82% des personnes interrogées estiment en outre que l’État Islamique est une création des Etats-Unis ; 65% pensent que les Syriens pourront vivre ensemble après la fin du conflit.

Menée dans des conditions difficiles sur un échantillon représentatif de la population syrienne, une enquête d’opinion produite par un institut international spécialisé dans les « États fragilisés » révèle une situation bien plus complexe que ne le suggère la représentation médiatique du conflit.

Popularité : les enquêtés ont été invités à exprimer leur opinion vis-à-vis des principaux protagonistes du conflit syrien. Le Président Bachar El Assad arrive en tête avec 47% d’opinions favorables, contre 50% d’opinions défavorables. L’Iran, de plus en plus impliqué dans le conflit, recueille pour sa part 43% d’opinions positives. Le front Al-Nousra, branche syrienne d’Al-Qaïda, arrive en troisième position de ce « classement », avec 35% d’opinions positives et 65% d’opinions négatives.

La Coalition de l’opposition syrienne, reconnue par la France et plusieurs États du Golfe comme le Gouvernement légal du pays, et l’État Islamique (EI) arrivent en queue de peloton, rassemblant respectivement 26% et 21% d’opinions positives, contre 72% et 76% d’opinion négatives.

Sans surprise, les résultats varient fortement en fonction des zones étudiées. Ainsi, si près du quart des personnes interrogées voit défavorablement l’action et le rôle du président Assad dans les zones contrôlées par l’armée régulière, cette proportion est portée à plus de 70% dans les aires dominées par l’État Islamique et atteint près de 80% dans les territoires contrôlés par l’opposition (ASL et front Al-Nousra confondus).

De même, la popularité de Bachar El Assad excède à peine un tiers des interrogés dans les zones contrôlées par les forces kurdes. Les indicateurs permettent de déceler l’importance de la branche syrienne d’Al Qaïda au sein de l’« opposition » : le Front Al-Nousra jouit de 58% d’opinions favorables dans les portions de territoire syrien que l’étude considère comme maîtrisées par l’opposition prise en son sens large… une cote qui monte à 59% dans les zones sous contrôle de l’État Islamique. En revanche, celui-ci ne recueille « que » 28% d’opinions positives là où l’opposition domine le terrain, contre 69% d’opinions négatives : un contraste qui permet de postuler une forte fluidité du label « État Islamique » et pourrait, à l’inverse, souligner l’ancrage tant géographique qu’idéologique de l’organisation d’Ousama Ben Laden et de son successeur Ayman Al Zahaouiri.

La Coalition de l’opposition syrienne, interlocuteur privilégié de la France, n’est créditée que de 26%, soit à peine 5% de plus que l’État Islamique.

Représentations de la guerre et de l’issue du conflit : l’enquête pointe une convergence — à géométrie variable — dans les zones administrées par le Gouvernement syrien et dans les aires contrôlées par les rebelles kurdes vis-à-vis des frappes contre l’État Islamique.

S’ils recueillent une courte majorité d’opinions favorables (55% contre 42% défavorables) dans les premières, les bombardements sont plébiscités dans les secondes avec 87% d’opinions favorables. Les terres d’opposition, envisagées là encore largo sensu, sont ici tendanciellement en phase avec l’État Islamique, avec 53% des interrogés défavorables aux frappes contre 44% favorables — nouvel indice, peut-être, de la prédominance d’Al-Nousra au sein de l’« opposition ».

Une majorité des personnes interrogées considère l’intervention étrangère comme un élément décisif dans l’apparition de l’État Islamique : 59% d’entre elles y voient l’influence d’un essor du sectarisme dans les pays arabes et en Turquie, 55% considèrent que l’essor de l’EI est dû à l’intervention de régimes arabes.

La thèse d’une « fabrication » de l’État Islamique par les États-Unis d’Amérique fait l’objet d’un quasi-consensus et rallie 82% des sondés. Elle domine même l’opinion sur les terres conquises par l’État Islamique, où elle est validée par 62% des personnes interrogées. 86% des interrogés vivant en zone gouvernementale souscrivent à la théorie d’une implication des USA dans l’apparition de l’organisation d’Abou Bakr Al-Baghdadi, contre 83% des sondés des aires contrôlées par l’opposition et 81% des personnes interrogées en zone maîtrisée par les combattants kurdes.

S’ils estiment majoritairement (69% contre 25%) qu’une « solution militaire » est à même de régler les problèmes qu’affronte le pays, les enquêtés sont nettement plus favorables à une issue politique au conflit (51% contre 37%). La plus grande part des interrogés se prononce contre une division ultérieure de l’État syrien avec un indicateur de 70% d’opinions défavorables culminant à 76% dans la zone contrôlée par l’État Islamique — signe qui reflète la volonté de conquête totale des partisans du « Califat ».

Sans surprise, c’est dans les aires dominées par les combattants kurdes que l’hypothèse séparatiste recueille le plus de suffrages (48% de partisans de la division du pays), faisant néanmoins jeu égal avec le refus de partition de l’État.

Les sondés favorables à la division de l’État syrien (38%) se répartissent également entre tenants d’un fédéralisme « à l’américaine » et partisans d’une séparation pure et simple (39%). C’est dans l’aire kurde que cette dernière solution rassemble le plus de suffrages (54%) — 7% seulement des « séparatistes » de la zone concernée se prononçant pour la solution fédérale. Enfin, 65% des sondés considèrent que les syriens sont capables de « mettre leurs différences de côté » pour vivre ensemble. Significativement, les indicateurs sont quasiment identiques dans les zones considérées (respectivement 65% en zones contrôlées par le Gouvernement et par l’État Islamique, 63% sur les territoires de l’opposition, et 66% en zone sous juridiction kurde).

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Pour consulter la totalité de l’enquête : cliquez ici

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