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Vu dans la rue

Grand Boucan dans mes Zoreils

23 juin 2014
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Comme tous les ans le Grand Boucan est un succès. Un truc improbable. Au départ il y a un groupe de Métropolitains — copains de Saint Gilles, un couple de dentistes, des publicistes, des fêtards accros à la dodo — d’où le roi Dodo — et à l’herbe pays, mais le genre Vat, bien élevés qui prennent aujourd’hui du bide. Saint Gilles ressemble vaguement au Brésil question climat, nanas sensuelles, boites de nuit et en minuscule à Copacabana, alors pourquoi ne pas prolonger « la fête » dans la rue, disons un carnaval ?

Extrait d’une photo IPR

Sitôt dit sitôt fait, avec les moyens du bord, pratiquement pas de fric, de l’huile de coude, les réseaux du samedi soir, avec ceux qui se présentent. Et, contre toute attente, ça marche. Au fil des années des masses de participants se déplacent. Une foule. Surtout des jeunes, des lycéens et des étudiants, pratiquement pas de touristes, peu d’adultes, peu de jeunes enfants qui se feraient écrabouiller et pas assez grands pour y voir quelque chose.

Les chars sont nazes, peu nombreux, les costumes sont d’un goût douteux, avec une prime aux personnages de BD, de cinéma ou de science-fiction, les maquillages sont beaufs. La présence néo-brésilienne est appréciée, surtout au niveau des super Cafrines emplumées. Avec des catapultages d’actualité — Brésil = foot = équipe de France dans la coupe du monde — quand un crétin voulant être populaire sur le char brésilien lance un « Vive les Bleus ! » ovationné par la foule reprenant le « un deux, trois zéro ! » de 98. Sauf que la France avait justement écrasé le Brésil. Pas grave, les Français et particulièrement les Réunionnais aiment les Brésiliens et les Brésiliens aiment les Français.

Il y a soi-disant un thème du défilé, rarement suivi par la majorité. Cette année « Le Temps », ce qui ne veut rien dire. Les fois précédentes, ce n’était guère plus brillant. Un jour le Roi Dodo a été une tête de kaf cramée sur le front de mer. Les Zoreils n’avaient pas fait attention. Tout ce que La Réunion compte d’observateurs, de politicards à la ramasse, d’artistes jaloux et d’intellos identitaires leur est tombé dessus. A juste titre. Ça leur apprendra, faudra faire gaffe la prochaine fois.

Les organisateurs : on est pas là pour faire de la politique, on est là pour faire la fête. OK, le carnaval a failli y passer mais a survécu. Musicalement ça se tient, les organisateurs aiment la musique, sonos sur batterie et groupes électrogènes, fanfares, orchestres « la bande à Basile », percus afro-réunionnaises habituelles et groupes de maloya. Autrefois ça se terminait par un concert de rock, la musique des classes supérieures. Pas cette année, manque de fric, d’une sono correcte, d’une tête d’affiche. Pas de confettis, quelques canons à eau en plastique. Le défilé prend toujours du retard et se retrouve dans le noir. C’est le bordel, des marins du dimanche allument des feux de détresse et les quelques projecteurs oranges de circulation sont impuissants à éclairer la rue. Pas grave, c’est le moment de foutre le feu au roi Dodo. Cette année, difficile de dire à quoi il ressemble. Parfois il est réussi, hormis l’épisode malheureux du Roi kaf.

Alors pourquoi ça marche, ce truc ? Comment réussit-on cette bonne ambiance, ce métissage populaire, cet esprit libertaire, cette vraie fête ? Quelle est la recette ? Réponse : parce que ce n’est pas municipal, pas officiel, pas institutionnel et que le public qui déteste les mairies, les puissants, le sent. Les concurrents subventionnés ne sont jamais parvenu à être populaires. La fêt dann somin du Tempo est triste à mourir, la fête des lumières est crispée comme une marche sur le feu, le Sakifo distille une pseudo bonne ambiance. Les fêtes patronales, les fêtes foraines de village, les fêtes du concombre, du miel vert, du tamarin et de la pêche sont bonnes à terminer dans l’alcool et les déprédations.

Exception faite du défilé du Vingt desamb de Saint Denis, qui, quoique organisé par la mairie, est un succès. A coup de pognon et parce qu’il ne faut pas se mettre à dos l’électorat pauvre. La population se l’est approprié, le seul moment où la classe populaire dionysienne a le droit d’exister. Un jour par an, le Vingt décembre, on les voit dans le centre ville. Auguste Legros a essayé d’en faire une fête des letchis, et tenté un jumelage avec le glacé et front-nationaliste Corso fleuri de Nice. Raté. Tant mieux.

Mais le Grand Boucan risque de mal finir. Il est détesté par les collectivités locales. Héhé, la Région Réunion préfère investir dans l’artificiel carnaval des Seychelles, comprenne qui voudra et la municipalité de Saint-Paul, de droite comme de gauche, ne peut pas saquer cet événement trop saint-Gillois, trop libertaire, qu’ils ne contrôlent pas.

Les organisateurs, vieillissants, peinent chaque année à organiser le truc et l’on voit de plus en plus les forains envahir la manifestation, avec leurs manèges ringards, criards et hors de prix. Les organisateurs se consolent en voyant la foule se déplacer et participer. Le cœur de La Réunion bat pour eux. Chaque année ils se disent : c’est la dernière fois, c’est trop dur.

Et au lendemain de la fête : c’était trop bien, on continue l’année prochaine.

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