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Vu au Téat Champ Fleuri

Germinal : pocpoc ou pas pocpoc ?

1er novembre 2015
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Mon drag traverse Bras-Panon à toute berzingue. J’évite de justesse des zombies façon Todd, croise des Daesch à la recherche de Zoroastriens. Un Sukhoi vrombit vers Homs, un hôpital rebelle à dézinguer. Damned, les monstres sont de sortie ce soir ! Mais bien sûr, c’est Halloween ! Tiens, pas vu de Granmèr Kal, voilà ce que c’est que la mondialisation. Bah, le Père Noël, c’était déjà une invention américaine.

Je lève le pied, je gare mon cube devant le « Téat Champ Fleuri ». Tiens, ils auraient pu aller jusqu’au bout et écrire « Sanfléri ». Ben non, il faut se fâcher avec personne, on coupe la goyave en deux, « téat » en kréol, « Champ Fleuri » en français.

Le début du spectacle est fastidieux, on passe du noir complet à la pénombre en un interminable quart d’heure. Les acteurs ne parlent pas, leurs dialogues façon jeunes « Oui, ben euh, non d’accord », s’inscrivent sur des panneaux qu’on a du mal à lire. Il y un problème récurrent d’éclairage dans ce théâtre. Mais pas pour ma voisine, nyctalope, qui rit à gorge déployée. Je me méfie de l’humour « théâtre contemporain », rarement drôle.

Peu à peu les choses s’améliorent, il s’agit de quatre jeunes gens, trois garçons, une fille : Jean-Baptiste Delannoy, Halory Goerger, Denis Robert, Beatriz Setién, fringués comme vous et moi, qui se meuvent sur une scène de campus. Ils restituent à leur façon, entre cours de philo, Wikipedia et Pierre Desproges, une évolution de l’humanité. Quelque peu arbitraire, nourrie de linguistique catégorielle, mais amusante et inattendue, coups de pioche dans le plateau, guitare électrique, interphone, bain de boules polystyrènes.

Pocpoc ou pas pocpoc ? Sur le fond on perçoit les théorisations « science et vie », avec l’inévitable « quantique », tarte à la crème dont il faudra bien nous expliquer un jour, de façon claire, ce qu’il en est. Pris par séquences, on s’y retrouve. Les passages sur les phonèmes, le fond d’écran des ordinateurs, l’interphone, sont sympas. Et on comprend que ce bon vieux principe du temps, reste, à ce jour, intangible : l’avenir n’existe pas, il n’y a que le présent.

Sur ces fortes paroles, on applaudit, on sort sur l’esplanade et « on the road again » ! Vive l’air frais, la skyline des montagnes réunionnaises, le ballet des étoiles. Le dragster ronronne et son moteur est en surchauffe. Ralentissons, prudence. On est demain en novembre, le mois des zavan, des zespri, des zam errantes. Les morts ne sont pas morts. Il y a la science, soit, mais il y a les croyances.

Bon, finalement c’était un bon spectacle, entre performance et impro, un peu d’air frais dans cet art dramatique qui a tant de mal à survivre, bousculé qu’il est par les technologies nouvelles. Les auteurs ont raison, c’est dans les campus que se renouvelle le genre. Vivent les étudiants ! Tiens, les voilà, sortis dans la rue, affublés de masques tous plus laids les uns que les autres, sauf celui de Scream. Comme par hasard inspiré du « cri » de Munch. L’art est visionnaire.

Run Dragster

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