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Édito

Euthanasier les enfants et les déments ? Formidable !

7 octobre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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En Belgique, un sondage montre une adhésion massive de l’opinion à l’extension de l’euthanasie, en débat devant le Parlement. En France, le droit à l’euthanasie est aussi inscrit à l’agenda politique. "Formidable" avancée sociétale ? Ou glissement vers l’eugénisme, alors que se creusent les inégalités d’accès au soin ?

Forrmidaable omniprésent sur les ondes, le talentueux chanteur belge Stromae scande, dans la langue roulée et beurrée du « Jef » de Jacques Brel, la déconfiture alcoolisée d’un amant éconduit. « Formidable » : l’adjectif s’appliquerait aussi à merveille aux dernières évolutions « sociétales » dans le plat pays, à condition que l’on se souvienne de son sens premier : terrifiant, du latin formidabilis.

Formidable. Terrifiant. Le mot est disqualifié, ringard, out en ce début de siècle hip et cool où la Société, paraît-il, entend se libérer définitivement des archaïsmes et des conservatismes hérités du passé, etc. C’est pourtant le sentiment qu’inspire à notre compréhension, sans doute désespérément rétrograde, la lecture d’un sondage réalisé par l’institut Dedicated et le journal « La Libre Belgique ».

Publiée la semaine dernière, cette enquête ferait apparaître une adhésion massive des Belges, Wallons et Flamands confondus, à l’extension des critères permettant de procéder à l’euthanasie. Ainsi, 38% des interrogé-e-s se disent « tout à fait favorables » à « l’euthanasie des mineurs incapables de donner leur consentement » — plongés dans le coma ou un état végétatif. 36% y seraient « plutôt favorables », 8% « plutôt défavorables » et 6% « complètement défavorables ». Le « consensus » constaté par « La Libre Belgique » montre une majorité écrasante en faveur de l’euthanasie des déments, « frappés par la maladie d’Alzheimer ou de démence vasculaire » qui ne seraient plus en état de demander l’euthanasie — 43% y seraient tout à fait favorables et 36% « plutôt favorables ». Seuls 10% y seraient opposés, 6% « plutôt », 4% « totalement ».

« Formidable », cette évolution des mentalités vers la reconnaissance d’un véritable droit à la mort, à laquelle adhèrent plus particulièrement les électeurs socialistes et écologistes ? La loi de 2002 permettait de demander l’euthanasie, mais n’en faisait pas une prérogative reconnue au patient. Nous n’entendons ici pas ajouter ou retrancher au débat moral relatif au droit de mourir dans la dignité, droit que revendiquent les artisans du texte actuellement en discussion au Parlement belge, et, en France, des groupes pro-euthanasie. Rappelons en revanche que, la mise en œuvre d’un droit, quel qu’il soit, est déterminé par le contexte dans lequel il s’exerce… c’est-à-dire, avant tout, par la condition économique de l’individu et de l’institution médicale.

Disons, plus crûment, que la décision de « piquer » un malade ne se pose pas dans les mêmes termes, selon que le patient appartient aux classes aisées ou à celles qui subissent les plus fortes contraintes économiques. Pour de nombreuses familles, le coût de la vie d’un parent végétatif ou dément devient insupportable, s’il n’est pas pris en charge par le service public. Lequel service public, en période de coupes et d’« austérité » peut de moins en moins faire face à ses missions. Réputé, le système de santé belge n’en subit pas moins une « logique de privatisation larvée » et un « sous-financement des hôpitaux par l’Etat » pointés par les acteurs mutualistes et syndicaux, auxquels s’ajoutent les inégalités liées à la problématique communautariste qui s’est imposée dans le pays.

C’est dire si sous nos cieux, où l’égalité d’accès aux soins est noyée dans la rigueur, la reconstruction d’une politique hospitalière digne de ce nom se pose en préalable absolu à la réflexion sur la mort médicalement assistée. Rappelons à ce sujet que c’est précisément le vingtième engagement du candidat Hollande — « je sécuriserai l’accès aux soins de tous les Français » — qui précède la mention du droit à l’euthanasie ; que le gouvernement s’est subséquemment engagé à « refonder notre système de santé ». En fait de « sécurisation » et de « refondation », les inégalités entre malades ne cessent de se creuser. Et pour l’heure, c’est surtout le travail acharné et l’abnégation des infirmières, infirmiers et médecins qui tiennent à bout de bras l’hôpital public…

En l’état, la « formidable » avancée sociétale — le « formidable » est à prononcer ici non plus à la Stromae mais à la Jack Lang — pourrait bien se traduire par un glissement vers l’eugénisme social. A réfléchir, du côté de nos adeptes contemporains du Progrès, enivrés de Liberté et d’Egalité majuscules… mais inattentifs, voire allergiques, à l’égalité sociale.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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