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Sur fond de crise et de communautarisme

Émeute à Saint-Gilles

21 juillet 2013
Geoffroy Géraud Legros
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De violents incidents ont éclaté hier dans le quartier sensible de Saint-Gilles-Les-Bains, suite au contrôle d’identité d’une jeune femme en combinaison de surf intégrale.

C’est une banale opération de police qui a mis le feu aux poudres dans le quartier sensible de Saint-Gilles (Ouest). Après s’être violemment opposé aux gendarmes qui souhaitaient contrôler les papiers d’identité de son épouse, vêtue d’une combinaison de surf intégrale, un homme a été interpellé et conduit à la gendarmerie . «  Il a répondu au contrôle par des invectives. Lorsque nous avons tenté de le raisonner, il est devenu violent et a tenu des propos injurieux qui justifiaient sa mis en garde à vue  », déclare l’agent Hoarau, présent sur les lieux. Autre son de cloche du côté des habitants du quartier, qui dénoncent la violence des forces de l’ordre. « Anne-Claire » (la jeune femme contrôlée, NDLR) a été violemment plaquée par le flic contre le capot de sa Panamera et menottée », rapporte Marie-Antinéa Gomez, témoin de la scène. « Des insultes racistes ont été prononcées », ajoute-t-elle.

« Eviter les amalgames »

Un rassemblement, qualifié de « problématique » par les autorités, s’est formé peu après face à la gendarmerie de Saint-Gilles. Appelées en renfort par les militaires débordés, les unités mobiles se sont affrontés en fin d’après-midi à des groupes visiblement organisés et déterminés à en découdre. Les témoins décrivent des scènes de « guérilla urbaine », les tirs de grenades lacrymogènes répondant aux jets de bocaux de wax et de crème solaire enflammés. Blessé par une seringue de botox lancée par des individus cagoulés, un agent est toujours hospitalisé. Si elles condamnent « avec fermeté » les faits de la nuit dernière, les autorités se refusent à « toute forme d’amalgame ». Ces « incidents », affirme un communiqué officiel, « interviennent dans une conjoncture tendue », notamment par la « crise requin  ».

Le mépris

« On n’excuse pas, mais on comprend », déclare pour sa part Jullian, éducateur spécialisé, qui travaille depuis plusieurs années dans le quartier. « Les jeunes ne peuvent plus surfer, alors ils sont obligés de se mettre au skateboard. La transition est difficile. De plus, les routes de la ville sont étroites et peu nombreuses et les tensions avec les automobilistes sont fréquentes. Ça fait monter la pression. Et puis, la municipalité n’a pas installé les rampes de skate et les barres de rock slide nécessaires, ni triplé la surface du réseau routier comme le demandent les associations. C’est vécu comme du mépris ».

Le terreau des radicalités

Une oisiveté et un sentiment d’injustice, propices à tous les extrémismes. « Quand la mer est vide, les camions-bars sont pleins, et les jeunes peuvent être abordés par des prédicateurs. Ils sont tellement désespérés que l’influence des grands frères ne suffit plus à les tempérer. Il y a aussi Internet, les jeunes ne savent pas très bien lire, alors ils sont très influencés par les vidéos d’extrémistes étrangers, et manquent de recul » poursuit Jullian, qui assure que cette radicalisation ne concerne qu’une « minorité ». La tendance effraie néanmoins certains Saint-Gillois. « Ça a commencé par les pieds nus en toute circonstance, ensuite ça a été les torses nus et les maillots de bains matin midi et soir. Dans mon immeuble, les combinaisons de surf intégrales se multiplient. Nous, on ne se sent pas très à l’aise, mais on a peur d’être traités de racistes, alors on ne dit rien », nous déclare discrètement une habitante de longue date, qui souhaiterait « déménager vers Saline les Hauts ou vers Trois-Bassins ».

« L’hiver austral dans le ghetto, c’est dur »

« On se sent regardés de travers lorsqu’on est coiffé, rasé de près ou que l’on porte un pantalon et des chaussures, surtout à l’approche de la plage », confirme Jean-Pierre, qui vit dans le quartier depuis quelques mois, et compte bien y rester. « C’est vrai qu’il faut se faire respecter, mais il faut aussi les comprendre, ces jeunes, c’est un peu le désespoir pour eux. En plus, en cette saison, ceux qui restent sont ceux qui n’ont pas eu le moyens de partir en France pour l’été. L’hiver austral dans le ghetto, c’est dur. Ils se sentent abandonnés. Pour moi, c’est aux pouvoirs publics d’agir » estime-t-il. Des pouvoirs publics sollicités de tous côtés, qui assurent « tout mettre en œuvre pour raffermir le sentiment républicain et le vivre-ensemble » dans la petite cité de l’Ouest. « Il faut faire vite », alerte Jullian. « La situation est très tendue, le sentiment d’injustice est trop fort. Ça peut péter à tout moment ».

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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