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Nouveau scandale

Des pirates d’élite pour la NSA

3 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Recrutée dans le monde des geeks, une unité spécialisée de la NSA est engagée dans de vastes opérations d’espionnage, dont le piratage du câble internet reliant l’Europe à l’Asie, révèlent des documents confidentiels.

TAO, pour Tailored access operations ou « opérations d’accès sur mesure » : c’est sous ce vocable mystérieux qu’une unité de la NSA américaine regroupe des « hackers » d’élite, révèle un dossier publié par le journal allemand Der Spiegel, réalisé par plusieurs journalistes dont Laura Poitras, une documentariste proche du « whistleblower » Edward Snowden.

Le champ d’action de la TAO va de l’espionnage et du contre-espionnage « classiques » aux cyber-attaques, utilisant notamment les « faiblesses techniques des systèmes tels que Microsoft et Cisco ». Louée pour son efficacité, la structure « parvient à atteindre les cibles les plus difficiles », déclare son ancien directeur, dans un rapport cité par l’hebdomadaire allemand. Selon la NSA, l’existence de cette unité d’élite se justifie par « la défense de la Nation et de ses alliés ».

Directeur de la NSA, le général Keith Alexander échange parfois son uniforme militaire pour les Jean’s et T-shirts des geeks.

« Pâté de viande blanc » et « liquide plat »

Un argument que mettent en doute plusieurs actions à l’encontre de pays « amis », dont l’opération « White Tamale » (le « tamale » est un pâté de viande mexicain NDLR) : un piratage de grande envergure des bases de données du Ministère mexicain de la Sécurité publique. En octobre dernier, Edward Snowden avait révélé aux journalistes du « Spiegel » l’existence de « Flat Liquid » — le nom de code d’un espionnage systématique des e-mails de l’ancien Président mexicain, Felipe Calderon. Mais c’est une opération de bien plus grande envergure, consignée dans un document estampillé « Top Secret - Interdit aux étrangers (sic) » qui fait la fierté de l’équipe des « plombiers de l’ère digitale » de la TAO. La cible : le « SEA-ME-WE 4 », un câble long de plus de 18.000 kilomètres, qui part de Marseille et aboutit à Singapour, au terme d’un parcours largement sous-marin, entrecoupé de relais et de ramifications terrestres. L’installation, qui assure l’essentiel des communications internet entre les deux continents, est exploitée, entre autre, par l’opérateur français « Orange » et l’italien « Sparkle  », dont le piratage est appelé à s’intensifier, note le document, qui prévoit « plus d’opérations destinées à collecter plus de données ».

De James Bond à Wayne’s World

Le nombre des agents de TAO, dont le siège est situé au Texas, devrait être porté à 270 en 2015, contre 60 en 2008. Si elle est au diapason du monde des geek et des hackers — le Général Keith Alexander, directeur de la NSA, troque même parfois l’uniforme militaire pour les jeans et T-Shirt — l’unité n’en a pas moins recours aux méthodes d’ espionnage traditionnelles. À la différence d’autres équipes de la NSA, les recrues de TAO doivent souvent avoir physiquement accès à leurs cibles, notamment pour installer des mouchards dans les matériels électroniques, rapporte le « Spiegel ». L’unité dispose même d’un jet destiné à transporter les « espions », que l’on imagine plus issus de « Wayne’s World » que de l’univers vodka-glaçons et costumes Brioni des James Bond… Au-delà de cette dimension pittoresque, ces révélations supplémentaires de l’intrusion systématique et — officiellement — unilatérale des Etats-Unis dans les échanges mondiaux d’informations posent à nouveau la question de la souveraineté réelle des alliés de l’hyper-puissance.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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