Categories

7 au hasard 19 août 2015 : Olivier Bancoult : « les fils du sol des Chagos ne cèderont pas » - 29 juin 2013 : Surabaya : le zoo de la mort - 17 février 2013 : Zoizo tann si bor loni - 10 novembre 2015 : Terla i koul pa béton... - 28 octobre 2015 : « Jeunes, instruites, libres… et diabolisées » - 22 janvier : Coup-de-poing américain... pour enfant - 26 janvier 2013 : « Nous, Africains, avons une part de responsabilité » - 30 juin 2013 : Un 8ème continent... trash ! - 27 juin 2014 : « Inosan », le film de Jameel Peeraly comme un poing levé - 13 août 2014 : Mafia : un sanctuaire dans l’océan Indien -

Accueil > Le monde > Cachez ce vagin que je ne saurais voir

Japon

Cachez ce vagin que je ne saurais voir

16 juillet 2014
Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

La distribution d’oeuvres d’art reproduisant les contours de son sexe vaut à une artiste japonaise une arrestation pour « obscénité ».

Megumi Igarashi

L’artiste féministe japonaise Megumi Igarashi, connue au Japon sous le pseudonyme de Rokudenashi-ko (littéralement : « La bonne à rien ») a été arrêtée lundi à Tokyo pour « distribution de matériel obscène », rapporte aujourd’hui le webzine en langue anglaise « Tokyo Reporter  » .

En cause, un lien internet envoyé par la créatrice permettant la reproduction de ses œuvres via une imprimante 3-D. Or, ces œuvres, qualifiées « d’art vaginal » — il s’agit en réalité de lèvres — reproduisent le sexe de M. Igarashi, décliné en plusieurs œuvres, dont un monumental « Kayak », création que l’artiste a récemment financée par un recours au « crowdfunding ».

Vu de l’imposant édifice des transgressions routinières bâti en Occident par des décennies d’art dit « contemporain », la démarche n’apparaît a priori guère originale : l’acte révolutionnaire accompli par Courbet peignant « L’origine du monde », brisant les codes esthétiques en représentant un sexe féminin et en opposant la brutalité d’une représentation anatomique aux figures idéalisées imposée par conventions picturales de son temps, ne date pas d’hier...

Megumi Igarashi, "Le vagin de Fukushima"

On ne compte plus, aujourd’hui, les œuvres plus ou moins heureuses qui prennent pour objet les parties génitales féminines, des très populaires « Monologues du vagin » à la performance très remarquée de l’artiste contemporaine Déborah de Robertis. Cette dernière, qui revendique une double inspiration dont le décalage affirmé est bien dans l’air du temps — « par Michaël Jackson et par la Vierge » — s’était fait connaître en exhibant son entrecuisse sous le tableau de Gustave Courbet. Une manière, selon l’intéressée, de « collaborer avec Courbet  ».

Megumi Igarashi, "École de filles"

Banalisées jusqu’à en être convenues, inscrites dans les canons de l’art contemporain en Europe occidentale, de telles initiatives sont subversives au Japon, où le Premier ministre ultra-conservateur Shinzo Abe a récemment dû « bricoler » à la hâte un agenda gouvernemental féministe, à la suite du scandale provoqué par les agressions verbales de membres de son parti à l’égard d’une opposante politique.

Megumi Igarashi "Vagin-champ de bataille"

Le travail de Megumi Igarashi vise à « démystifier » le sexe féminin, tant en l’incarnant dans des objets usuels qu’en connectant sa permanente étrangeté à une société traversée par les courants morbides de la crise écologique, du militarisme et de la submersion des rapports sociaux par les nouvelles technologies…

Un message qui ne « passe » visiblement pas, dans un Japon où la révolution conservatrice renforce les inamovibles structures patriarcales.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter