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Politique et développement

André Thien Ah Koon et la Cité du Volcan : un ultimatum vertueux ?

5 juillet 2014
Geoffroy Géraud Legros
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La Cité du Volcan n’ouvrira pas tant que les crédits attribués à l’aéroport de Pierrefonds ne seront pas sécurisés. Tranchant et controversé, l’ultimatum lancé par André Thien Ah Koon au Conseil régional s’adresse pourtant à une urgence, à l’heure où la Région laisse se dégrader les performances de l’aéroport de Pierrefonds, pourtant doté d’une enveloppe de 150 millions d’euros par les protocoles dits de « Matignon ». Un choix qui vise peut-être à réorienter ces fonds vers la Nouvelle Route du Littoral… et pourrait à terme priver le Sud de l’un de ses principaux outils de développement.

André Thien Ah Koon. Photo : Bizebi

L’idéologie centralisatrice qui marque si fortement la pensée d’État française se décline-t-elle à La Réunion ? Si elle n’a pas réellement reçu de formulation politique ou juridique, la prééminence de la zone nord-ouest de la « capitale » dionysienne — qui doit plus sa position de chef-lieu aux vicissitudes de l’histoire qu’à un choix rationnel en matière d’aménagement du territoire — a longtemps été ressentie comme une inégalité, tant par les décideurs que par les habitants des Hauts, de l’Est, et du Sud.

Ce sentiment a assuré une assise populaire à la mobilisation des élus qui, dans les années 1980-1990, ont doté le Sud — que l’on a pris l’habitude de désigner du terme de « micro-région » — d’infrastructures décisives pour le développement économique, social et humain.

Ainsi, le Tampon accueille depuis le début des années 1990 un campus, destiné à remédier à l’éloignement des locaux universitaires situés dans la capitale, qui, couplé à l’insuffisance du parc de logements étudiants, privait de facto nombre de jeunes du Sud de la possibilité d’un cursus universitaire.

En 1999, le Sud accomplissait un pas supplémentaire en direction du ré-équilibrage territorial, en se dotant d’un aéroport civil, installé à Pierrefonds.

Un grand bond en avant pour le territoire, d’autant plus remarquable que ces réalisations trouvaient leur principe dans le travail conjoint d’élus opposés par un fort antagonisme idéologique : les maires communistes de Saint-Pierre et de Saint-Louis, et André Thien Ah Koon, maire du Tampon et leader du RPR réunionnais.

Pionnier des grandes infrastructures hors de la zone Nord-Ouest, le Sud fut donc, aussi, un laboratoire d’une coopération politique que la dureté des clivages alors à l’œuvre dans le champ politique réunionnais rendaient difficilement imaginables.

L’ouverture de la Route des Tamarins il y a maintenant presque 5 ans a constitué le point d’orgue de l’émergence du Sud.

Depuis, « bâton la change de boute ».

D’abord par petites touches, puis de manière de plus en plus affirmée, un véritable processus de re-centralisation s’est imposé, dont la prise de la Région par l’UMP en 2010 a constitué le point de basculement.

En témoigne, la dégradation de l’offre universitaire au Tampon — partiellement sacrifiée sur l’autel (double) de la polarisation dionysienne et de la « discipline budgétaire » — et surtout l’accaparement des moyens, crédits et de l’attention des pouvoirs décentralisés par le Chantier de la Nouvelle Route Littorale (NRL).

Terminal de l’aéroport de Pierrefonds. Situé à Saint-Pierre, celui-ci connaît une perte d’affluence faute de recevoir les aménagements pourtant financés au titre du protocole de Matignon. Photo : Dunog

Au premier rang des victimes de ce reflux, l’Aéroport international de Pierrefonds attend toujours les aménagements indispensables à la continuité et au développement de son activité. Une activité qui, après des années de croissance, connaît un sérieux tassement, du fait de la non-réalisation de travaux et d’aménagements indispensables…

150 millions d’euros ont pourtant été dévolus au développement de l’aéroport sudiste par le Protocole dit de Matignon II, issu — suite à l’alternance régionale de 2010 — de la renégociation des crédits publics précédemment dévolus au combiné Tram-train/Route littorale et réorientés, comme on le sait, vers cette dernière.

Or, le Conseil régional ne semblent guère pressé d’employer les fonds à leur destination. Invariablement, les documents produits par l’institution régionale décrivent comme « en cours » la réalisation des ouvrages, alors que les performances du site continuent de se dégrader.

Ce déficit d’équipement poserait d’ailleurs, d’après nos informations, un problème très actuel dans le cadre de la visite du Président de la République, qui séjournera dans notre île les 25 et 26 juillet prochain…

Selon d’autres sources, c’est dans le principe de « fongibilité » acté dans les accords de Matignon revus par M. Robert qu’il faudrait rechercher la cause de l’inaction régionale .

En clair, les enveloppes fléchées « Pierrefonds » et non utilisées pourraient, à terme, être redirigées vers d’autres cibles : on pense à l’aéroport de Gillot, en faveur duquel s’exerce un puissant lobbying dirigé contre l’aérogare « rivale » du Sud, mais surtout à la pharaonique Nouvelle Route du littoral, grande dévoreuse de crédits.

Si elle s’avérait, cette hypothèse signifierait pour le Sud la perte d’un outil majeur du développement, au profit d’un équipement dont l’achèvement demeure plus que jamais incertain.

En subordonnant l’ouverture de la Cité du Volcan à la sécurisation des fonds alloués à l’aéroport de sudiste, André Thien Ah Koon a salutairement mis l’institution régionale au pied du mur.

A minima, celle-ci doit désormais clarifier sa position quant à l’avenir des installations de Pierrefonds, et, plus généralement, dire si — et pourquoi — sa stratégie de développement entend priver le Sud des infrastructures acquises au cours des décennies précédentes.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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