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Océan Indien

Amrita Sher-Gil, l’étrange vie de la Frida Kahlo indienne

29 janvier 2017
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Amrita Sher-Gil est une femme hors du temps. Elle meurt mystérieusement à 28 ans, en 1941. Sa courte vie bouscule tous les préceptes de la société dans laquelle elle évolue. Émancipée, indépendantiste, féministe, bisexuelle et mariée à un cousin germain, elle laisse en héritage une centaine d’oeuvres pionnières de l’art moderne en Inde. Étrange destin... De l’autre côté des océans, une autre femme peintre, la Mexicaine Frida Kahlo. Troublantes similitudes entre ces deux femmes libres...

Cet autoportrait d’Amrita Sher-Gil, peint en 1932 alors qu’elle a 19 ans, a été vendu aux enchères à New York au mois de mars 2015 pour 2,92 millions de dollars.

Au mois de mars 2015, un tableau (autoportrait) signé Amrita Sher-Gil a été acheté lors d’une vente aux enchères à Sotheby (New York) pour la somme de 2,92 millions de dollars. Prix record pour cette artiste et pour toutes les oeuvres peintes par des femmes indiennes.

« L’apparition aux enchères d’une œuvre d’Amrita Sher-Gil est un événement historique », précise Yamini Mehta, spécialiste internationale de l’art indien et de l’Asie du Sud chez Sotheby.

Effectivement, les oeuvres de la peintre Amrita Sher-Gil ont été classées « trésors nationaux d’art » par le gouvernement indien et peu d’entre elles circulent en dehors de l’Inde.

Amrita Sher-Gil (1913-1941) et Frida Kahlo (1907-1954). Jeu de miroirs...

Amrita voit le jour six ans après Frida et meurt 13 ans avant elle. Comme Frida Kahlo, elle réalise un nombre considérable d’autoportraits — dont certains montrent un visage étonnamment ressemblant à celui de la peintre mexicaine.

Dans l’oeuvre de l’une comme de l’autre, le pays réel est une constante quête. Ce sont des femmes-peintres engagées, qui dévoilent la pauvreté, parfois la détresse, la condition féminine, la nudité... et qui mènent chacune leur vie sans entraves.

Mais la vie d’Amrita sera malheureusement de courte durée. Née à Budapest (Hongrie) le 30 janvier 1913 d’une mère hongroise chanteuse d’opéra (Marie Antoinette Gottesmann) et d’un père indien, aristocrate sikh, érudit en sanskrit et photographe (Umarao Singh Sher-Gil Majithia), elle trouve la mort à 28 ans dans des circonstances troubles le 5 décembre 1941 à Lahore (Pakistan), « là-même où elle avait été conçue », précisera son père.

Amrita Sher-Gil

Entre ces deux dates, un destin hors du commun se noue. D’aucuns prétendent qu’elle commence à peindre dès l’âge de 5 ans, qu’elle étudie la peinture à 8 ans et qu’à 9 ans, elle donne des concerts (piano et violon) avec sa petite soeur. Elle arrive en Inde en 1921 et s’installe avec sa famille à Summer Hill (Shimla).

Au cours d’un voyage en Italie, à 16 ans, avec sa mère, elle fréquente quelques mois les Beaux-Arts de Florence, puis ceux de Paris (1930-1934).

Elle voue alors une admiration à Vincent Van Gogh, Paul Cézanne et Paul Gauguin. Son travail sera d’ailleurs fortement influencé par Gauguin.

"Tribal Women", 1938

Mais l’Inde lui manque... En 1934, la voici de retour en Inde, l’Inde rurale, l’Inde à l’envers de la carte postale. Amrita adopte le sari et se plonge dans le pays profond.

Son oeuvre est quasi exclusivement consacrée à ce pays : « Je ne peux peindre qu’en Inde, confie-t-elle. L’Europe appartient à Picasso, Matisse, Braque... L’Inde est à moi ! » Elle réalise également de nombreux autoportraits à partir de photographies prises notamment par son père.

En 1938, elle épouse son cousin germain hongrois, le Dr Victor Egan, au grand dam de sa famille. Mais Amrita ne renonce pas pour autant à sa manière de vivre et entretient des relations avec d’autres hommes et aussi avec des femmes.

En décembre 1941, à la veille d’inaugurer une grande exposition de ses oeuvres, Amrita Sher-Gil tombe subitement malade. Deux médecins appelés tardivement à son chevet ne pourront rien pour elle. Elle sombre dans le coma et meurt le 5 décembre, « autour de minuit », à son domicile, au 23 rue Sir Ganga Ram.

A-t-elle été victime d’un empoisonnement ? D’une intoxication alimentaire provoquée par des « pakora » (beignets) ? D’une péritonite ? A-t-elle succombé à une hémorragie consécutive à un (nouvel ?) avortement clandestin réalisé par son mari ? Le Dr Victor Egan, son mari jaloux de ses infidélités, sera soupçonné d’être son meurtrier par empoisonnement. Au lendemain de la mort d’Amrita, le Royaume-Uni déclare la guerre à la Hongrie et Victor Egan, Hongrois, est alors emprisonné.

Près de 75 ans après sa disparition, les causes de sa mort sont encore l’objet de controverses et de polémiques sur le net.

"Bride’s Toilet", 1937

« Le corps d’Amrita a été transporté dans un crématorium, écrit son père dans une lettre. Ces doigts qui avaient peint et ce cerveau qui avait imaginé ses œuvres, recevant leur inspiration de l’Esprit éternel, retournaient aux éléments de la terre sous nos yeux. Elle avait été conçue à Lahore et la mort semblait avoir conspiré avec la vie pour libérer son esprit de sa chrysalide dans cette même ville ».

Iqbal Singh, un journaliste qui a écrit une biographie d’Amrita et qui est fasciné par la jeune artiste-peintre, raconte... « Le corps d’Amrita avait été placé dans un corbillard noir. Il était recouvert d’un châle en Cachemire. Au dernier instant, quelqu’un constata qu’aucune disposition n’avait été prise pour mettre des fleurs sur le corps. Des amis, qui possédaient un jardin dans leurs maisons, coururent en chercher quelques unes. (...) Le cortège se fraya un chemin rapidement à travers les bazars, dépassa la mosquée Badshahi et le fort de Lahore puis atteignit les ghats [1] situés sur la rive gauche de la Ravi. Une courte cérémonie religieuse selon le rite sikh fut célébrée… Le dernier rituel fut accompli par le père d’Amrita, Umrao Singh. Pendant que je regardais assis le corps de cette belle et élégante Amrita se consumer dans le brasier, je me rappelais m’être dit après l’avoir vue la première fois : Nous ne reverrons jamais quelqu’un comme elle. »

Amrita Sher-Gil

Conscient de l’ampleur du talent d’Amrita Sher-Gil, le gouvernement indien a classé ses oeuvres « trésors nationaux d’art », ; elles se trouvent pour la plupart dans la collection de la Galerie nationale d’art moderne de New Delhi.

En 1978, son tableau « Hill women » a servi à illustrer un timbre-poste en Inde, et une route porte désormais son nom.

En 1995, dans son roman « Le Dernier Soupir du Maure », Salman Rushdie s’est inspiré de Amrita Sher-Gil pour le personnage d’Aurora Zogoiby.

Nathalie Valentine Legros et Geoffoy Géraud Legros

"Three Girls", 1935

"Hill Women", by Amrita SHer-Gil. En 1978, ce tableau sera imprimé sur un timbre, à l’initiative du gouvernement indien.

Self Portrait by Amrita Sher-Gil, 1933

Self Portrait by Amrita Sher-Gil, 1931

Self Portrait by Amrita Sher-Gil, 1934

Hungarian Gypsy Girl, by Amrita Sher-Gil

Amrita Sher-Gil

"Two women". Ce tableau d’Amrita Sher-Gil ferait référence à la relation amoureuse qu’elle entretenait avec une dénommée "Marie-Louise".

Auto-portrait, Amrita Sher-Gil

Villageois du Sud de l’Inde, en route pour le marché, by Amrita Sher-Gil, 1937

Lány, by Amrita Sher-Gil, 1936

Amrita Sher-Gil

"Tahitian", auto-portrait, Amrita Sher-Gil

Self Portrait by Amrita Sher-Gil

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1escaliers

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