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Rap kréol, identité, engagement politique

Ti Bang : "Ce sont les fous qui ont construit le monde"

20 février 2011
Geoffroy Géraud Legros
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Réponse à Jacqueline Farreyrol [1] : Ti Bang persiste et signe, accompagné de Lil’ Roy, dans un remix de « Pas de justice pas de paix », la vidéo buzz sur la toile réunionnaise. Interview exclusive d’un rappeur engagé. 20 février 2011.

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Geoffroy Géraud Legros : Ti Bang, tu es porteur d’une longue tradition musicale familiale. Comment cet héritage participe-t-il à ta création  ?

Ti Bang : L’héritage que m’a légué ma famille est une grande responsabilité. Jules Joron, Ousanousava, Alain Joron, Baster, Thierry Gauliris, toutes ces personnes et ces groupes représentent à peu près 50 ans de l’histoire musicale réunionnaise. 50 ans de militantisme, d’engagement musical mais aussi social. Cet héritage m’aide beaucoup à trouver l’inspiration lorsque j’écris mes chansons. Le morceau d’Alain Joron « Oté kréol » est ma chanson préférée en terme de musique locale. Si tu veux savoir d’où vient mon influence première, regarde vers Alain Joron et le « Mouvman kiltirel Baster » !

Geoffroy Géraud Legros : Pourquoi avoir choisi le hip-hop pour exprimer cette tradition ?

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Ti Bang : Je suis tombé amoureux du hip-hop la première fois que j’ai entendu le rappeur Eazy-e de Los Angeles, le fondateur des NWA (Niggaz wit Attitude) ! Je me suis dit merde... Le type a une voix de gamin, il fait 1m60 et c’est le gangsta-rappeur le plus authentique que j’ai jamais entendu ! De son vivant, il avait un côté engagé, et aussi beaucoup d’humour. C’était le plus gros donateur des USA et c’est le seul rappeur à avoir déjeuné avec le président des Etats-Unis, habillé en soldat. C’était un rappeur, un vrai, maintenant il faut bien différencier le rap du hip-hop. Le rap est une des 5 disciplines du hip-hop. Le hip-hop, c’est un mode de vie, une culture dans laquelle je me retrouve : Baggy, Dickies, bandana, casquette, survêtement, converse… ça c’est hip-hop ! Sinon le reste, les mecs habillés fashion, t-shirt serré, slim, euuuhhh... c’est loin d’être hip-hop pour moi ça !

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"Je suis tombé amoureux du hip-hop la première fois que j’ai entendu le rappeur Eazy-e de Los Angeles..."

Maintenant, les Haïtiens ont réussi à amener ce qu’on appelle le "hip-hop Kreyol" au top, notamment par le biais de Wyclef Jean, des Zoe Pound de Miami ou de Barikad crew. Les Haïtiens ont réussi à commercialiser le rap Kreyol aux USA et à faire en sorte que le "hip-hop kreyol" ait sa propre identité. Pour cela, on doit rendre hommage au défunt Masterdji qui pour moi a vraiment créé le « mouveman hip-hop Kreyol » à Port-au-Prince. Les Haïtiens réussissent bien à passer la tradition à travers le hip-hop créole qui est devenu une institution chez eux, alors pourquoi pas nous ? Pour moi, le rap et le dancehall sont des styles qui descendent directement des musiques Afros comme le maloya, porteurs de textes engagés et revendicatifs. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion suivent le mouvement rap créole, même les rappeurs originaires des DOM-TOM et vivant en métropole s’y mettent. Le rap ou le dancehall sont devenus les moyens d’expressions les plus courants chez les jeunes artistes des îles.

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Geoffroy Géraud Legros : Tu as tenté, je crois, quelques expériences littéraires...

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Ti Bang : Oui, je me suis mis à écrire un livre sur l’esclavage que je n’ai jamais terminé. Par manque de temps et de maturité ! Mais je n’ai pas abandonné, je me laisse du temps c’est tout. J’ai aussi écrit des poèmes engagés pour un journal étudiant.

Geoffroy Géraud Legros : Tes textes sont très politisés. Dans « Pas de justice pas de paix », tu réponds directement à Jacqueline Farreyrol. D’où vient cet engagement ?

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Ti Bang : Disons que c’est de famille. Dans ma famille, on ne conçoit pas la musique sans engagement ! C’est pareil pour moi. Je me suis engagé dans la cause afro-réunionnaise, pour la reconnaissance de la culture KAF, du combat de Eli par exemple en 1811, qui pour moi — et cela n’engage que moi — peut être considéré comme le père de la communauté afro-réunionnaise. Pour « Pas de justice, pas de paix », Farreyrol l’ a bien cherché. Elle a provoqué l’afro-descendance… Je lui renvoie la réponse d’un jeune afro-descendant. Elle est députée et elle réussit à sortir des inepties pareilles ! Pour moi, c’est plus une politicienne de décoration qu’une intellectuelle, parce qu’il faut vraiment être bête pour se griller comme ça. De toute façon y’a un remix de « Pas de Justice, pas de paix » qui arrive, cette fois-ci, ce sera un duo avec le rappeur Lil’roy, un rappeur créole engagé comme moi.

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Geoffroy Géraud Legros : Penses-tu qu’un artiste réunionnais puisse s’exprimer librement sur le plan politique, vu le poids du politique dans l’attribution des subventions ?

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Ti Bang : Franchement, il faut être fou pour s’attaquer au système politique à La Réunion quand on est artiste ! Mais ce sont les fous qui ont construit le monde. La plupart des artistes sont tenus par les couilles à La Réunion, parce qu’ils mangent dans la même gamelle que des politiciens souvent corrompus. Lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur des faits aussi graves tels que l’affaire Farreyrol, faut être honnête, les jeunes artistes de La Réunion, on ne les voit pas. A part quelques artistes vraiment engagés, comme Lokaf Socko et RIS au camélia, LK la Rebellion et anarchistes à Saint-Pierre, Achem, Klibre 420 ou Akim 786 au Port ou les différents membres du Ghetto Prod sound system dont je fais partis et pardon aux artistes que j’ai oubliés.

Geoffroy Géraud Legros : A quand la sortie de l’album ?

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Ti Bang : En ce moment je bosse beaucoup avec ma famille du Ghetto Prod sound system. Mc Duc et moi, on a décidé de lancer une mixtape 100% Ghetto Prod « Rap Kréol vs Dancehal », le morceau « Pas de Justice, pas de paix » sera dessus ainsi que le remix avec Lil’roy. On poura y retrouver tous les jeunes artistes Ghetto Prod, Mc Duc, Maylan, Lokaf Socko, Ti Sonne, Vendo, Yron, Titox, Koobyone, waryouth, Kléospitt, Micka la vybz et d’autres encore. Bien sûr, il faut dire que sans DJ Lokal le fondateur du ghetto prod, qui pour moi est le Dj numéro 1 sur La Réunion, rien de tout cela n’aurait était possible ! Dj Lokal, c’est le seul King selekta sur cette île.

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Je travaille aussi sur un projet de 5 titres avec mon pote Koobyone et mon cousin Thierry Gauliris en ce moment. Un 5 titres qui sera lui aussi vraiment engagé. Et puis j’ai aussi mon collectif dans l’Hexagone, étant donné que j’ai vécu 5 ans en France — les Afro Boyz. On prévoit la sortie prochaine d’une mixtape. Je planche aussi sur un album en commun avec un rappeur/producteur à Lyon, un mec de Vaulx-en-Velin, Laury G. Il est d’origine réunionnaise et algérienne, un mélange de dingue, mec. On a fait un premier titre « Dodo & zamal » qui a bien marché, alors on s’est dit pourquoi pas un album ? Je travaille aussi sur un projet de compile pour la communauté kaf ou afro-réunionnaise de l’île de La Réunion. Il y aura différents artistes engagés sur cette compile, connus et moins connus. J’ai pris des engagements et je compte bien m’y tenir, y’a du pain sur la planche pour 2011. Cette année sera celle de Eli le révolutionnaire, de la vérité, du Ghetto Prod & des vrais artistes engagés !

Geoffroy Géraud Legros
20 février 2011

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Jacqueline Farreyrol avait qualifié la langue réunionnaise de « créole KK »

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