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Madagascar et insécurité alimentaire

500 milliards de criquets affament 4 millions de Malgaches

12 octobre 2013
Nathalie Valentine Legros
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Une véritable catastrophe humanitaire se profile à Madagascar, déjà éprouvée par une misère chronique. L’invasion massive de criquets a contribué au basculement de la Grande île dans un état d’insécurité alimentaire accru qui frappe de plein fouet 4 millions de Malgaches et en menace 9 millions de plus. Le déclin économique de Madagascar, dû notamment au "retrait" opéré par ses principaux partenaires pour cause de "transition politique", affecte tous les secteurs... sauf l’industrie minière !

« Apports caloriques inadéquats », « repas insuffisants », « rations réduites », « pénuries d’aliments de base comme le riz, le maïs et le manioc », « manque sévère de protéines végétales et animales », « dégradation de la sécurité alimentaire »... Ces termes se trouvent dans un document des Nations Unies rendu le 9 octobre et décrivant la situation alimentaire critique de Madagascar. Une mission spéciale d’évaluation du FAO/PAM [1], sous l’égide de l’ONU et financée notamment par le FIDA [2], a enquêté dans la Grande île, entre le 19 juin et le 13 juillet derniers.

La lecture détaillée du rapport de cette mission spéciale livre une photographie saisissante de la situation malgache : la famine guette 13 millions de Malgaches, plus particulièrement dans le Sud et l’Est de l’île. A ce fléau, ajoutons ceux de la peste, des criquets dévastateurs de cultures, du pillage des ressources...

Moins de 13€ par mois survivre

Bienvenue dans la mer indienne, sur la Grande île dont le sol regorge de richesses (notamment minières), qui concentre 98% des « surfaces agricoles utiles hors sucre » des îles du sud-ouest de l’océan Indien, et qui est potentiellement considérée comme le « Grenier de l’océan Indien » si l’on se réfère à une table ronde, organisée à Mahajunga, par la COI [3] en début d’année, sur le thème de la sécurité alimentaire dans l’Indiaocéanie. A Madagascar, 76,5% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 468.800 ariary (160€) par personne et par an (chiffres ONU), soit environ 13€ par mois.

Photo meltyfood

Certains champs détruits à 100%

« 500 milliards de criquets menacent Madagascar », annonçait le 4 juillet dernier le site Natura-Sciences.com, prévoyant déjà que cette attaque massive « pourrait compromettre la sécurité alimentaire du pays ».

Les essaims de criquets pèlerins ont ainsi dévasté champs de riz, de maïs et de cannes à sucre, etc. Une baisse généralisée sur les productions agricoles en comparaison avec l’année 2012 a été constatée par la mission spéciale du FAO/PAM. Les experts ont ainsi estimé un recul de 21% sur la production du riz, de 15% sur le maïs et de 14% sur le manioc. Les pertes atteignent 40 à 70% dans certaines régions du pays, voire 100% sur certaines parcelles.

« Étant donné l’ampleur et l’extension géographique de l’invasion acridienne, trois ans d’efforts soutenus correspondant à trois campagnes antiacridiennes successives (2013-2016), pour un total de 41,5 millions de dollars, seront nécessaires », estime la FAO dans un document intitulé « Réponse à l’invasion acridienne ».

Les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire

Pluviométrie médiocre et capricieuse, invasion de criquets, cyclones, sécheresse, flambée des prix sur les aliments, recul de la production agricole... sont autant de facteurs qui ont entamé gravement la sécurité alimentaire des ménages, fragilisant un peu plus les populations les plus exposées : les pauvres et particulièrement, les populations rurales. Ainsi, sur les 22,3 millions de Malgaches (estimation 2013/14), 13 millions sont potentiellement exposés dont 4 millions directement frappés. Conséquence : de nombreux ménages limitent leur consommation vivrière, dans les régions côtières du sud et de l’est, qui sont les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire, voire dans certaines zones de production agricole du plateau du centre et du nord.

Photo CIRAD

« Les ménages souffrent principalement d’un apport alimentaire inadéquat et de repas insuffisants, précise le rapport du FAO/PAM. Les ménages pauvres, qui doivent se restreindre, ne consomment pas de produits animaliers (viande, poisson, œufs) et peu de protéines végétales (légumes secs, par exemple). Du fait des chocs intervenus récemment, essentiellement de mauvaises récoltes et une hausse des prix des produits alimentaires, les ménages se sont rabattus sur des aliments moins onéreux et ont réduit leurs rations, d’où une dégradation de la sécurité alimentaire ».

Bénéfices minimum pour Madagascar

Cette situation catastrophique est une conséquence évidente du déclin économique de la Grande Île, lui-même découlant « en partie des sanctions imposées par les principaux
partenaires au développement qui ne peuvent, selon les textes qui les régissent, traiter directement avec le gouvernement de transition issu du changement inconstitutionnel de pouvoir
, précisent les termes du rapport du FAO/PAM. Ces sanctions consistent essentiellement en un gel de toute forme de coopération, notamment économique, via les autorités de transition. Tous les secteurs de l’économie, hormis le secteur minier, en ont été durement touchés ».

A Madagascar, le secteur minier représente une véritable manne qui malheureusement ne bénéficie pas à la population ou alors dans des proportions ridicules. Un rapport datant de novembre 2012, rédigé par « Les amis de la Terre (France) », pose le problème en ces termes : « Profits maximum pour les multinationales, bénéfices minimum pour Madagascar ». Et pendant ce temps-là... 4 millions de Malgaches marchent le ventre vide.

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture / Programme alimentaire mondial

[2Fond international de développement agricole, agence spécialisée des Nations Unies

[3Commission de l’océan Indien

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