Categories

7 au hasard 7 février : Lacaussade, né et mort parmi les révoltés - 4 novembre 2013 : Surrémunération : le feu aux poudres ? - 21 juin 2016 : Le Barachois comme vous ne l’avez jamais vu - 28 juillet 2014 : Mode : l’Inde monte en puissance - 11 février : « François Fillon puni par là où il a péché ? » - 5 septembre 2014 : Vers « les pires sécheresses depuis 2000 ans » - 5 février 2014 : Salauds d’ultramarins ! - 24 janvier 2014 : A désespérer les exclus et les salariés ! - 26 février 2014 : Bois-Blanc : la pollution toujours impunie - 17 avril 2014 : Quelle langue parle-t-on à La Réunion ? -

Accueil > 7 au menu > 7 à voir > Un petit bijou dans des sables émouvants

Ce que voit l’autruche... au théâtre

Un petit bijou dans des sables émouvants

28 mars 2017
Guy Martin
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

« Qui sait ce que voit l’autruche dans le sable »... Ce spectacle — tout public, à partir de 6 ans — de la jeune compagnie théâtrale « La Pata Negra » a été présenté en mars, dans la boite noire de la Cité des Arts, suite à une résidence d’une dizaine de jours. Un véritable petit bijou que vous pourrez découvrir au Séchoir de Saint-Leu, le vendredi 7 avril à 19h.


Nous sommes passés à travers le miroir...


La scène de la boite noire, espace cubique entièrement noir, occupe plus de place que les gradins installés de plain-pied, sans séparation entre les artistes et les spectateurs, créant ainsi un fort sentiment d’intimité.

Face au public, un parallélépipède noir rempli de sable blanc qui reflète la lumière tombant des cintres. Tout comme reflètent la lumière les quelques cailloux blancs disposés plus loin. Le décor est là, énigmatique.

Très vite, la salle est plongée dans le noir total. Quand la bande son entre en jeu et que la lumière lunaire illumine à nouveau cet univers de sable, nous sommes déjà passés à travers le miroir...

Un personnage en salopette sombre, chapeau melon vissé sur la tête, godillots fatigués aux pieds, s’extirpe de ce désert pour nous embarquer dans une traversée de quarante-cinq minutes que nous ne verrons pas passer.


Bousculés, déstabilisés, attendris... jamais indifférents


Conteuse, comédienne et marionnettiste, Isabelle Martinez, tel un « Buster Keaton Beckettien », va animer plusieurs séquences où l’émotion se mêle au rire, où nous sommes bousculés, déstabilisés, attendris. Jamais indifférents.

Dans le préambule, avant d’arriver à ce qui fait vraiment notre humanité dans toute sa nudité, c’est le grand ménage ! Avec humour et dérision, les grands « mythes » partent à la poubelle : l’Armée, la Religion, le Grand Amour… CRASH !

Bien sûr, une autruche pointera le bout de son nez, premier jeu de marionnette avec deux fois rien : un petit accessoire, une main, la voix. Tout peut surgir de cette étendue désertique.

Dans une astucieuse mise en scène, les marionnettes prennent vie, animées par les mains, la voix et tout le corps d’Isabelle Martinez. La frontière s’efface entre l’humain et ce qui, l’instant d’avant, était une poupée inanimée. La séquence du « chat » ne laissera indifférents ni les petits ni les grands.


La vie, l’amour, la mort


Mais c’est avec beaucoup plus de subtilité, de magie et de poésie que d’autres scènes surgissent pour nous émouvoir. Comme cette séquence avec un personnage aux longues jambes, amoureux de cailloux, qui tour à tour fait corps avec la comédienne ou la prend à partie. Qui ose s’aventurer hors de son cadre, pour mieux y revenir retrouver sa sécurité !

Inspiré librement de l’œuvre de Samuel Beckett, cet univers n’est pas exempt de pensées sombres, de réflexions sur la vie, l’amour et la mort. Mais toujours avec une distance, une dérision, un certain humour « british » qui fait toujours mouche.

Les enfants seront fascinés eux aussi et vous surprendront peut-être par leurs réflexions, pour peu que vous échangiez ensuite sans a priori avec eux.

Quand tout semble fini, le sable ratissé recouvrant à nouveau une surface unie, un dernier petit personnage apparaît. Véritable alter ego de la figure centrale, il s’évadera, grâce au rêve, du cadre imposé. Peut-être bien qu’avec Isabelle Martinez, Godot a fini par venir au rendez-vous et ensemble, ils se sont éclipsés.

De gauche à droite : Valérie Becq, Isabelle Martinez, Mathieu Bastin, Charles Rios.

Et le noir retombe...


Une dernière « giclée » de sable et le noir retombe.

Coup de chapeau à la performance que nous offre Isabelle Martinez, et à toute l’équipe : Charles Rios qui participe à la scénographie, à la conception des marionnettes, aux costumes, Valérie Becq qui règle l’ambiance lumineuse et Mathieu Bastin l’ambiance sonore.

« Qui sait ce que voit l’autruche dans le sable » nous (re)plonge dans l’œuvre de Samuel Beckett. Ça tombe bien, « La Pata Negra » prévoit pour fin 2017 « Oh les beaux jours », spectacle en deux actes inspiré de la pièce du dramaturge anglais.

Guy Martin



Isabelle Martinez s’intéresse autant au jeu d’acteur (elle se forme à l’art théâtral depuis 1993), à l’art du clown, à la commedia dell’arte qu’aux techniques vocales et à l’écriture. De 2002 à 2011, elle entretient une collaboration avec la compagnie réunionnaise « Le théâtre des Alberts ». Elle crée sa propre compagnie « La Pata Negra » avec Charles Rios, scénographe, en 2016.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter