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Environnement

Un 8ème continent... trash !

30 juin 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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L’océan Indien n’échappe pas au phénomène : une île flottante constituée de déchets (essentiellement des débris de plastique) se forme et se développe ici comme dans le Pacifique (surface équivalente à 6 fois la France) ou l’Atlantique... C’est le 8ème continent d’une planète pas nette : la Terre ! Et ce n’est pas de la science-fiction.

300 millions de tonnes. C’est la production mondiale de plastique. 10% de cette production finit dans les océans, constituant un véritable fléau pour l’équilibre des écosystèmes et une atteinte grave à la biodiversité ! Avalés par des poissons, des mammifères marins ou des oiseaux [1], ces particules de plastique provoquent une hécatombe. Selon Greenpeace, on estime que chaque année, environ 1 million d’oiseaux et plus de 100.000 animaux marins sont victimes du plastique : ils meurent étouffés dans un sac plastique ou après avoir ingéré des déchets flottants.

Aucun océan n’échappe à ce phénomène. On parle même désormais d’un 7ème ou 8ème continent... Un continent-poubelle réparti dans les cinq grands bassins océaniques : deux « plaques flottantes » dans l’océan Pacifique, deux plaques dans l’océan Atlantique et une plaque, ici, dans l’océan Indien. Au total : 7,25 millions de tonnes de plastique ! Ces plaques de déchets, de densité variable, apparaissent à la confluence d’importants courants marins qui, animés par la force de Coriolis, forment une gigantesque spirale qui aspire et emprisonne les déchets flottants en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre (hémisphère nord), et en sens inverse (hémisphère sud).

Ces immenses vortex —ou gyres océaniques — sont aussi qualifiés de « soupe de plastique », terme imagé dont l’évocation est cependant assez proche de la réalité. Difficiles à repérer de loin et indétectables par nos satellites, ces« îles flottantes » — ou 8ème continent — sont effectivement constituées d’une multitude de micro-particules de plastique en suspension, concentrées sous la surface et jusqu’à 30 mètres de profondeur. Pour 80%, ces déchets sont arrivés en mer transportés par les vents et les rivières, les 20% restants étant liés aux activités maritimes. La formule choc de « 8ème continent de plastique » a été imaginée afin de marquer les esprits et d’alerter l’opinion internationale.

Ce phénomène a été observé par hasard pour la première fois il y a 16 ans, dans le Pacifique nord. Le capitaine Charles Moore, au cours d’une régate en 1997 entre Los Angeles et Honolulu, décide de suivre une route habituellement peu fréquentée et découvre une gigantesque plaque de déchets flottants qui sera baptisée plus tard « great Pacific garbage patch ». Il mettra une semaine pour traverser cette « soupe de plastique ». « Jour après jour, je ne voyais pas de dauphins, pas de baleines, pas de poissons, je ne voyais que du plastique », raconte Charles Moore. Cette découverte va changer la vie de cet héritier d’une riche famille de l’industrie du pétrole : il devient un fervent militant écologiste et crée la fondation Algalita, spécialisée dans l’étude de ce phénomène. Sur 3,4 millions de km2, la grande poubelle du Pacifique concentre une masse de plastique six fois plus élevée que celle du plancton. De nombreuses expéditions se sont rendues sur zone pour constater et étudier le phénomène (Tara Océan, Project Kaisei, 7ème continent), etc.

Le caractère tardif de la découverte de ces phénomènes s’explique notamment par le fait que ces zones sont peu fréquentées car peu poissonneuses et que les vents y sont faibles.

En 2010, le même phénomène est constaté dans l’Atlantique nord : la densité de plastique et de déchets atteint les 200.000 débris par km2. Certains scientifiques avancent des densités de 750.000 particules par km2. Aujourd’hui, ce sont cinq immenses vortex qui sont recensés dont un dans l’océan Indien, sans compter des phénomènes comparables constatés notamment en Méditerranée mais dont l’ampleur est moindre.

Face à cette pollution massive des océans, les scientifiques et militants écologistes unissent leurs efforts. Cependant, la localisation de ces îles-déchets, situées la plupart du temps en dehors des eaux territoriales, n’incite pas les états à assumer les coûts que pourraient engendrer des opérations à grande échelle de dépollution des océans.

« La haute mer, qui constitue 64% des océans, est dépourvue d’un cadre juridique restrictif et contraignant (...), explique Léa Merillon du Centre d’études supérieures de la marine. Liberté de navigation, liberté de survol, liberté de la pêche, liberté de la recherche scientifique, liberté de poser des câbles et des pipelines sous-marins, sont autant de droits accordés aux Etats qui ne nécessitent pas nécessairement de contreparties. Néanmoins, depuis une trentaine d’années, on assiste à la multiplication des conventions internationales pour protéger la haute mer, par la lutte contre la pollution par les hydrocarbures et la règlementation de la pêche. (...) Compte tenu de la prédominance de l’origine tellurique des déchets présents en mer, le Programme des Nations Unies pour l’environnement a adopté en 1995 un Programme mondial d’action pour la protection du milieu marin contre les activités terrestres : un volet « détritus » y développe un ensemble de préconisations, allant des activités de prévention au recyclage des déchets. »

La solution pourrait bien venir de Boyan Slat, un jeune néerlandais de 19 ans, étudiant en ingénierie aérospatiale à l’université de Delft aux Pays-Bas. Boyan Slat propose de nettoyer les océans en construisant une plateforme de récupération. Son projet, présenté en octobre 2012 lors d’une conférence TEDx, est à l’étude actuellement dans le cadre du programme Ocean Cleanup Array et vous pouvez participer à son financement en vous rendant sur le site Indiegogo. De l’argent « jeté à la mer » pour la bonne cause.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Océan Indien, Maldives
Une île-poubelle


Dans l’archipel des Maldives, l’île de Thilafushi n’accueille aucun touriste. Et pour cause : cette île artificielle a été créée en 1992 et s’agrandirait d’environ un mètre par jour, pour accueillir tous les déchets de l’archipel et y construire un chantier naval. Longue de 7 kilomètres sur 200 mètres, elle reçoit chaque jour 300 tonnes de déchets — acheminés par bateaux — dont une partie est revendue à l’Inde.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Voir le film choc de Chris Jordan « Midway »

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