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Fakir

Trois arbres emblématiques sont tombés

26 avril 2018
Romain Nativel
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Mémoires végétales de notre société, symboles dans notre inconscient collectif ou encore icônes de notre image réunionnaise, trois arbres emblématiques de l’île sont tombés... sous les coups de Fakir.

Flamboyant à la Petite Île, par Louis Ozoux, 1934.

« Le banyan, miroir ancestral »


Le passage du fulgurant et dévastateur "cyclone Fakir", ce 24 avril 2018, a plongé La Réunion dans le deuil et la désolation. Au delà des stigmates laissés derrière lui par le météore, Fakir agit comme un révélateur sur la société réunionnaise et ses travers.

Une fois de plus, les différents écosystèmes de notre île ont montré leur extrême vulnérabilité, conséquence directe des activités humaines, anarchiques et guidées par le profit au détriment d’une population de plus en plus exposée et d’un patrimoine naturel pourtant unique.

On ne peut ignorer les dégâts quasi irréversibles causés par cette course au béton outrancier, à la défiscalisation frénétique, à l’urbanisation débridée, au consumérisme galopant, à la déforestation dès les premières heures du peuplement, etc.

Et la disparition de trois arbres remarquables, intimement liés aux paysages et au quotidien des Réunionnais, abattus par Fakir, n’est pas anecdotique. Un flamboyant et deux banians... Le flamboyant « maloyé » par le poète Patrice Treuthardt [voir texte à la fin de cet article] : « Flanboyan lé rouz an désanm / Pou nou fèt in gran 20 désanm ». Le banian mystérieux décrit par le poète Alain Lorraine : « Le banyan du continent profond, le banyan poste d’observance en vigie au bord marin de Terre-Sainte. Le banyan bien calé entre mer et terre révèle un miroir ancestral ».

Objets de culte, de superstitions, de légendes, gardiens de nos mémoires vives ou ensevelies, les arbres cristallisent l’âme réunionnaise. Hommage de Romain Nativel à ces trois arbres qui, par leur destin, incarnent la forêt des arbres disparus et du pays oublié.

7 Lames la Mer

Une des fleurs du flamboyant de Saint-Leu.

Arraché par les eaux


Mémoires végétales de notre société, symboles dans notre inconscient collectif ou encore icônes de notre image réunionnaise, trois arbres emblématiques de l’île sont tombés...

Le flamboyant de St-Leu, à l’entrée Sud, n’est plus. Il a été arraché par les eaux. Cet arbre, de par sa petite taille, a longtemps été sur les photos et les cartes postales les plus emblématiques de l’île. Il a été diffusé sur toute la planète [1].

Oeuvre de Jean Albany... et l’ombre des flamboyants.

Le banian de l’Anse des Cascades.

Les palabres et les jeux


A Saint-Benoit, un banian bien apprécié du centre-ville est tombé. Il accueillait les palabres de certains et les jeux d’autres. Ce banian, comme bien d’autres de la commune et même de l’île, bénéficiait d’une image sacrée voire mystique.

A Sainte-Rose, le célèbre banian de l’Anse des Cascades s’est renversé. Il était le lieu privilégié des photos-souvenirs des touristes et surtout des familles réunionnaises de passage. Il a vu défiler des beaux et mauvais temps et aussi de très beaux évènements comme les mariages.

Le Banian vu par Geneviève Koenig, pour la couverture du livre d’Alain Lorraine, "Sur le black", Editions Page Libre, (1990).

La nature est grande


Et je ne cite qu’eux ! La nature est grande, je ne m’inquiète pas. Ces arbres avec lesquels nous nouons des liens d’évidence et auxquels nous rattachons des souvenirs sont des piliers de notre perception de notre environnement et transcrivent un peu nos mémoires d’hommes. Pour cela, merci à eux !

Quel était donc le message de la tempête Fakir, cette invitée surprise d’une fin d’avril ?

Subtil, mais pas inintéressant pour les amoureux des sens !

Romain Nativel

Un banian, par James Forbes, 1781.

Pou la troup Flanboyan

Flanboyan lé rouz an désanm
Flanboyan lé rouz
Flanboyan lé rouz an désanm
Pou nou fèt in gran 20 désanm

1 - La min dan la min rénioné
Nout sant maloya Kayanmbé
Si nou rod la tras payanké
Nou vé trouv sémin galizé

Nana kavia nana maloya
Pou fé konèt nasion nout papa

2 - La koup la fini bann dalon
Nou kri minm kom noir si lésèl
Kroir pa nou la boir lo bandèz
Na lo trou dann pos pantalon

Nana kavia nana maloya
Pou fé konèt nasion nout papa

3 - O Véli mon zétoil katrèr
Bardzour la klèr dann lilèt
Lespri i vang dan mon tèt
Parèy sèrvolan dan lé zèr

Nana kavia nana maloya
Pou fé konèt nasion nout papa

4 - Oté si moin nana lo kèr
Moin nana osi la pasion
Si mi ral lodèr tout bann flèr
Mi manz osi frui la pasion

Nana kavia nana maloya
Pou fé konèt nasion nout papa

Flanboyan lé rouz an désanm
Flanboyan lé rouz
Flanboyan lé rouz an désanm
Pou nou fèt in gran 20 désanm

Patrice Treuthardt
Poème publié dans le recueil collectif « Zétoil Katrèr, poèm an kréol », Editions UDIR, septembre 1990


A lire sur les arbres :


Notes

[1La mairie de Saint-Leu envisage de le replanter.

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