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Lu sur « Tahiti Punu News »

« Statu quo, non. Réforme, oui »

25 avril 2012
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Article paru dans « Tahiti Punu News », le 22 Février 2009. Si nous ne nous partageons pas la totalité des analyses et des points de vue développés par l’auteur, ce document a le mérite de poser de manière synthétique la question des monopoles dans les Outremers. Les intertitres sont de « 7 Lames la Mer ».

La petite taille des économies ultramarines et la concentration progressive des entreprises dans les principales activités économiques fait qu’il reste peu d’opérateurs dans des domaines tels que l’énergie, les télécommunications, le commerce alimentaire, la distribution, l’acconage et la manutention portuaire, le transport aérien et maritime, la vente et la réparation automobile, internet, le commerce spécialisé, le BTP, la banque…

Cette concentration a des origines diverses.

Héritage historique

Historiquement, dans de nombreux secteurs d’activité, la concurrence a produit une sélection des opérateurs les plus performants ou les” plus habiles” dans leur relation avec le pouvoir politico-administratif. C’est la tendance logique du capitalisme contemporain dans tous les pays et l’Outre Mer ne faillit pas à cette « loi d’airain » comme le disent les marxistes. Dans les secteurs d’activité nécessitant d’importants capitaux, des « monopoles naturels » étaient de facto instaurés : énergie, postes et télécommunications… Les pouvoirs publics ont instauré dans ces secteurs des « prix administrés » dans le but d’éviter tout abus de monopole.

Dans d’autres secteurs, les entreprises en place ont tout fait pour empêcher l’entrée de nouvelles entreprises et tout verrouiller à leur profit, très souvent avec l’appui du pouvoir politique local.

Quelles solutions ?

La « concurrence », comme solution théorique énoncée par les milieux professionnels, ne peut de facto, pas s’instaurer. En effet, dans leur pratique quotidienne, ces milieux professionnels mettent en œuvre des « stratégies d’évitement » de la concurrence et font tout pour se créer des rentes de situation.

Que peuvent faire les pouvoirs publics face à cette situation ? Les prix administrés ? Ce système peut s’avérer, à la longue inefficace. Il suppose que les fonctionnaires en charge de la gestion du système des prix administrés soient d’une technicité élevée face à la technostructure des entreprises concernées. Il suppose aussi que les contrats de départ aient été bien négociés entre le pouvoir politique et ces entreprises. On peut, à ce sujet, se poser des questions, dans le domaine de l’électricité en Polynésie ou dans le domaine du raffinage et de la distribution de carburants dans les DOM.

Réglementer les prix des produits du panier de consommation populaire ? C’est ce qu’a fait la Polynésie avec le système des produits de première nécessité (PPN), des produits de grande consommation (PGC) et des produits à marge libre, non sans des critiques acerbes des milieux patronaux, notamment du commerce. Ce système semble inspirer l’Etat pour les DOM, puisqu’il s’achemine vers un système de blocage des marges pour une centaine de produits de « première nécessité » vendus par les grandes surfaces.

Instaurer plus de concurrence dans des activités où les monopoles naturels n’ont pas été performants ? Les pouvoirs politiques locaux semblent quelque peu réticents à suivre cette voie. L’exemple des postes et télécommunications, de l’internet et même du gros commerce alimentaire ( concurrence entre plusieurs grandes enseignes) l’illustre parfaitement. En effet, diverses manœuvres de retardement ou de filtrage empêchent l’arrivée de nouveaux entrants trop performants ou agressifs. Ces monopoles arrivent même à avoir l’appui des syndicats, qui par des revendications corporatistes, ont fait que les salariés de ces monopoles disposent d’une grille salariale particulièrement généreuse. Comment, dans ces conditions, militer pour une baisse des prix des produits et services de ces monopoles et, en même temps, militer pour des hausses de salaires dans ces mêmes monopoles ? Contradiction fondamentale qu’il faudra bien surmonter un jour…

Élaborer un dispositif règlementaire visant à empêcher les abus de position dominante ? On attend toujours une telle règlementation en Polynésie, l’administration concernée semblant incapable de proposer une règlementation adaptée.

Pistes de réflexion

Dans des économies où les marchés locaux sont étroits, les pouvoirs publics doivent donc “imaginer” des dispositifs appropriés. Crier concurrence ! concurrence ! outre qu’il s’agit très souvent d’un discours hypocrite qui masque des pratiques professionnelles contraires, ne suffit pas.

Il s’agit d’éviter aussi l’écueil d’une économie totalement administrée qui engendre à terme une sclérose générale.

La politique à mener doit être très ciblée, car elle doit s’adapter à des situations très diverses.

Un observatoire de la structure des prix et l’analyse comparative des prix des mêmes produits et services pratiqués dans divers pays et collectivités est une première étape, car elle peut identifier les abus les plus flagrants et orienter les contrôles. Une négociation « donnant-donnant » avec les milieux professionnels est aussi un moyen. En effet, les système d’aides aux entreprises doivent avoir de réelles contre-parties en terme de maitrise des prix et de créations d’emplois.De puissantes associations de consommateurs sont aussi nécessaires. Elles doivent être aidées par les pouvoirs publics, car elles remplissent une mission d’intérêt général.Encore faut-il que la classe politique veuille effectivement mener cette politique en excluant toute collusion, complicité passive ou pire encore vis à vis de puissants lobbys ultramarins, ceux là mêmes qui ne veulent pas d’une « concurrence réelle ».

Statu quo, non. Réforme, oui.

« Tahiti Punu News »

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