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Protéger nos entreprises

Sauver le RSTA : ni main tendue, ni charge sur nos entreprises

28 juin 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Sauver le RSTA et lutter contre la vie chère, sans recourir à l’assistanat ni alourdir le fardeau des entreprises réunionnaises : c’est possible, à condition de mettre à contribution les monopoles, vrais fauteurs de vie chère.


C’est dans un climat électrique que Jean-Marc Ayrault effectue sa première visite aux Antilles. Nos (lointains) « cousins » sont, on le sait, moins enclins que nous autres à faire onduler les robes à fleurs et à jouer du tambour à la sortie des avions officiels, surtout lorsque les visiteurs sont porteurs de mauvaises nouvelles. La mauvaise nouvelle a, en l’espèce, précédé le messager : il s’agit de la suppression du RSTA, annoncée il y a un mois par Victorin Lurel, celui-là même qui avait tant combattu pour sauver ce complément de revenu des velléités de « rabotages » qui animaient le précédent gouvernement. Un revirement que M. Lurel, devenu ministre de l’Outremer avec l’alternance, n’opère pas de gaîté de coeur ; et l’on sent bien que, dans cette affaire, le guadeloupéen a dû passer outre son appréciation personnelle pour, comme on dit, « krazé son banane ».

Augmentation de salaire

Pour justifier ce « largage » par l’Etat d’un complément qui peut représenter jusqu’à 10% des salaires auxquels sont éligibles les travailleurs du privé dont les revenus vont jusqu’à 1,4 fois le SMIC, le Gouvernement invoque son caractère transitoire. Le RSTA, dont bénéficient 100.000 ultramarins dont 40.000 Réunionnais, aurait été institué « dans l’attente » du RSA ; prolongé à plusieurs reprises, il disparaîtrait donc logiquement aujourd’hui au profit de ce dernier. Argument difficilement recevable : le RSTA est, on l’a vu, fondé sur le salaire. Le RSA est, lui, une allocation, attribuée en fonction d’une situation. La formule « RSTA » est, rappelons-le, issue des accords postérieurs aux grands mouvements Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionnais de l’année 2009 ; elle s’analyse comme une augmentation de salaire, obtenue par le biais de mobilisations dans le cadre des entreprises.

« Etat généreux »…

Si le RSTA est aujourd’hui servi par l’Etat — via les Caisses d’allocation familiales (CAF) — c’est parce qu’en réalité, la puissance publique s’est substituée aux opérateurs économiques. Une situation dont prend acte Victorin Lurel, lorsqu’il en appelle aux « partenaires sociaux » pour pérenniser cet acquis social. Fort logiquement, le LKP guadeloupéen invoque les accords dits « Bino », qui octroient deux cent euros bruts aux travailleurs et demande que, le RSTA disparu, cette rémunération soit assurée par l’entreprise. A La Réunion, c’est vers l’Etat que se tournent les politiques. Si le PS, pour des raisons évidentes, garde le silence, le Parti communiste réunionnais (PCR), qui tenait la Région en 2009, demande le prolongement du dispositif jusqu’à la fin 2013, et souhaite qu’une réflexion collective soit menée. À la tête de la Région, l’UMP Didier Robert demande la prolongation du RSTA, ainsi que Nassimah Dindar, Présidente (UDI) du Département, qui exige son maintien jusqu’au retour de la croissance.

…ou assistanat ?

Fidèle à la revendication centriste d’un « d’Etat généreux », Mme Dindar exprime en réalité peu ou prou l’opinion générale. L’urgence, évidemment, commande une telle solution. En revanche, la posture qu’elle traduit s’articule mal avec les aspirations qui émanent du champ politique, social et économique réunionnais… Car enfin, il faudra bien un jour affronter cette contradiction, entre le désir de rompre avec l’économie de comptoir, la libération des forces productives locales, enserrées par un rapport presque exclusif — et défavorable — avec la Métropole, et le réflexe de la main tendue vers Paris. Pareille contradiction ne peut présider à la construction du pays. On ne pourra, indéfiniment, être régionaliste en politique et centraliste en économie ; invoquer, selon nos intérêts du moment, les « spécificités locales » ou la « solidarité nationale » ; être en même temps autonomiste et colbertiste ; assisté et émancipé. Il faut bien choisir — il faudra bien, choisir : le futur s’impose — car ni l’appareil économique ni le le champ politique n’ont aujourd’hui la solidité et l’état d’esprit permettant d’amorcer la transition que, pourtant, chacun appelle ou fait mine d’appeler de ses vœux.

Protéger nos entreprises

Ainsi, le RSTA, mesure juste contre la vie chère, ne peut passer du jour au lendemain au patronat réunionnais. PME et PMI dominent, on le sait, le tissu économique de notre pays. Victimes du coût des matériaux et dépendantes des importations, elles ont le plus grand mal à travailler. Hors le chiffre mirobolant de créations de sociétés fictives générées par les usages honteux de la défiscalisation, la réalité économique est sombre. Nombre de sociétés mettent la clef sous la porte, notamment dans le secteur industriel. Il est donc peu imaginable de voir les entreprises prendre demain la relève de l’Etat, pas plus que les grands opérateurs historiques de l’économie réunionnaise, qui ont le plus grand mal à survivre face à la concurrence déloyale des multinationales. Pourquoi, en revanche, ne pas mettre à contribution les monopoles, ces acteurs si discrets qui sont néanmoins les vrais maîtres du jeu économique et les vrais fauteurs de vie chère ? Bien entendu, il n’est pas imaginable que, par exemple, les monopoles réunionnais ou antillais des carburants prennent la relève du RSTA : les profits de la SRPP et de la SARA en tant que telles n’y suffiraient pas. Mais que représentent quelques dizaines de millions d’euros pour les sociétés-mères, qui agissent dans notre île, derrière les étiquettes locales ? On pense ainsi à Total, actionnaire majoritaire de la SRPP, dont les profits dépassent les 15 milliards d’euros annuels… Pourquoi dès lors ne pas exiger une ponction spécifique sur cette entreprise et sur les autres monopoles qui dominent notre économie ? En aidant à mettre en place pareil dispositif et en veillant à son application, l’Etat passerait du rang de puissance paternaliste, qu’on sollicite d’une manière presque humiliante, à celui de partenaire et d’acteur de la justice sociale. N’est-il pas temps de mettre à contribution les vrais responsables de la vie chère ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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