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Région, SPL Maraïna et transport en commun : chronique d’un gâchis annoncé… et désiré ?

11 septembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Depuis la suppression du projet « Tram-Train », la Région réfléchit à un réseau de transport « guidé » (RRTG). Un document absent du site de la Région Réunion que s’est procuré « 7 Lames la mer » fait apparaître des années perdues, des dizaines de milliers d’euros dépensés en études interrompues… Le RRTG n’existe pour l’heure que dans les tiroirs, et semble bien parti pour y demeurer. Inefficacité, ou volonté délibérée du Conseil régional et la SPL « Maraïna » ?

C’est à l’occasion d’une réunion relative au RRTG (Réseau régional de Transports Guidés) que Thierry Robert a donné hier une conférence de presse « ciblant » la SPL (Société publique locale) Maraïna, chargée du dispositif, dénonçant l’inefficacité de la structure placée sous la houlette de Fabienne Couapel-Sauret, vice-présidente (LR) de la Région.

Fabienne Couapel-Sauret a de son côté vivement répliqué, jugeant « absurdes » les critiques du député-maire de Saint-Leu et estimant que la SPL avait « atteint sa vitesse de croisière ». « Maraïna » travaille d’arrache-pied sur le fameux RRTG, martèle l’élue, qui cumule les fonctions de PDG de la SPL et la vice-présidence de la Région Réunion chargée des transports.

Qu’est-ce que le RRTG ?

Méconnu du grand public, le sigle renvoie à un enjeu de taille : la mise en place d’un transport « guidé », destiné à « se développer sur un linéaire de 150 kilomètres entre Saint-Benoît et Saint-Joseph, en passant par Saint-Denis et le littoral ouest ».

Rien moins, donc, que le réseau de transport en commun de La Réunion de demain.

Pourtant, si la localisation est acquise, la nature du dispositif demeure dans un flou surprenant.

Qu’est-ce qu’est ou qu’est-ce que sera le RRTG ?

Un réseau « guidé », donc.

Mais encore ?

S’agira-t-il de bus prolongeant le Trans-Éco Express ? De monorails ? D’une alternance de divers moyens de transports — « intermodalité », en jargon techno ?

Fait sans doute rare dans les annales, la Région Réunion, à laquelle il incombe de répondre à ces questions en particulier et de conduire l’aménagement du territoire en général, n’est (toujours) pas en mesure de le dire.

Le RRTG, il faut le dire, est un peu l’enfant non désiré de la collectivité régionale : sa genèse remonte à l’abandon, en 2010, par l’équipe de Didier Robert, du chemin de fer dit de « Tram-Train » engagé par son prédécesseur. Un projet supprimé, on le sait, au profit de la désormais célèbre Nouvelle route du littoral (NRL).

Le Tram-Train constituant la colonne vertébrale du projet de territoire, le Conseil d’État a exigé que la nouvelle majorité élabore un dispositif alternatif.

Focalisé sur les 12 kilomètres du cordon Saint-Denis-Possession et aux prises avec la promesse électorale aussi emblématique qu’intenable des « 2000 bus roulant en site propre et au GPL, desservant chaque écart et chaque village » (sic), le nouvel exécutif régional n’avait donc guère de vision claire de ce que pouvait être un transport « guidé ».

La Pyramide inversée a donc en 2012 « lancé une réflexion pour définir le tracé de référence du RRTG, afin de réserver les emprises » nécessaires à sa réalisation.

« Réflexion » en réalité confiée à « Artelia », un bureau d’études connu et reconnu auquel ont été attribuées les missions suivantes, rappelle un document de la Commission permanente du 2 juin 2015 retiré, semble-t-il, du site de la Région Réunion :
(1) recenser les projets de TCSP, proposer des interconnexions et définir un maillage de parking-relais et de pôles d’échange ;
(2) établir un tracé de référence par la concertation entre les Autorités organisatrices de transport (AOT)
(3) produire une estimation financière et un planning prévisionnel pour l’infrastructure et (4) produire les études techniques et l’analyse parcellaire pour l’ensemble du RRTG.

Coût du marché : un peu plus de 66.000 euros.

Or, le cabinet d’études n’a pu réaliser que les deux premières tâches dans les délais impartis, les points (3) et (4) — points décisifs qui permettraient de « lancer » véritablement le RRTG — demeurant en souffrance.

La responsabilité de ce semi-échec ne revient pas au cabinet « Artelia », affirme une source régionale, qui estime que le manque d’empressement des services régionaux est à l’origine de ce semi-échec.

Le paiement au bureau d’études de 80% du marché — 53.165 euros sur les 66.456 euros prévus — laisse penser qu’aucun manquement n’est imputable à l’entreprise.

On n’imagine guère, en effet, que la Région Réunion ait pu facturer au contribuable la presque-totalité d’une mission dont l’échec partiel incomberait à son co-contractant.
La réalisation des tranches d’études manquantes et la poursuite de la concertation a été confiée à la SPL « Maraïna ».

Celle-ci s’est vu attribuer 80.000 euros pour finaliser les tâches, laissées en suspens par la fin du contrat d’« Artelia », et autres « concertations ».

La relance de travaux interrompus coute donc plus au contribuable que le premier marché dans son ensemble.

De surcroît, la décision précitée ouvre une nouvelle ligne de 116.000 euros à l’étude externalisée du RRTG — comprendre : la SPL va recourir à un nouveau bureau d’études.

Au final, après des années d’études et des dizaines de milliers d’euros dépensés, le travail sur le RRTG que Mme Couapel elle-même qualifiait dans le « Quotidien » d’hier rien moins que « d’ossature sur laquelle s’articuleront les moyens de transports futurs » a abouti à un trajet « pressenti » et à des procédures qui repoussent la définition du transport dit guidé à un avenir plus que lointain.

On n’est donc pas près de voir le RRTG...

La critique de l’action de la Région Réunion et de « Maraïna » sur ce dossier, marquée par l’échec et l’inefficacité, est dès lors parfaitement légitime.

Geoffroy Géraud Legros

Commentaire : une lenteur désirée ?

Cinq années après l’élection de Didier Robert et trois ans après le lancement de la « réflexion » relative au RRTG, la tentative de définition d’un axe structurant du transport public à La Réunion a objectivement abouti à des demi-études et des relances.

En d’autres termes, ni Didier Robert, ni Fabienne Couapel-Sauret n’ont une idée claire de ce que sera le transport en commun dans notre île pour les prochaines décennies.

Il y a là un argument (supplémentaire) de nature à faire douter du sérieux des projets de monorails récemment sortis du chapeau du Président de Région.

De plus — et surtout — ces lenteurs et cette discrétion contrastent avec l’hyper-activité de l’équipe régionale vis-à-vis de la Nouvelle route du littoral — un axe de 12 kilomètres qui n’est d’ailleurs ni l’axe le plus fréquenté de l’île, ni le plus embouteillé.

Tout se passe en réalité comme si la seule NRL occupait l’esprit des décideurs régionaux… et comme si, au-delà, seules les solutions routières trouvaient grâce à leurs yeux.

Une hypothèse qui n’étonnera guère, de la part d’une équipe qui, finalement, aurait très bien pu se contenter de poursuivre le projet ferroviaire engagé par ses prédécesseurs et prêt à démarrer à l’issue des élections.

En 2010, La Réunion avait un chantier ferroviaire prêt à démarrer : la liaison Sainte-Marie/Saint-Denis aurait du être opérée il y a quelques semaines.

Aujourd’hui, on en est encore à « pressentir » des itinéraires pour faire rouler un moyen de transport toujours inconnu.

Tout semble donc indiquer que la réalisation d’un véritable transport en commun réunionnais est repoussée aux Calendes grecques… et, de fait, sacrifiée à un ouvrage de prestige fortement contraint sur le plan budgétaire dont chacun sait qu’il ne pourra être achevé — et encore — que par un recours accru à l’impôt, au dévoiement des crédits européens et à la ponction des usagers.

Après des années de dilettantisme et de gaspillage, on peut malheureusement prophétiser que la longue marche qui mènera le dossier « réseau guidé » du fond du dernier tiroir vers la corbeille à papier coûtera cher au contribuable.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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