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Rapport Oxfam

Les riches encore plus riches, les pauvres toujours plus pauvres

25 janvier 2018
Perceval Gaillard
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Le capitalisme financier mène le monde à sa perte. Un rapport rendu public par Oxfam et intitulé « Partager la richesse avec ceux qui la créent » dévoile des chiffres hallucinants. Un seul exemple : 82 % de la croissance des richesses créées dans le monde l’année dernière ont bénéficié aux 1 % les plus riches.

Source Oxfam.

2017 : un nouveau milliardaire tous les deux jours


« Le nombre de milliardaires a connu l’année dernière sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours. On dénombre actuellement 2043 milliardaires en dollars dans le monde. Neuf sur dix sont des hommes. Les milliardaires se sont en outre considérablement enrichis, à hauteur de plus de sept fois le montant qui permettrait de mettre fin à la pauvreté extrême dans le monde. 82 % de la croissance des richesses créées dans le monde l’année dernière ont bénéficié aux 1 % les plus riches, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres ».

C’est par ces mots que débute le rapport rendu public par Oxfam à la veille du sommet de Davos et intitulé « Partager la richesse avec ceux qui la créent » [1]. Loin d’être une « surprise », comme semblent le découvrir certains journaux français, ce constat glaçant n’est que la suite logique de l’évolution du capitalisme financier contemporain et des politiques néolibérales menées depuis quarante ans. Il y a trois ans, nous nous faisions déjà le relais de ce que disait Oxfam sur « 7 Lames la Mer » [2].

Chateau de Versailles, ToucanWings.

La finance mondiale reçue par Macron à Versailles


Derrière les indignations de circonstance, les larmes de crocodile et les stupéfactions feintes des chiens de garde du système, la presse nationale ne s’est guère fait l’écho de certaines informations essentielles contenues dans ce rapport. Doit-on s’en étonner lorsque l’on sait que 90% de nos journaux sont détenus par ceux-là mêmes qui sont dénoncés par l’ONG ?

Une lecture attentive leur aurait permis, par exemple, de déconstruire complètement le mythe « du talent, du travail acharné et de l’innovation » comme justification de ces inégalités.


Le rapport d’Oxfam n’épargne pas la France !


Selon les calculs d’Oxfam, « deux tiers de la fortune des milliardaires est le produit d’héritages, de monopoles et de situations de connivence ». Ainsi « au cours des 20 prochaines années, 500 personnes parmi les plus riches au monde transmettront plus de 2400 milliards de dollars à leurs héritiers, soit plus que le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants ».

La France, championne d’Europe des dividendes versés aux actionnaires, n’y est pas épargnée. La politique fiscale menée par Emmanuel Macron non plus. A l’heure où celui-ci reçoit la finance mondiale à Versailles, plongez au cœur du capitalisme prédateur. Ses inégalités hommes/femmes et son esclavage moderne, son évasion fiscale et ses dividendes records, sa croissance qui creuse les inégalités… en adoptant trois points de vue. Vue d’en Haut, vue d’en Bas et vue de France.

Paweł Kuczyński.

Vue d’en Haut


La passivité politique : une aubaine pour les milliardaires ! Dans un rapport paru en Septembre 2017 [3], Oxfam a décortiqué les politiques menées dans 152 pays pour réduire les inégalités et a découvert « que 112 pays n’investissaient même pas la moitié de leur capacité pour lutter contre les inégalités ». Pire, la passivité se transforme souvent en complicité car « nombreux sont ceux qui aggravent encore la situation en réduisant la fiscalité, en affaiblissant le droit du travail et en promouvant une dérégulation encore plus forte ».

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, nous en savons quelque chose. Rares sont les pays prenant des mesures concrètes pour réduire les inégalités comme l’Uruguay ou la Namibie. En faisant le choix d’augmenter la fiscalité sur les entreprises et les personnes les plus fortunées, en dépensant davantage pour la santé et l’éducation, en renforçant les droits des travailleurs : ces pays se donnent les moyens de combattre concrètement les inégalités.

Par exemple, la Namibie est « parvenue à réduire systématiquement les inégalités et à offrir une protection sociale universelle et la gratuité dans l’enseignement secondaire, ce qui fait une grande différence en particulier pour les femmes et les filles ».

Kathleen M.G. Howlett.

Les profits concentrés dans les mains d’une infime minorité


Les conséquences de cette passivité/complicité politique sont sans appel. Les profits sont de plus en plus concentrés dans les mains d’une infime minorité. Et cela partout dans le monde. Que l’on en juge par ces quelques exemples :

  • Au Nigeria, l’homme le plus riche du pays touche assez d’intérêts sur sa fortune sur une année pour extraire deux millions de personnes de l’extrême pauvreté. Malgré près d’une décennie de croissance économique soutenue au Nigeria, la pauvreté s’est intensifiée sur la même période.
  • En Indonésie, les quatre hommes les plus riches possèdent davantage que les 100 millions d’Indonésiennes et d’Indonésiens les plus pauvres.
  • Les trois personnes les plus riches aux États-Unis possèdent autant que la moitié la moins bien lotie de la population américaine (quelque 160 millions de personnes).
  • Au Brésil, une personne rémunérée au salaire minimum devrait travailler 19 ans pour gagner ce que les 0,1% les plus riches de la population gagnent en un mois.
"Pauvreté", berkozturk.

Une extrême richesse qui n’est pas « gagnée » : héritage, monopole, capitalisme de connivence et évasion fiscale


L’idéologie dominante et les théories économiques néolibérales orthodoxes justifient cette prédation économique par le fait qu’elles récompenseraient les efforts et la prise de risque.

Cela stimulerait la croissance économique qui au final bénéficierait à toutes et tous. Avec ce raisonnement, les milliardaires seraient « l’illustration ultime des fruits du talent, du travail acharné et de l’innovation ».


Un tiers de la richesse extrême détenue par des héritiers


Rien n’est plus faux d’après Oxfam. « Il apparaît toutefois de plus en plus clairement que les niveaux actuels d’inégalités ne résultent pas des efforts et de la prise de risque, mais plutôt de revenus exceptionnels étrangers à une activité productive, que les économistes nomment rente ».

Un tiers de la richesse extrême dans le monde est détenu par des héritières et des héritiers. Par exemple, des milliardaires comme Susanne Klatten et son frère Stefan Quandt ont hérité de leurs parents près de 47% des parts du constructeur automobile BMW. Pour ces seules actions BMW, ils ont reçu plus de 1,2 milliard de dollars (1,074 milliard d’euros) en dividendes en 2017.

"Les survivants", Kathe Kollwitz, 1923.

Des intérêts privés s’enrichissent aux dépens de l’intérêt public


Le pouvoir monopolistique nourrit les inégalités extrêmes dans le monde. Les recherches menées par Oxfam démontrent que « les secteurs d’activité réputés pour leur concurrence faussée (comme l’industrie pharmaceutique, l’informatique et la finance) génèrent plus de richesses extrêmes dans le monde de par leur taille que d’autres industries plus concurrentielles.

Les monopoles sont néfastes pour l’économie, car ils imposent des prix élevés aux consommateurs et étouffent les investissements et les innovations ». Le milliardaire mexicain Carlos Slim, plus grosse fortune d’Amérique Latine, est l’incarnation de ce capitalisme monopolistique prédateur. (Voir encadré ci-dessous : « Pouvoir monopolistique : Carlos Slim, l’homme le plus riche d’Amérique latine »).

Le pouvoir monopolistique est décuplé par la connivence et la capacité des puissants intérêts privés à manipuler les politiques publiques. « Des intérêts privés s’appuyant sur de bonnes relations peuvent s’enrichir aux dépens de l’intérêt public par le biais de privatisations avantageuses, de ressources naturelles cédées à des coûts inférieurs à leur juste valeur, de marchés publics corrompus ou d’exemptions fiscales et autres échappatoires ».

Alexander Stanhope Forbes, 1918.

Des fortunes bâties sur des fondements moraux inacceptables


Les monopoles, la connivence et l’héritage seraient à l’origine de deux tiers de la fortune cumulée des milliardaires dans le monde. « Le tiers restant peut également être contesté : un milliardaire peut avoir fait fortune sur un marché sans recourir à la connivence, mais appliquer des salaires de misère ou échapper à l’impôt, par exemple. En bref, il est impossible de prétendre que les niveaux actuels de richesse extrême sont le produit du talent ou d’un travail acharné, car ces fortunes peuvent également s’appuyer sur des fondements moraux inacceptables ».

Les grandes fortunes dissimulent au moins 7600 milliards de dollars aux autorités fiscale. Une nouvelle étude menée par l’économiste Gabriel Zucman dans le cadre de ce rapport a révélé que « le montant de l’évasion fiscale des 1% les plus riches atteint 200 milliards de dollars. Pour les pays en développement, le manque à gagner fiscal auprès des grandes fortunes et des grandes entreprises est d’au moins 170 milliards de dollars chaque année ».

USA : enfant travaillant dans un champ de tabac, Kentucky. © 2013 marcus bleasdale
Vii for Human rights Watch.

Vue d’en Bas


En 2016, l’esclavage aurait concerné 40 millions de personnes, dont 25 millions de personnes réduites au travail forcé.

D’après l’OIT [4], « dans de nombreux cas, les produits fabriqués et les services fournis se retrouvent dans des filières commerciales légitimes en apparence.


Esclavage moderne et travail forcé, inégalités entre homme et femme, travailleurs pauvres et précarité des jeunes...


Les personnes en situation de travail forcé produisent une partie de la nourriture que nous mangeons et des vêtements que nous portons, et nettoient les bâtiments dans lesquels nous vivons ou travaillons ».

71% des esclaves sont des femmes et des filles. Quatre millions d’enfants sont victimes de travail forcé. D’après les estimations les plus récentes, il y aurait plus de 150 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans engagés dans une forme de travail, soit près d’un enfant sur dix dans le monde.


L’écart de salaire femmes/hommes est de 23% en moyenne


Dans le monde, les femmes sont généralement moins bien rémunérées que les hommes et se concentrent dans les emplois les plus précaires et les moins bien rémunérés. L’écart de salaire entre les femmes et les hommes est de 23% en moyenne.

Selon le Forum économique mondial, au rythme actuel du changement, « il faudrait encore 217 ans pour combler l’écart économique entre les femmes et les hommes au travail dans le monde ». Les politiques d’austérité aggravent encore plus la situation : « l’affaiblissement des services publics, les réductions d’impôts pour les plus riches, le nivellement par le bas des salaires et du droit du travail sont autant d’écueils qui frappent plus durement les femmes que les hommes ».

Oeuvres de David Alfaro Siqueiros, Nino Chakvetadze, Sanuj Birla.

L’immense contribution — non reconnue — des femmes


Notre prospérité économique repose également sur l’immense contribution pourtant non reconnue des femmes assurant le travail de soin non rémunéré. Au Pérou par exemple, ce travail représenterait 20% du PIB.

Alors que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter en une année de 762 milliards de dollars, les femmes ont réalisé l’équivalent de 10.000 milliards de dollars de travail de soin non rémunéré en soutien à l’économie globale.

De plus, la loi n’est pas souvent du côté des femmes, qui ont moins de droits économiques que les hommes dans 155 pays, notamment :

  • 18 pays dans lesquels les maris peuvent légalement interdire à leur(s) femme(s) de travailler,
  • 100 pays dans lesquels les femmes ne sont pas autorisées à avoir les mêmes emplois que les hommes,
  • 46 pays où il n’existe aucune loi contre la violence domestique.


Crise financière : les jeunes sont les plus affectés


Près de 43% des jeunes personnes actives dans le monde sont soit sans emploi, soit employées mais vivant dans la pauvreté. « Plus de 500 millions de jeunes survivent avec moins de 2 dollars par jour. Dans les pays en développement, 260 millions de jeunes n’ont ni emploi, ni qualification, ni formation. Cette situation touche une jeune femme sur trois. Bien que les effets de la crise financière varient grandement d’un contexte à l’autre, une constante se retrouve dans tous les cas : les jeunes sont les plus affecté.e.s ».

Près de 56 % de la population mondiale vit avec 2 à 10 dollars par jour. « Le travail temporaire et précaire est la norme dans les pays en développement, et s’intensifie dans les nations riches. Les employé.e.s temporaires ont des salaires plus bas, moins de droits et bénéficient d’un accès réduit à la protection sociale. Ces emplois sont le plus souvent occupés par des femmes et des jeunes ».

Comme le relate Eulogia Familia, responsable d’un syndicat du personnel hôtelier en République Dominicaine : « le harcèlement sexuel est monnaie courante dans ce type de travail. Au moins 90% des employées sont harcelées par des clients ou par les propriétaires. La justice est du côté des entreprises ».

Diego Rivera.

Importance et déclin des syndicats


Selon Oxfam, « la capacité de la main-d’œuvre à s’organiser, former des syndicats et obtenir une protection légale a toujours été essentielle pour réduire les inégalités. En constituant un contrepoids au pouvoir de l’argent, les organisations de travailleuses et de travailleurs jouent un rôle essentiel dans la création de sociétés plus égalitaires et démocratiques. Les syndicats contribuent à la revalorisation des salaires et au renforcement de la protection et des droits non seulement de leurs propres membres, mais aussi pour la main-d’œuvre dans toute la société ».

Le FMI [5] lui-même constate le recul des syndicats dans le monde depuis 2000 et l’associe à l’intensification des inégalités. « Cette tendance est exacerbée par le recours accru à la sous-traitance et aux contrats temporaires à court terme pour saper le droit du travail ».


Droit de grève non reconnu


La situation est catastrophique. D’après l’OIT, plus de 2,78 millions de travailleuses et de travailleurs meurent chaque année des suites d’un accident du travail ou de maladies professionnelles, soit 1 personne toutes les 11 secondes.

Les syndicats sont la cible d’attaques directes. « En 2017, des agressions de syndicalistes ont été enregistrées dans 59 pays et l’on a recensé l’assassinat de syndicalistes dans 11 pays. Plus de trois quarts des pays ne reconnaissent pas le droit de grève d’au moins une partie des travailleuses et des travailleurs ». (voir encadré ci-dessous : « Incapables de tenir la main de leurs enfants »).

Fernand Léger.

Les salaires ne bénéficient pas de la croissance économique


Les raisons de ces attaques sont évidentes : « les droits défendus par les travailleuses et les travailleurs organisé.e.s (comme les salaires minimum, le droit aux congés, la compensation des heures supplémentaires et le congé parental) bénéficient à l’ensemble de la main-d’œuvre, ce qui réduit les inégalités économiques et les inégalités entre les femmes et les hommes ».

Tout cela a lieu malgré l’ampleur de la croissance économique dans la plupart des pays ces dernières décennies. « Tandis que la valeur de ce que produit la main-d’œuvre augmente de façon considérable, les salaires comme les conditions de travail n’ont pas évolué en conséquence. L’OIT a mené une enquête dans 133 pays riches et en développement entre 1995 et 2014 et a découvert que les salaires n’emboîtaient pas le pas de la croissance économique et de la productivité dans 91 d’entre eux ».


Vue de France


En 2017 en France, les 10% les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses alors que les 50% les plus pauvres se partagent à peine 5% du gâteau. Si les riches se portent aussi bien en France c’est parce qu’ils sont les principaux bénéficiaires des fruits de la croissance.

En 2017, « 28% des richesses créées en France ont profité aux 1% les plus riches alors que les 50% les plus pauvres ne se sont partagés que 5% de cette croissance. Une tendance à l’accroissement des richesses qui devrait s’accentuer davantage encore à la suite de la dernière réforme fiscale du gouvernement qui profitera essentiellement aux plus aisés comme Oxfam l’a révélé dans un rapport en septembre 2017 ».


Une croissance qui creuse les inégalités


« Un constat confirmé dans une dernière étude de l’OFCE [6] qui montre que les 5% les plus riches devraient capter 42% des gains liés à la réforme, les 1% les plus riches bénéficieront même d’une hausse revenus de 9.600€ en 2018 contre une baisse moyenne de 60€ pour les 5% les plus pauvres ».

Si l’on regarde les deux extrêmes, la situation est encore plus scandaleuse : en 20 ans, la richesse totale des dix plus grandes fortunes françaises a été multipliée par 12 pendant que le nombre de pauvres augmentait de 1,2 million de personnes dans notre pays. Résultat : en 2017, 32 milliardaires français possèdent autant que les 40 % les plus pauvres de la population française. Au total, le nombre de milliardaires français en dollars est passé de 15 à 38 en France et leur richesse cumulée a été multipliée par plus de trois depuis 2009.

“Le businessman", Alexander Juhasz.

La France : championne d’Europe des dividendes versés aux actionnaires


Ce sont plus de 44 milliards d’euros qui ont été reversés en 2017 par les entreprises du CAC 40, soit trois fois plus qu’il y a 15 ans. Dans le même temps, le salaire moyen n’a augmenté que de 14% en France.

« Trois entreprises françaises se distinguent particulièrement : Total, Sanofi et BNP qui ont à elles seules versé un tiers des dividendes des entreprises du CAC 40 en 2017. Sanofi et Total se classent également dans le top 10 des entreprises mondiales qui ont versé le plus de dividendes en 2016. Ces entreprises ne sont pas seulement généreuses avec leurs actionnaires mais également avec leur PDG : Olivier Brandicourt, le PDG de Sanofi gagne ainsi en moins d’une journée le revenu annuel moyen d’un français. En bout de chaîne, ceux qui en paient le prix sont les travailleurs et travailleuses sur qui s’exerce une pression importante et qui ne reçoivent pas le salaire et les ressources à la hauteur de leurs efforts. Ainsi, il faudrait 674 années à un.e salarié.e du textile au Bangladesh pour gagner ce que gagne en une année le PDG de Carrefour, dont sa marque Tex produit une partie de ses vêtements dans ce pays. A l’inverse, 10% des dividendes versés par Carrefour à ses actionnaires en 2016 suffirait à assurer un niveau de vie décent pour plus de 39.000 travailleurs du secteur du textile au Bangladesh ».

"La Liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix, 1830.

Le capitalisme financier mène le monde à sa perte


Dans une démocratie digne de ce nom, ce rapport aurait dû faire l’objet d’une large diffusion et d’une analyse rigoureuse. Au lieu de cela, il a été évoqué et survolé par la majorité des médias nationaux. La partie sur la France et la politique menée par Emmanuel Macron a, quant à elle, quasiment été évacuée. Le lendemain, on n’en parle déjà plus. The show must go on.

La situation qu’il décrit est sans appel. Le capitalisme financier mène le monde à sa perte. Les solutions proposées par Oxfam sont pertinentes et recoupent en très grande partie le programme de la France insoumise : réguler les flux financiers et mettre fin aux paradis fiscaux, améliorer les droits des travailleurs et démanteler les monopoles, assurer la justice fiscale et combattre les inégalités hommes/femmes, limiter les rémunérations des actionnaires et encadrer les salaires des hauts dirigeants, développer les services publics et fournir une protection sociale universelle, partager les bénéfices et redistribuer les richesses, lutter contre le travail précaire et la paupérisation des jeunes…

Perceval Gaillard

Incapables de tenir la main de leurs enfants
USA : travail à la chaîne dans l’industrie volaillère. Les employés sont contraints de porter des couches, faute de pauses pour aller aux toilettes. Source Oxfam.

Aux États-Unis, Oxfam œuvre aux côtés d’employé.e.s de l’industrie volaillère dans le cadre d’une campagne en faveur d’une amélioration des conditions de travail déplorables qui leur sont imposées. La main-d’œuvre n’est pas autorisée à prendre suffisamment de pauses pour aller aux toilettes, si bien qu’une bonne partie doit porter des couches pour travailler.

Dolores, ancienne employée dans une usine de transformation de volailles dans l’Arkansas, témoigne : « C’était totalement dévalorisant. Nous arrivions à 5heures du matin et travaillions jusqu’à 11 ou 12 heures sans aller aux toilettes. J’avais honte de leur dire que je devais changer ma couche ».

Le travail est également dangereux, avec l’un des taux de blessures les plus élevés tous secteurs confondus. Les microtraumatismes répétés peuvent être si graves qu’après seulement un an sur les lignes de production, certain.e.s employé.e.s ne pouvaient plus déplier leurs doigts, tenir une cuillère ou même tenir correctement la main de leurs enfants.

Pouvoir monopolistique
Carlos Slim, l’homme le plus riche d’Amérique latine

Carlos Slim.

Avec une fortune estimée à 54,4 milliards de dollars, Carlos Slim est le sixième homme le plus riche du monde, et le plus riche d’Amérique latine. Il doit sa fortune au monopole quasi total qu’il est parvenu à établir au niveau des services de communication pour les lignes fixes, la téléphonie mobile et l’Internet haut débit au Mexique.

Un rapport de l’OCDE [7] de 2012 a démontré l’impact très négatif de ce monopole sur les consommateurs et l’économie. Alors que les réformes de 2013 relatives à la concurrence ont introduit des prix plus justes et amélioré la prestation de services, la fortune amassée par Carlos Slim, en partie en raison de ce monopole, ne cesse de croître, car il a diversifié ses investissements dans l’économie mexicaine.

Dans les faits, la fortune nette de Carlos Slim a augmenté de 4,5milliards de dollars entre 2016 et 2017. Cette somme suffirait à payer les salaires annuels de 3,5 millions de travailleuses et de travailleurs mexicains, sur la base du salaire minimum.

Richesse et industrie de la confection
Photo Gpccurro.

L’industrie de la confection engendre d’énormes rendements pour les propriétaires et les actionnaires, qui comptent parmi les personnes les plus riches du monde.

Par exemple, en 2016, les dividendes annuels versés par la société mère de la chaîne de magasins de vêtements Zara à Amancio Ortega (la quatrième plus grande fortune privée au monde) se sont élevés à environ 1,3 milliard d’euros.

Le Groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen a également épinglé Zara pour ses pratiques d’évasion fiscale entre 2011 et 2014. Stefan Persson, dont le père a fondé H&M et dont le fils dirige la société, apparaît à la 43e place de la liste Forbes des personnes les plus riches du monde. Il a reçu 658 millions d’euros de dividendes sur actions l’an dernier. Les cinq plus grands acteurs de la mode ont versé à leurs actionnaires la somme ahurissante de 6,9 milliards de dollars en dividendes en 2016.

Dans le même temps, de jeunes femmes dans des pays comme le Myanmar ne touchent que 4 dollars par jour pour 14 heures quotidiennes dans des conditions dangereuses, sans pouvoir se rendre aux toilettes, dans des usines de confection de mode éphémère destinée à l’exportation.

La revalorisation du salaire moyen des 2,5 millions d’ouvrières et d’ouvriers de la confection vietnamien.ne.s à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars chaque année. Cela équivaut à un tiers des sommes distribuées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs de la mode en 2016.

Notes

[4Organisation internationale du travail.

[5Fonds Monétaire International.

[6Observatoire français des conjonctures économiques.

[7Organisation de coopération et de développement économiques.

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