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Océan Indien 1967

Quand les Chagos étaient présentées comme une destination touristique

13 mars 2017
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Dans un livre-album touristique consacré à La Réunion et édité en 1967, on pouvait encore trouver, au dernier chapitre sur l’océan Indien, quelques lignes signalant, parmi les îles à découvrir, l’archipel des Chagos. Et pourtant...

Couverture du guide touristique "La Réunion", de Jean-Claude et Françoise Allaire, publié en 1967.

1967 : « à la recherche des derniers vestiges de paradis perdus »


« Quelques jours ou quelques semaines à perdre dans les mers du Sud » ? Un guide touristique sobrement intitulé « La Réunion » et écrit par Jean-Claude et Françoise Allaire en 1967, il y a cinquante ans, dresse un tableau idyllique de l’île de La Réunion mais aussi de ses voisines dans l’océan Indien.

Ainsi, du rêve à la réalité, le touriste de 1967 pouvait programmer ses futures vacances au coeur d’un espace océanique de 75 millions de km2 parsemé d’îles, d’atolls et d’archipels bordés de plages de sable blanc.

« À l’ère du tourisme intercontinental, il n’est peut-être pas inutile de savoir perdre quelques jours, voire quelques semaines dans les mers du Sud, à la recherche des derniers vestiges de paradis perdus, à l’ombre d’une végétation luxuriante, sur de merveilleux rivages coralliens de sable blanc, l’appareil photo sous-marin en bandoulière ».

Carte extraite du livre de Jean-Claude et Françoise Allaire, "La Réunion", 1967.

Chago : une déportation menée dans le plus grand secret


Ce texte introduit le dernier chapitre consacrées aux autres îles de l’océan Indien. On y trouve des descriptions succinctes de Madagascar, de Maurice, de l’archipel des Comores (alors encore sous dépendance française), des TAAF [1], des Seychelles (etc.) et de... l’archipel des Chagos !

Pourtant en 1967, non seulement il était improbable qu’un touriste puisse mettre les pieds aux Chagos mais de plus, les habitants, établis là depuis plus de quatre générations, étaient soumis à une déportation mani militari, par petits groupes, vers l’île Maurice et les Seychelles, déportation menée dans le plus grand secret et qui s’échelonnera de 1965 à 1973 jusqu’à l’évacuation totale de l’archipel.

Le dernier bateau convoyant les Chagossiens forcés à l’exil accoste à Port-Louis (Maurice) le 2 mai 1973, après une traversée cauchemardesque. Il ne reste alors plus un seul Chagossien aux Chagos !

1970 : constructions abandonnées sur l’île de Diego Garcia. Photo : Steve Swayne.

Une ristourne de 14 millions de dollars


Mais pourquoi les chagossiens ont-ils été ainsi expulsés de leurs îles ? Le sort de cet archipel situé au milieu de l’océan Indien à 2500 kilomètres au Nord-Est de La Réunion, a été scellé en toute discrétion le 30 décembre 1966.

Ce jour-là, Américains et Britanniques signent à Londres un bail de 50 ans, autorisant l’armée américaine à occuper une partie de Diego Garcia, principale île de l’archipel des Chagos — administrativement rattaché à l’île Maurice et ensuite classé dans le BIOT (territoire britannique de l’océan Indien). Avant même la fin de l’évacuation de l’archipel (1973) exigée par Washington, l’armée américaine prend ses marques sur l’île de Diego Garcia et démarre la construction de sa plus grande base militaire hors USA.

En échange de Diego Garcia — qui a été par ailleurs un enjeu dans l’accession de l’île Maurice à l’indépendance —, les Britanniques obtiennent des Américains une ristourne de 14 millions de dollars sur l’achat de fusées Polaris...

Vue partielle des installations militaires de l’US Army sur l’île de Diego Garcia. Source : Google earth.

Olivier Bancoult : « Nous quittions le paradis pour l’enfer »


Quant aux Chagossiens, à aucun moment ils n’ont eu voix au chapitre. Exilés de force, ils ont tout perdu. Et perdu leur paradis. « Nous quittions le paradis pour l’enfer », témoigne Olivier Bancoult, leader du « Chagos Refugees Group ».

Mais en 1967, on trouve peu de traces — voire aucune — de cette déportation du peuple chagossien dans la presse internationale. Américains et Britanniques ont habilement manœuvré pour que l’opération « évacuation totale des Chagos » se déroule sous le sceau du secret, allant même jusqu’à mentir devant le congrès américain en affirmant que ses îles étaient désertes !

On comprend donc pourquoi dans un guide touristique, somme toute anodin, les îles des Chagos sont ainsi présentées :

« Cet archipel comprend Diego Garcia, vaste atoll habité (population : 1500 habitants environ [2]), aux merveilleux coquillages, et plus au Nord, un certain nombre de groupes d’îles et îlots : Peros Banhos, Blenheim, Nelson, Egmont, Danger, Eagle et Salomon ».

Chagos : le paradis volé...

En lot de consolation une dérisoire compensation


Le 16 novembre 2016, les Chagossiens se sont vu refusé par les Britanniques le droit de retourner vivre dans leur archipel. Un mois avant la date d’expiration du bail de 50 ans, les Britanniques ont décidé de le reconduire pour 20 ans (jusqu’en 2036) permettant ainsi aux Américains de continuer d’exploiter leur base militaire sur Diego Garcia.

Quant aux Chagossiens, il leur a été proposé en lot de consolation une dérisoire compensation, à savoir une cagnotte de 46 millions d’euros à répartir sur 10 ans pour divers besoins (santé, éducation, emploi...).

Si l’on considère que la communauté chagossienne représente aujourd’hui entre 10.000 et 15.000 personnes, on mesure la « largesse » financière du gouvernement britannique.

A gauche : une "visiteuse" des chagos. A droite, la douleur de deux Chagossiennes en 2006 lorsqu’une délégation de Chagossiens fut exceptionnellement autorisée à faire escale quelques heures sur la terre de leurs ancêtres.

Les tombes solitaires des petits cimetières abandonnés...


« Notre dignité n’est pas à vendre », s’est légitimement indigné Olivier Bancoult, dans une lettre adressée au Foreign Office. « Nous continuerons la lutte aussi longtemps qu’il le faudra pour obtenir justice », a-t-il ajouté.

Et pendant ce temps-là, dans l’archipel des Chagos, des touristes sont autorisés à faire escale avec leurs voiliers — sauf à Diego Garcia — sur les îles désormais désertes, à profiter des longues plages de sable fin et d’un lagon aux eaux cristallines. Ces Robinson Crusoe d’un nouveau genre foulent la terre des ancêtres des Chagossiens, visitent les ruines des bâtisses des Chagossiens.

Pensent-ils à fleurir les tombes solitaires des petits cimetières abandonnés ?

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Terres australes et antarctiques françaises

[2On s’accorde aujourd’hui pour considérer que la population des Chagos, au moment de la déportation, était d’environ 2000 personnes.

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