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États-Unis

Quand la tablette garde bébé...

27 décembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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La marque américaine « Fisher Price » commercialise désormais des berceaux pouvant incorporer des IPad, visant des « usagers » de 0 à 2 ans. Une « baby-sitter ultime », nouvelle étape de la conquête de l’enfance et de l’adolescence par les écrans…


Les tablettes tactiles sont, en quelques années, devenues d’usage courant. Elles figurent en bonne place dans les listes de cadeaux de Noël, comme l’a montré la semaine dernière la véritable prise d’assaut par les consommateurs du grand magasin Carrefour de Saint-Pierre, lors d’une « promo » sur l’objet tant convoité. Mais ce sont des usagers plus jeunes que les ados et pré-ados que vise l’Américain « Fisher Price », spécialisé dans les équipements destinés à la petite enfance.

Pédiatres « horrifiés »

Nonobstant les critiques, le fabriquant commercialise des « berceaux adaptatifs » pour enfants nouveaux-nés jusqu’à 2 ans, muni d’un bras incorporant un IPad ainsi placé en surplomb du tout-petit. Un procédé dénoncé par les pédiatres, dont le Dr Susan Lynn, leader du (Campaign for a Commercial Free Childhood), un groupe opposé à la « commercialisation de l’enfance ». Celle-ci s’affirme « horrifiée » dans une interview accordée le 10 décembre dernier au média américain « Associated Press ». « Ce berceau est la garde d’enfant ultime », s’indigne cette pédiatre. « Son existence suggère à elle seule qu’il est normal de laisser les bébés tout seuls, à quelques centimètres d’un écran d’IPad. Les enfants se développent lorsqu’ils sont entourés, touchés, lorsqu’on leur parle, qu’on les cajole, que l’on joue avec eux ». L’irruption des écrans dans la vie quotidienne des enfants et adolescents n’est pas sans conséquences, estiment de nombreux experts.

Dessins d’enfants de 5 à 6 ans, recueillis par le pédiatre allemand Peter Winterstein. (reproduction : "Courrier International").

« L’éducation par la télévision n’a pas de sens » avant l’âge de deux ans, estimait en 2011 l’Association des psychiatres américains (AAP), à l’encontre d’un argument commercial des chaînes de télévision et des producteurs de matériel électronique ciblant la petite enfance. Selon un rapport produit au mois de janvier dernier par l’Académie des sciences, c’est au-delà des deux premières années que l’on envisage les aspects positifs du maniement des tablettes tactiles. Les scientifiques alertent toutefois quant aux nombreux dangers des usages immodérés et incontrôlés de ces « jouets » électroniques. Ils établissent notamment un lien entre l’omniprésence de l’écran et des troubles du comportement — notamment du sommeil — et l’éviction de toute autre forme de culture.

Maux sociaux

Les spécialistes, pour la plupart, recommandent une durée maximale de 2 heures de télévision par jour — bien en deçà de la pratique de plus de 9 jeunes français sur 10. Outre les déficits liés au développement, la télévision serait l’une des causes majeures de l’explosion de l’obésité enfantine, estime l’Organisation mondiale de la santé. Outre la station assise, « des millions de jeunes en Europe sont exposés à des pratiques inacceptables de commercialisation d’aliments malsains », estimait en juin 2013 la responsable pour l’Europe de l’organisation. Enfin, la surconsommation des écrans n’est pas neutre sur le plan social : selon une étude réalisée l’année dernière aux Etats-Unis, les adolescents californiens les plus « accros » à la télévision et aux écrans en tous genres sont aussi issus des milieux les plus défavorisés…

GGL

La télévision et l’enfant, par l’écrivain américain Norman Mailer

« Et il frémit (..) en se souvenant que, en de nombreuses occasions, avec chacun de ses sept enfants, il avait fermé les portes de sa résistance à la télévision et laissé les petits crétins regarder l’écran, parce que cela les faisait tenir tranquilles, à savoir prenait la lividité de leurs nerfs de cinq ans et lentement (c’est-à-dire, en un clin d’œil), avec un bourdonnement, cautérisait leurs terminaisons nerveuses juste un tout petit peu, sans la moindre goutte de sang. À nouveau, cette culpabilité que les larmes ne peuvent soulager remua comme de la boue dans sa petite partie personnelle de l’immense tripe cosmique. Oui, il y avait une maladie dans les entrailles de la communication, et c’était la télévision  ».

Extrait de « Morceaux de bravoure », Éditions Robert Laffont, 1984.

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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