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USA

Présidentielle américaine : le racisme en arbitre

27 juillet 2015
Geoffroy Géraud Legros
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L’irruption de la question raciale dans la primaire démocrate profite à Hillary Clinton aux dépens de ses concurrents de gauche.

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Bernie Sanders

La liste des morts violentes de Noirs américains en rapport avec l’action de la police semble s’allonger de jour en jour.

Dernière victime en date : Sarah Bland, brutalement arrêtée le 10 juillet alors qu’elle se rendait à sa première journée de travail dans une université et retrouvée pendue dans sa cellule trois jours plus tard.

Malgré les suspicions croissantes à l’encontre de forces de l’ordre texanes notoirement racistes, le décès de la jeune femme n’a pas donné lieu à des émeutes raciales telles que celles qui ont suivi plusieurs meurtres d’Afro-Américains. En revanche, les activistes de #BlackLivesMatter — un groupe militant rallié au mot-clef popularisé par Twitter après la mort de Trayvon Martin en 2012 — comptent bien peser sur les élections primaires tenues par les Démocrates et les Républicains en amont du scrutin présidentiel de 2017.

Par un apparent paradoxe, ce sont les candidats les plus radicaux à l’investiture démocrate qui ont été ciblés par #BlackLivesMatter à l’occasion du « Netroots Nation », un rassemblement organisé depuis 2006 par le blog de gauche « The Daily Kos » dont la session annuelle s’est tenue à Phoenix, Arizona, ces 16, 17 et 18 juillet.

La dernière soirée a été particulièrement funeste à Martin O’Malley, classé au quatrième rang des prétendants à l’investiture démocrate par les enquêtes d’opinion. Connu pour son engagement auprès des immigrés illégaux et son opposition à la peine capitale, le Gouverneur du Maryland a essuyé des huées répétées, après avoir déclaré que « les vies des Noirs comptent, les vies des Blancs comptent aussi, toutes les vies comptent ».

Un incident qualifié de « crash politique » par plusieurs observateurs, dont le prétendant à la Maison Blanche a ultérieurement tenté de minimiser les conséquences en formulant des excuses. L’intervention de Bernie Sanders, seul homme politique américain d’envergure à revendiquer le titre de « socialiste », bête noire de la presse républicaine et seul véritable challenger d’Hillary Clinton, a elle aussi été chahutée.

Avocat de la généralisation du salaire minimum et de la sécurité sociale, de la taxation des plus-value fiscales et du démantèlement des grandes concentrations bancaires — « if it’s too big to fail it’s too big to exist » — Sanders a développé à Phoenix sa conception de la question raciale : « si vous cherchez du travail à la sortie du lycée, vous avez 33% de chances d’être chômeur si vous êtes blanc, 36% si vous êtes hispano-américain et 54% d’êtres chômeur si vous êtes Afro-Américain », a déclaré l’élu démocrate pour qui « il est temps dans ce pays d’investir dans l’éducation et non plus dans les prisons » (…) « Les Noirs sont tués dans ce pays parce que notre système pénal échappe à tout contrôle et parce que 50% des jeunes afro-américains sont sans emploi. Un enfant noir qui naît aujourd’hui a une chance sur quatre d’avoir affaire au système pénal ».

Un discours entrecoupé de cris, d’injures et de « Sanders, dis son nom » (le nom de Sandra Blade, NDLR) lancés par les militants de #BlackLivesMatters, qui a tourné au chahut malgré les interventions de l’animateur José Vargas, un journaliste sans-papiers lauréat du Prix Pulitzer arrêté en 2014 et toujours menacé d’expulsion vers les Philippines. À deux reprises, le jeune homme visiblement dépassé — « what are we doing here »— a permis à des activistes de rejoindre les intervenants sur le podium.

« Nous voulons un programme d’action », « quel est votre programme pour démanteler le racisme structurel dans ce pays » ?

Racisme structurel : ce terme résume l’enjeu du différend qui oppose la gauche radicale dite « classique » représentée par Bernie Sanders à la génération militante incarnée par #BlackLivesMatters.

Pour les premiers, les discriminations raciales sont d’ordre superstructurel et sont appelées à reculer, voire à être éliminées par une plus grande justice sociale.

Pour les seconds, la lutte contre le racisme, considéré comme « structurel », doit être déconnectée de la sphère économique et de problématique de la répartition des richesses.

« La justice économique et la réforme de la finance sont des problèmes qui excitent la gauche blanche », résume l’activiste, Sabrina Hersi Issa, fondatrice de l’agence « Be Bold Media », dans une sévère adresse à Bernie Sanders publiée lundi dernier par le « Guardian ». « Ce n’est pas parce que le communisme dispose que le racisme est un problème de classe qu’il en va ainsi », écrit étrangement la cheffe d’entreprise, reprenant ainsi l’antienne républicaine qui stigmatise le « commie » Sanders.

Si elle admet qu’une « véritable inclusion de l’électorat noir finirait par révéler que justice raciale et progrès économique sont inextricablement enchevêtrées », Sabrina Issa n’en exhorte pas moins le sénateur du Vermont à renverser son agenda.

« Sanders n’envisage les politiques raciales qu’au travers du spectre de l’économie et de la répartition des richesses. Les électeurs et militants noirs ont besoin de savoir pourquoi ils se battraient pour la vision de Bernie Sanders, alors qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes en constant péril ».

Adressée aux radicaux par d’autres radicaux, la critique n’en a pas moins été entendue par Hillary Clinton.

Trois jours après l’incident du « Netroots Nations », la candidate en campagne en Caroline du Nord pointait du doigt le « racisme structurel » à l’œuvre dans la mort de Sandra Bland. « Nous devons maintenant nous lever pour dire, fortement et clairement, que oui, les vies des Noirs comptent. Et il est de notre responsabilité à tous de regarder en face les dures vérités de la question raciale ».

La solennité des propos d’Hillary Clinton fera-t-elle oublier à un électorat démocrate tenté par la gauche ses liens avec Wall-Street, qui alimente la campagne de l’ancienne secrétaire d’État en vue de supprimer les quelques règles de régulation des marchés établies au début de la mandature Obama ?

Le calcul électoral pourrait s’avérer payant : selon la dernière enquête Gallup, la favorite des sondages enregistre 80% d’opinions favorables chez les « non-Blancs » — catégorie où Bernie Sanders ne recueille que 25% d’opinions positives . Celui-ci effectue néanmoins une véritable percée dans l’opinion démocrate, malgré des financements limités à des dons d’individus et à la participation de syndicats et d’ONG.

Côté conservateur, la presse républicaine et ses pléthoriques déclinaisons sur l’internet ont, comme il se doit, fait leurs choux gras des « incidents » de Phoenix. « Nous sommes devenus si politiquement corrects que nous n’osons plus dire que toutes les vies comptent » (…) « O’Malley n’aurait pas dû s’excuser pour avoir dit que oui, les vies des Blancs comptent aussi » déclarait jeudi Jeb Bush, favori des primaires républicaines.

La vidéo des huées adressées par les activistes au « all lives matter » de Martin O’Malley est devenue virale sur les médias et réseaux sociaux liés au Grand Old Party.

Organe central officieux de la tendance « Tea-Party », l’influent site « Breitbart » a créé l’évènement en publiant les preuves de la condamnation de Tia Oso, leader du groupe #BLackLivesMatter à l’oeuvre à Phoenix, reconnue en 2008 coupable d’escroquerie envers une petite ONG de l’Arizona.

Phoenix déroute aussi dans les rangs démocrates : « où en sommes-nous donc arrivés, lorsqu’on en vient à conspuer un élu qui dit que toutes les vies comptent ? » s’interroge sur un fil de discussion un internaute afro-américain qui revendique le « progressisme d’Humphrey » — du nom du favori « radical » des primaires démocrates de 1968, plombé par l’activisme de certains de ses soutiens « gauchistes ».

En 2016, le regain de violence institutionnelle à l’encontre des Afro-Américains remise au placard des illusions perdues « l’Amérique post-raciale » annoncée par Barack Obama ; la « question noire » a désormais fait irruption dans le débat électoral. Reste à savoir qui tirera profit du regain de radicalité qui s’exprime en marge de la primaire démocrate...

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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