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Environnement

« Les contribuables américains financent le réchauffement climatique »

14 juillet 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Les aides publiques américaines aux compagnies pétrolières ont augmenté de 45% depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Le président Barack Obama lors de son discours sur l’efficacité énergétique, à la Walmart (Californie, le 9 mai 2014). Photo : Maison Blanche, de Pete Souza

« Obama réchauffe le climat » titrait, enthousiaste, un article publié ce mois-ci par la revue « Alternatives économiques ». « Et si les Etats-Unis devenaient demain non plus les rois du pétrole (de schiste), mais les as de la transition énergétique ? » s’interroge l’analyste, qui dit entrevoir les prémisses de pareille conversion dans le « discours décapant » prononcé il y a deux mois par le Président Barack Obama dans un magasin de la chaîne « Walmart ».

À l’approche d’élections de mi-mandat qui s’annoncent délicates pour les Démocrates, ce fervent plaidoyer pour la substitution des énergies vertes aux combustibles fauteurs de risques climatiques vise tant à fustiger les climato-sceptiques « qui font perdre leur temps à tout le monde sur des questions déjà tranchées », mais aussi, sans doute, une part croissante de l’électorat démocrate qui a tendance à regarder à gauche et s’impatiente des atermoiements de la politique présidentielle en matière de protection sociale et de salaires.

S’appuyant sur un rapport produit par l’Administration — et fort médiatisé, rappelle « Alternatives économiques » — M. Obama a ainsi détaillé une véritable feuille de route incluant pas moins de « 300 mesures additionnant engagement privé et annonces de l’Exécutif en faveur de la transition énergétique ». Un activisme dans lequel notre confrère veut voir « un signe encourageant (…) à l’approche de la Conférence climatique internationale de 2015 à Paris ».

Bien moins encourageant, est un autre rapport publié au début du mois par les experts du think-tank « Oil Change International », qui donne la mesure de l’écart entre les annonces de la Maison-Blanche et la réalité, marquée par une emprise renforcée des énergies fossiles sur les politiques publiques. Ainsi, rapporte le document intitulé « Cashing In All of The Above », les subventions à la recherche et à la prospection dans les domaines pétroliers et gaziers ont augmenté de 45% depuis l’entrée en fonction de Barack Obama. Des subventions directes, exemptions fiscales et autres dégrèvements dont le coût s’élève à 21,6 milliards de dollars annuels, bénéficient à l’exploitation des énergies fossiles par les grandes compagnies.

« Alors que les scientifiques implorent les dirigeants du monde entier d’abandonner les énergies fossiles afin d’éviter une catastrophe climatique, notre analyse fait apparaître qu’on élargit le gouffre climatique à grand coups de milliards pris au contribuable américain. Au lieu de lâcher la pelle, le Gouvernement utilise toujours plus d’argent public dans un excavateur » résume David Turnbull, directeur de campagne au sein d’Oil Change International.

Entrant à la Maison-Blanche, Barack Obama avait pourtant annoncé des propositions budgétaires visant au retrait de certaines aides fiscales accordées aux énergies fossiles. Une tentative qui a fait long feu, échouée sur l’écueil du Congrès, où coule à flots l’argent des lobbies pétroliers…

Au nombre des dispositifs favorables à l’industrie pétrolière, « Oil Change International » répertorie des aides fédérales directes et indirectes aux prospections, des exemptions fiscales.

Une plate-forme pétrolière au large de la Californie. Photo : Nasa JPL

Celles-ci permettent par exemple aux entreprises de déduire de leurs impôts le nettoyage des pollutions occasionnées par leurs installations, et exemptent les exploitants de schistes bitumineux de la taxe de 8 cents par baril instituée au profit du Oil Spill Liability Trust Fund (OSLTF), un fond créé en 1986 pour lutter contre la pollution par les hydrocarbures. Privé d’une bonne part de ses recettes par la politique fiscale et fortement mis à contribution, notamment par la catastrophe du Golfe du Mexique (2010), l’OSLTF n’est présentement abondé que de 120 millions de dollars au lieu des 2 milliards prévus.

Autre fait notable : l’augmentation (14%) des aides aux projets pétroliers menés en dehors des Etats-Unis depuis 2009. Ceux-ci recueillent environ 6,3 milliards de dollars via des financements avantageux réalisés grâce à la participation américaine à des banques multilatérales de développement ou a des institutions bilatérales.

« Au moins deux tiers des réserves pétrolières devraient demeurer intouchées, si l’on veut échapper à une catastrophe climatique ». Un horizon qui, malgré les effets d’annonce, semble bien s’éloigner...

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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