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Eskiz mon « Pardon ! »

Okilé lo kivi ? (Cherche yab désespérément...)

6 décembre 2013
Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros
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« MALBAR + ZARAB + CHINOI + CAFRE + METRO = KREOL »... C’est ce que l’on peut lire sur une nouvelle ligne de t-shirts de la marque « Pardon ! ». Et le « yab-tiblan-groblan-maoul-patzone-kivi »... Okilé ?

L’arrivée sur le marché réunionnais d’une nouvelle ligne de t-shirts de la marque « Pardon ! » est toujours un petit évènement dans le microcosme branché local mais aussi au delà. D’autant que l’emblématique patron de la « marque insolente », Peter Mertes, ne manque pas de talent dans de nombreux domaines et notamment dans celui qui consiste à créer la polémique — dont les visées commerciales sont assumées —, non sans humour, non sans un savant dosage de provocation, appuyant là où ça fait mal mais pas trop quand même. Reconnaissons-lui le mérite de bousculer le morne paysage réunionnais du politiquement correct, de fustiger les normes dictées par un héritage historique lourd, de contribuer à briser des tabous et à mettre au grand jour bon nombre de nos travers d’insulaires. Quitte, parfois, à agacer.

Peter Mertes met régulièrement les pieds dans le plat, défrayant la chronique et provoquant des réactions, parfois justifiées, souvent excessives, tant du côté de ses « partisans » que du côté de ses « adversaires ». Même si notre société ne se résume pas en deux clans, — les inconditionnels de Pardon ! et ses détracteurs —, il n’en demeure pas moins que cet agitateur intello qui a choisi le t-shirt comme média populaire et celui qui le porte comme messager, ne laisse pas indifférent. Marquant son intérêt et son soutien pour les artistes, les arts et la culture, il agit à la manière du poil à gratter en milieu post-colonial et de ce fait, est en parfaite immersion dans le tourné-viré réunionnais. Bref : utile et efficace.

Une nouvelle ligne de t-shirts de la marque « Pardon ! » s’accompagne comme il se doit de son lot de commentaires et réactions de toutes sortes. Et la dernière en date ne fera pas exception. Elle n’a d’ailleurs pas manqué d’attirer notre attention puisque le thème de cette série n’est autre que le... métissage, sujet ô combien glissant auquel « 7 Lames la Mer » avait consacré une chronique à quatre mains, il y a quelques mois... A nos yeux, le métissage est — au delà du fait biologique incontestable — un mythe qui dissimule la permanence des barrières sociales et des inégalités raciales.

La représentation que nous en fait « Pardon ! »nous laisse cependant songeurs pour une tout autre raison. Nous comprenons le parti pris d’un graphisme qui évoque plus le pays des bisounours que le pays réel. Admettons ; il ne s’agit que d’un T-Shirt, et beau ou pas, le linge n’a pas vocation à remplacer les manuels de sociologie ... Mais l’équation à la mode « Pardon ! » qui mène au métissage est la suivante : « MALBAR + ZARAB + CHINOI + CAFRE + METRO = KREOL ». On remarquera au passage que l’auteur a préféré le terme « métro » à celui de « zorèy », lequel est pourtant une « création » d’essence créole, à défaut d’en être la créature... Mais il est vrai qu’une nouvelle tendance voudrait que le terme de « métro », à la manière d’un fourre-tout aux visées réductrices, englobe indistinctement tous ceux dont la peau est... blanche ! Cherchez l’erreur.

Selon le raisonnement des concepteurs de « Pardon ! », chaque composante n’atteindrait la qualité de « kréol » que par addition (et multiplication...) avec les autres composantes. Cette opération aux prétentions basiques prend cependant des allures de soustraction car l’ombre d’un grand absent plane sur la « liste à la Peter » : le yab, tiblan, groblan, maoul, patzone, kivi ! Il n’existe pas dans les représentations symboliques de ce tableau idyllique que nous brosse « Pardon ! »... Escamoté. Effacé. Renié. Nié. Ejecté de l’équation. Autant de valeur qu’un zéro à la gauche d’un chiffre ! Ni créole, ni métro (à part pour ceux que cela arrange), ni zarab, ni malbar... Il n’est pas !

Cette absence résulte d’un processus sournois dont « Pardon ! » n’est qu’un maillon de la chaîne qui conduit au reniement. Le t-shirt de « Pardon ! » agit comme une caisse de résonance. Le « yab-tiblan-groblan-maoul-patzone-kivi » ? Inclassable, échappant à tous les stéréotypes positifs de l’exotisme du « pays dehors », ne correspondant pas au calque des fantasmes projetés sur le peuple réunionnais. Il est pourtant omniprésent mais souvent considéré par le regard extérieur comme « moins légitime à incarner la créolité ». Demandez donc à un yab s’il se sent métro...

Quand on ne le dépeint pas sous les traits caricaturaux de la « Blancheur et décadence », le « yab-tiblan-groblan-maoul-patzone-kivi » est au mieux, dans nombre de représentations, un figurant, au pire une ombre qui plane sur le pays. Cette ombre pourtant, au même titre que les autres composantes de la société réunionnaise, a droit de cité. Pas plus, contrairement à ce que croient encore une poignée de « gros » fossilisés à l’ère du chabouk et de la cloche, mais pas moins. Droit d’exister en tant que créole. En tant que Réunionnais !

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

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