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Edito

Nouvelle Route du Littoral : une roche dans le jardin de la Région

2 novembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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La com’, ça ose tout, c’est à cela qu’on la reconnaît... et c’est en cela qu’elle diffère de l’information. D’où viendront les roches ? Y aura-t-il un péage ? Quel sera le coût réel de l’ouvrage ? La Région, qui dépense des sommes impressionnantes pour « vendre » son projet, n’a jamais donné au citoyen les informations qui lui permettraient de se faire une opinion...

Une roche dans le jardin de la Région...

Au mois de septembre dernier, j’évoquais dans une brève l’éventualité d’une importation massive de roches sud-africaines dans le cadre du chantier de la Nouvelle route du littoral. L’information, qui circulait dans les milieux économiques, ne tarda pas à être confirmée, précisée et enrichie dans nos colonnes par l’élu écologiste Jean-Pierre Marchau. La réponse des entreprises concernées et de la Région Réunion, maître d’ouvrage, fut globalement identique, quoique formulée dans des tonalités différentes.

Du côté des entrepreneurs, on assurait, main sur le cœur, qu’il n’en était pas question, et que les roches massives seraient extraites à La Réunion, qu’il ne fallait pas croire tout ce qui était écrit sur l’Internet etc — bref, que votre serviteur répandait des zistoire grandiab’.

Un son de cloche un peu moins clair résonnait au beffroi de la Pyramide inversée, d’où une source citée par nos confrère du JIR, aussi assurée qu’un boug train rode vavangue su pied jamblon comme on dit, réfutait tout recours à une « piste sud africaine », tout en expliquant qu’après tout, c’était l’affaire des entreprises retenues, et qu’au final, hé bien, on importerait peut-être des roches s’il n’y en avait pas assez à La Réunion.

De ces considérations claires comme du jus de chaussette, contredisant les annonces très officielles de la Région, selon lesquelles toutes les roches seraient extraites à La Réunion, il n’était pas difficile de déduire que, oui, l’importation était bien au programme. L’affaire semblait d’autant plus probable au regard du calvaire que constitue, pour la Région, l’ouverture de carrières dont ne veulent ni les écologistes, ni les riverains des sites pressentis.

À la différence de l’information, la com’, ça ose tout, et c’est justement à cela qu’on la reconnaît. Ainsi, le Conseil régional a déclenché une vaste opération médiatique, visant non seulement à préparer l’opinion à l’importation des fameuses roches, mais aussi, à instaurer dans les têtes l’idée que cette solution ne coûtera pas plus cher. C’est du moins ce qu’affirmait la « une » du JIR de vendredi : « Des études montrent que l’acheminement de l’extérieur ne coûterait pas forcément beaucoup plus cher que l’exploitation des carrières. Cette solution pourrait s’imposer partiellement ».

Une « une » qui renvoie à un dossier de 5 pages, réalisé par des confrères, qui, quelle que soit l’importance — pour un journal qui comme tous les médias papier subit la crise — des sommes allouées par la Région à la com’ de la NRL, demeurent des journalistes qui font leur travail et le font bien. De sorte que le contenu des articles — qui sera bien moins lu que l’accroche à la « une » — est nettement plus équilibré. Ainsi, aucune « étude » n’établit que l’importation de roches massives coûtera moins cher.

Simplement, selon les canons de la profession, les journalistes ont recueilli des avis divergents sur la question, émanant de professionnels. Avis qui, au mieux — c’est-à-dire : au mieux si l’on se place du point de vue de la Région — permettent de conclure à un prix de la roche importée légèrement plus élevé. Selon d’autres experts, les matériaux pourraient coûter bien plus cher, peut-être même trois fois plus cher, si devait s’avérer pertinente la comparaison avec les tarifs indiqués pour des achats de sable établie par Théophane Narayanin, « fin connaisseur des richesses du sous-sol réunionnais et ancien président des carriers réunionnais », écrivent nos collègues. Bref : on est loin du péremptoire des-études-affirment-que- etc.

J’en profite ici pour vous le dire : oui, importer des roches va coûter « bonbon ».

« 7 Lames la Mer » y reviendra sous peu, ce qui, je suppose, donnera à nouveau lieu à des dénégations suivies d’arguties destinées à prouver qu’en-fait-c’est-plus-cher-mais-c’est-moins-cher- etc.

On ne peut reprocher aux entreprises retenues pour le chantier, petites et grandes, d’établir une communication favorable à leurs intérêts. Business is business, et, d’autre part, les entrepreneurs ne sont en la matière que les exécutants d’un projet défini par une institution politique.

C’est là, à mon sens que le bât blesse : depuis la naissance de ce projet, l’institution régionale s’est révélée incapable de la moindre transparence.

J’étais — je ne l’ai jamais caché — un partisan du projet de Tram-Train porté par l’ancienne majorité dirigée par Paul Vergès. Partisan ne signifiant pas « fanatique », je n’étais pourtant pas, une fois le projet ferroviaire placé aux oubliettes, insensible à certains arguments développés par les promoteurs de la NRL, notamment dans le domaine de l’emploi.

Source : Bouygues

De plus, il ne m’apparaissait pas évident ni cohérent de militer pour « battre à terre » le projet NRL après avoir, dans un autre journal, éreinté à longueur de colonnes l’actuel Président de la Région pour la « casse » du Tram-Train, mais encore, pour l’abandon de la rocade du Tampon, de la géothermie, de l’accroissement de la flotte d’Air Austral. En démocratie, les grands ouvrages ne peuvent être indéfiniment pris en otage par les politiques, affirmait avant-hier l’avocat du groupe Tram-Tiss, qui demande — à fort juste titre — à la Région Réunion 170 millions de dommages et intérêts suite au « largage » du projet de chemin de fer, mûri pendant près de 10 ans.

Mais c’est justement la démocratie qui fait singulièrement défaut à la mise en œuvre du projet NRL. Brandir un « mandat du peuple » (auquel d’ailleurs, on n’avait pas exactement présenté les choses comme ça) obtenu il y a plusieurs années, ne dispense pas des impératifs de transparence. Or pour l’heure, le Conseil régional n’a jamais renseigné clairement les sujets qui permettraient aux citoyens de se prononcer sur un projet de pareille ampleur : le coût du futur ouvrage demeure inconnu, ce qui est d’autant moins indifférent au contribuable que l’État ne prendra plus en charge les dépassements budgétaires inhérents à tous chantiers. Dépassements sur lesquels on ne sait d’ailleurs rien, la Région n’ayant jamais réellement informé, non plus, sur leur nature ou sur leur ampleur estimée.

Difficile, dès lors, d’évaluer l’intensité des inévitables hausses d’impôts auxquelles donneront lieu ces surcoûts. Autre question : l’ouvrage, long de 12 kilomètres, sera-t-il barré par un péage ? La question est particulièrement sensible dans notre pays car elle constituerait un précédent...

On ignore, aussi, combien d’emplois véritables seront créés par le chantier, présenté comme un remède au chômage qui gangrène notre île : les jeunes Réunionnais qui ont suivi des formations hyper-spécialisées pourront-ils trouver à s’employer dans le futur ?

Les affirmations à l’emporte-pièce, suivies de rétropédalages, sous-entendus et demis-mots qui entourent la question de l’enrochement sont à cet égard symptomatiques : pourquoi la Région n’est-elle pas en mesure de dire si, oui ou non, les matériaux seront achetés à l’étranger ?

Au final, derrière un torrent de communication — dont là encore, on ignore le coût exact — le projet de Nouvelle route du Littoral demeure largement opaque. Et force est de constater que les questions adressées à ses promoteurs déclenchent le plus souvent esquives, dérobades, demi-mensonges.... et mensonges tout court.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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