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Charte du parc national

Le Parc joue à cache-cache

28 avril 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Après avoir déployé un coûteux dispositif de communication, la direction du Parc national joue toujours au chat et à la souris avec les manifestants. C’est, espère-t-elle, loin des banderoles et des slogans que ses membres signeront ce lundi la version définitive de la Charte, préalable aux consultations nationales et au décret qui doit être pris en Conseil d’Etat. Paradoxe ? Ou difficulté d’être "aimé" ?


C’est quelque part dans le vieux carré dionysien, en un lieu qu’ils tentent de dissimuler aux contestataires, que les dirigeants du Parc national se réuniront aujourd’hui pour ratifier définitivement la Charte du parc, enjeu d’une forte contestation depuis plusieurs mois. En amont, l’institution a engagé, ces dernières semaines, une véritable offensive de communication dans les médias réunionnais. Pour un coût estimé à 35.000 euros au bas mot, le Parc s’est employé, pleines pages dans les journaux à l’appui, à démonter les arguments de ses détracteurs. À l’unisson d’une part conséquente de l’opinion publique réunionnaise, ceux-ci redoutent les effets de la Charte sur le mode de vie et les activités traditionnelles abritées par les Hauts de l’île.

Disqualifier les classes moyennes ?

Outil de protection indispensable pour les uns, mécanisme de spoliation pour ses adversaires, le Parc national est au centre d’une polémique qui dépasse désormais les problématiques environnementales et le souci d’authenticité, lié, par exemple, à la tisanerie, et aux cueillettes traditionnelles. Ce sont, aussi, les effets sociaux des nouvelles normes que dénonce Antoine Fontaine, leader du CMAC (Collectif pour le maintien des activités au cœur du Cirque) dans un entretien à « 7 Lames la Mer ». «  Les nouvelles règles vont, de fait, disqualifier des activités telles que le camping. Il y a des dispositions techniques, telles que celles relatives aux eaux usées, qui ne permettent pas le maintien de cette pratique. Sous couvert de protection de la nature et de l’environnement, on crée les conditions pour que seul un tourisme de luxe puisse se déployer dans le parc. Il y a particulièrement les éco-lodges que la charte mentionne. Cela risque d’être la fin d’un divertissement des classes populaires et des classes moyennes ».

Quel débouché pour le haut de gamme ?

« On parle beaucoup du tourisme, activité appelée à être valorisée au sein du Parc  », poursuit-il, « mais a-t-on tout fait pour que le tourisme soit un vrai débouché ? Il n’y a même pas à La Réunion un seul hôtel d’application, qui permette aux jeunes d’acquérir ces savoir-faire. D’un côté, on aurait donc l’évolution vers un tourisme haut de gamme. De l’autre, pas de moyens de formation sur place. Cela veut-il dire qu’une fois encore, on ira chercher ailleurs les travailleurs de cette industrie ? » Le Collectif craint aussi que le Parc n’entrave la marche à l’autosuffisance alimentaire, notamment par des restrictions au développement de l’agriculture bio. «  Il y a une véritable emprise sur la terre », commente Antoine Fontaine.

« Un principe général d’interdiction »

Selon lui, la Charte n’a pas reçu les modifications qui auraient pu faire du Parc un « espace respectueux de ceux qui l’habitent, de leur existence, de leur culture et de leurs activités traditionnelles ». Un déni qui s’accompagne, note-t-il, d’une série de passages en force. Ainsi, «  au lieu de constituer le Conseil économique, culturel et social, qui n’a pourtant qu’un rôle consultatif, on y a nommé les membres du Conseil d’administration du Parc ! Ainsi, ceux qui font les normes seront ensuite consultés à leur sujet. Nul doute que de cette manière, il n’y aura pas de contestation, ironise-t-il . Le Parc sera-t-il ce « lieu de partage et de vie », fondé sur la liberté, comme l’affirme la direction du parc ? Pour l’opposant, cette affirmation est « mensongère. On est dans le domaine de la pure propagande. Le Parc est au contraire structuré autour d’un principe général d’interdiction »...

Un Parc mal-aimé ?

A la veille d’une décision importante pour l’ensemble du pays — le Parc national couvre un peu plus de 40% de la superficie de l’île — force est de constater que le déchaînement tardif de communication déployé par sa direction peine à convaincre. On peut s’interroger sur les choix qui ont guidé cette campagne, et notamment pour ce qui est des symboles. Par de grands encarts dans la presse, le Parc a voulu signaler son caractère consensuel en se créditant d’un nombre de « J’aime » sur le réseau Facebook correspondant au nombre d’habitants de l’île. Dans la réalité, il en recueille…493. Un score très bas en comparaison d’autres organismes : ainsi, l’Ile de La Réunion Tourisme (IRT) est « aimé » de près de 95.000 internautes. Et que dire du coût de cette opération, qui, s’il faut faire une comparaison, a le même prix que la part d’une collectivité dans l’embauche annuelle de trois contrats d’avenir. Signe du malaise dans le Parc national, ses dirigeants signeront aujourd’hui la Charte définitive...Loin, espèrent-ils, des manifestants. Mais les jeux sont-ils vraiment faits ?

Geoffroy Geraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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