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Royaume-Uni

Le filtre de Cameron : censure sur Internet ?

5 janvier 2014
Geoffroy Géraud Legros
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« Bonjour, ici Linda, votre conseillère télécom. Voulez-vous accéder à du porno hard-core ? À des informations sur les drogues ? Votre appel est susceptible d’être enregistré »…

Image : Piotr Walowski

Depuis quelques semaines, les usagers de la toile anglaise sont soumis par défaut au « filtre Cameron » — du nom du Premier ministre britannique, ardent promoteur du contrôle de l’Internet. L’objectif affiché est vertueux : mettre les enfants et les mineurs à l’abri de sites pornographiques et, plus généralement, des « contenus obscènes » qui abondent sur le Net. Les principes libéraux et contractuels, si profondément ancrés dans les mentalités britanniques demeurent saufs… du moins en apparence.

Chaque titulaire d’une connexion est libre de demander la levée du filtre… voire est même contacté à cette fin par l’opérateur (privé) auprès duquel il a contracté, rapporte dans le « Guardian » d’hier la journaliste Laurie Penny qui, par une simple — et cocasse — mise en situation, montre les limites de cette liberté de « choix ». « Imaginez-vous flânant sur la toile, idéalement à la recherche de recettes de gâteaux et de vidéos de chiots. Le téléphone sonne : c’est votre fournisseur internet ; plus exactement, une gentille dame, employée quelque part (...) sur une plate-forme de télétravail. Appelons-la : Linda. Linda vous appelle parce que vous pouvez choisir (…) entre votre internet tel qu’il est, ou autoriser certains contenus. Donc, Linda veut savoir : désirez-vous accéder à du porno hard-core ? À des informations sur les drogues ? À Du sexe homo ? (…) Votre appel est susceptible d’être enregistré, à des fins de contrôle interne. Parlez plus fort, Linda ne vous entend pas ».

Le Premier ministre David Cameron, ardent promoteur du contrôle de l’internet.
Photographie : Toms Norde (Valsts kanceleja)

« Imaginez que votre voisin distribue du porno… »

C’est en jouant sur les représentations les plus effrayantes que les lobbyistes du contrôle de l’Internet ont tenté de faire passer la pilule, auprès d’une opinion britannique traditionnellement hostile à la censure. Campagnes visant des vidéos mettant en scène des enfants de 5 ans, fist fucking et snuff movies, … élus et militants conservateurs se sont employés à projeter dans la vie quotidienne la représentation du « danger » qui guetterait sur la toile. « Imaginez  », écrivait en 2012 la députée « tory » Claire Perry dans le Daily Mail, « que votre voisin soit un distributeur de matériel pornographique. Sa maison en regorge, il en traîne partout — à l’exception des images les plus extrêmes. Maintenant, imaginez qu’il laisse sa porte ouverte en toutes circonstances. Que penseriez-vous de pareil personnage ? Bien entendu, vous avertiriez vos enfants, mais n’attendriez-vous pas de votre voisin qu’il prenne ses responsabilités, et garde portes et rideaux fermés ? »

Une « obscénité » largement entendue

La censure établie par le filtre de Cameron frappe néanmoins bien au-delà du répertoire « not in my backyard », qui convoque pour l’occasion l’univers fantomatique du viol et de la pédophilie en ligne. La presse a maintes fois relayé les listes impressionnantes de sites interdits par les fournisseurs d’accès : éducation sexuelle, forum santé, mais aussi sites d’aide en ligne aux enfants battus et aux victimes de viol. Mais la définition de « l’obscénité » va bien au-delà du vocable pouvant, directement ou par association, mener à la pornographie : pour l’opérateur « BT », elle englobe « les sites contenant des informations relatives à la manipulation illégale de systèmes électroniques et au partage de logiciels ».

« Cameron, dégage »

Une qualification susceptible d’englober non seulement les échanges de fichiers musicaux, mais à peu près tous les sites de partage, d’échange et de transferts… et pose la question de l’accès à des structures telles que WikiLeaks, ou à d’autres médias alternatifs. « Sur la base d’un argumentaire réduit, un Gouvernement conduit par les Conservateurs a octroyé à des firmes privées le droit de décider des sites auxquels nous devons ou ne devons pas accéder », résume Laurie Perry. Une censure d’ores et déjà contournée par les internautes, qui sont nombreux à utiliser un logiciel en ligne au label sans équivoque : « Go Away Cameron » : « Cameron, dégage ».

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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