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Edito

Le dictateur et l’anguille

4 novembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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On sait, au terme d’un mandat marqué par des pressions, des procès ou des menaces de procès à l’encontre des opinions dissidentes, que l’exécutif régional ne tolère que les voix qui entonnent ses louanges.

Idriss Aberkane est un surdoué : titulaire de trois doctorats (en anglais, en littérature comparée et en géopolitique), chercheur à Stanford et éditorialiste au « Point », il a fait il y a peu connaissance avec les méthodes peu ragoûtantes qui perdurent dans notre île.

Après avoir écrit un article défavorable à la Nouvelle route du littoral (NRL) dans le magazine de Frantz Olivier Giesbert, le jeune érudit — il n’a pas trente ans — a eu la désagréable surprise d’être attaqué sur la page que lui consacre Wikipédia.

Là, des petites mains malveillantes autant qu’anonymes se sont employées, à l’encontre de toute évidence, à remettre en cause ses titres scolaires et son brillant itinéraire professionnel et universitaire.

Revers de la médaille participative : l’entrée « Aberkane » de la célèbre encyclopédie en ligne est désormais en statut conflictuel…

Les mésaventures d’Aberkane mettent en lumière tant la fébrilité que la vanité des promoteurs de la NRL : ceux-ci pensent-ils pouvoir contrer toutes les publications défavorables au pharaonique grand chantier ? Vaste programme, comme disait l’autre : il suffit de quelques clics sur l’internet pour constater que, du très libéral « Capital » au site de gauche écologiste « Reporterre », les médias hexagonaux, dans leur grande majorité, ont conclut au caractère démesuré, dispendieux, nuisible, inutile et mégalomaniaque des 12 kilomètres sur pilotis de Didier Robert.

Paradoxalement, on trouve à La Réunion quelques faiseurs d’opinion disposés à défendre l’indéfendable. Ils doivent avoir leurs raisons…

Ces tripotages sur le web en rappellent d’autres et notamment, la sourde lutte de définition dont la page Wikipédia de Didier Robert avait été le théâtre en amont du scrutin régional de 2010.

Au terme d’un « nettoyage » en règle, les militants de la toile du candidat UMP avaient effacé toutes les informations soulignant la proximité entre leur « boss » et Nicolas Sarkozy (informations qu’ils avaient sans doute eux-mêmes ajoutées pendant la courte période d’état de grâce de ce dernier), allant jusqu’à passer à la trappe la nomination de Didier Robert au bureau national du parti présidentiel !

Sitôt réécrites, ces informations disparaissaient à nouveau...

De guerre lasse, les « révisionnistes » finirent par admettre que leur candidat émargeait bien à la direction de l’UMP tandis que leurs vis-à-vis renonçaient à rappeler les relations entre l’intéressé et le Président de la République d’alors.

Il faut dire que celles-ci ont bien souvent fluctué, au gré des intérêts du locataire de la Pyramide inversée.

Aussi glissant et fluctuant que le « z’anguille 4 couleurs » cher à Michel Admette, Didier Robert a, tour à tour, fait des pieds et des mains pour être vu avec le patron de l’UMP ; littéralement tenté de le semer dans une forêt de palmistes pour éviter de figurer sur la photo lors d’une visite présidentielle organisée dans notre île en 2010 ; rappliqué auprès du président battu sorti du désert à la faveur de la bagarre interne qui a opposé Jean-François Copé à François Fillon.

Pour l’heure, c’est ce dernier que soutient désormais Didier Robert : l’ancien Premier ministre sera d’ailleurs dans notre île ce samedi, pour un grand meeting de campagne convoqué sur le vieux domaine cannier saint-pierrois de Monplaisir.

Si le temps est à l’éviscération de la terre et à l’extraction des « andains » — ces rochers dont nos ancêtres parsemaient les champs pour éviter l’érosion — destinés à la digue de la NRL, Didier Robert ne veut en revanche pas de pierre dans son jardin politique.

Il a donc demandé et obtenu du cabinet du maire de Saint-Pierre l’annulation de la manifestation « Alternatiba Péï », déclinaison locale de la séries d’initiatives « Alternatiba », organisées dans l’Hexagone en amont de la COP 21. Selon certaines sources, la Région aurait ordonné de « battre à terre » l’évènement sans même en informer Michel Fontaine lui-même... Pareille hypothèse est difficilement imaginable.

Reste que la décision, abrupte, a surpris jusque dans les rangs de l’administration municipale qui travaillait, semble-t-il, en parfaite harmonie, avec les promoteurs de la manifestation.

« Alternatiba Péï » n’aurait sans doute pas rassemblé les larges masses ; et le répertoire, à base de conférences gesticulées, activités « ludiques », « conviviales » et Cie est bien inoffensif, pour ne pas dire plus, face aux bulldozers de la Région et des Républicains.

Mais on sait, au terme d’un mandat marqué par des pressions, des procès ou des menaces de procès à l’encontre des opinions dissidentes, que l’exécutif régional ne tolère que les voix qui entonnent ses louanges.

Les écolos d’« Alternatiba » ne sont pas au diapason d’une Région qui s’apprête à déverser des millions de tonnes de roches et de béton dans l’océan, à l’encontre des avis rendus par l’ensemble des institutions environnementales : il faut donc les faire taire.

Dès son ascension, Didier Robert avait été affublé par quelques « moucateurs » du sobriquet de « Petit dictateur des Hauts » ; le ti nom gâté, que j’avais rapporté dans les colonnes d’un autre journal, avait d’ailleurs visiblement plu à Jean-Paul Virapoullé, qui en fit l’usage répété que l’on sait.

Aujourd’hui, le Président de Région est devenu un homme des bas après une raclée retentissante dans son fief municipal du Tampon ; il s’est (plus ou moins) rabiboché avec Virapoullé, qui, lui, est redevenu maire.

Le temps passe, mais les mauvaises manières et l’arbitraire demeure. Reste à savoir s’ils survivront au 13 décembre…

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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