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Brésil et Amérindiens

Jera, chef Guarani : « nous écrivons l’histoire »

30 juin 2014
Florencia Goldsman et Midia NINJA
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Elle a 34 ans et porte un regard très lucide sur la condition de son peuple, les Guarani. Une conditions mise en lumière par la Coupe du Monde, dont l’organisation s’est faite aux dépens des pauvres et, en première ligne, des primo-occupants de la terre brésilienne... Comme bon nombre de damnés du football, Jera a choisi la résistance : à son initiative, un jeune sélectionné pour représenter une diversité de bon aloi a brandi une banderole réclamant le respect des terres des peuples autochtones. Cela s’est passé sous le nez des organisateurs de la grande messe du ballon rond, lors de la cérémonie d’ouverture. Une image aussi forte que le poing levé des athlètes noirs de 68 que les médias officiels ont, signe des temps, choisi de couper... Rencontre avec Jera, première femme Guarani à siéger au conseil des chefs de village. Un article de Florencia Goldsman et Midia NINJA, reproduit avec l’aimable autorisation de Midia NINJA.
7 Lames la Mer

Jera. Fotos : Oliver Kornblihtt / Mídia NINJA

Jera est une dirigeante indigène Guarani qui a étudié pendant un certain temps à Sao Paulo, puis a décidé de retourner vivre dans sa communauté : le village « Tenonde Pora », au sud de la ville. A 34 ans, elle est directrice de l’école de l’Etat indien « Gwyra pepo », et membre du conseil des chefs de village.

A l’occasion du « Festival des percussions », dans le cadre des « ateliers sur les expressions traditionnelles et minoritaires », une réflexion a été menée sur la condition du peuple Guarani. « Aujourd’hui, ils “survivent” plus qu’ils ne vivent, pour la plupart, explique-t-elle. Ils n’ont pas de terres, ni d’endroits où pêcher ».

Jera raconte que dans les maisons Guarani, situées au sud de l’une des plus grandes métropoles du monde, les habitants cuisinent toujours au feu de bois et vivent de plaisirs simples comme aller pieds nus. Bien qu’elle maîtrise la langue portugaise, elle affirme n’avoir jamais envisagé d’abandonner son peuple.

« Je travaille dans l’éducation et plus particulièrement dans tout ce qui touche à l’émancipation culturelle, confie Jera. A São Paulo, il y a plus de 40 villages et les Mbya ont commencé à travailler aussi dans cette direction : des réflexions sont menées sur la création de projets en relation avec les autorités locales. Il s’agit par ailleurs d’agir pour gérer au mieux les problèmes internes du village. Les décisions sont prises avec le chef et le Conseil du village ».

Représentants du peuple Guarani au Festival de percussions. Photo : Oliver Kornblihtt / Mídia NINJA

Grâce à un consensus au sein de la communauté, Jera a donc été la première femme admise au sein du Conseil. Elle a ainsi l’occasion de travailler en tant que leadeur avec toutes les responsabilités qui, dans ce contexte, sont généralement attribuées à un homme.

— Avez-vous été confrontée à certains préjugés avant de parvenir à tisser de bonnes relations avec les principaux hommes de votre communauté ?

Jera — Oui, dès le début j’ai subi une forte réticence et en particulier de la part des femmes qui se posaient certaines questions, par exemple sur le fait que j’allais être en présence d’hommes et même les accompagner dans les déplacements liés aux fonctions... Mais au final, je pense qu’elles se sentent plus en sécurité avec une femme dans l’équipe dirigeante. Quoi qu’il en soit, il me semble que nous — Mbya et notre organisation, la Commission Guarani Yvyrupa — nous sommes en quelques sortes en avance sur l’histoire. Nous sommes sur la bonne voie.

Wera Jeguaka Mirĩ, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football, a brandi une banderole, au milieu du terrain, réclamant la "Démarcation maintenant !" Photo : Oliver Kornblihtt / Mídia NINJA

— Comment vit-on dans une ville comme São Paulo lorsqu’on ne parle pas le portugais, dans une société qui semble très moderne et inclusive, mais qui en fait ne l’est pas tant que ça ?

Jera — Les communautés Mbya restent très fortes. Nous sommes l’un des premiers peuples autochtones à avoir été en contact avec l’invasion européenne. Malgré tout, nos traditions sont profondément ancrées et aujourd’hui encore nous les maintenons... Certains vivent dans un environnement “très guarani” mais nous sommes de plus en plus « cernés » par la modernité liée à la ville : TV, électricité, internet. Pour résumer, on peut dire que la technologie a envahi le village. Alors, ceux qui ne maîtrisent pas le portugais contribuent au renforcement de notre culture.

— Sont-ils victimes de discrimination à cause de cela ?

Jera — Non

— Au sujet de la Coupe du Monde, quelles sont les informations qui parviennent jusqu’au village ?

Jera — Elles arrivent en quantité ! D’ailleurs, avec quelques amis ici, nous avons décidé de manifester à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde : la banderole « Demarcação já » (Démarcation maintenant) a été brandie à notre initiative.

L’image que les médias officiels ont zappée...

Sens de l’évènement et répercussions dans le monde...

L’ouverture de la Coupe du monde a été un espace de production de sens et de règlement des différends quant aux valeurs dominantes. Scénario dans lequel sont apparues des fissures et ce tout au long de l’événement.

Les danses chorégraphiées par un artiste belge à l’occasion de ce méga-évènement ne faisaient que renvoyer l’image des cultures dominantes. Des concepts hégémoniques qui engendrent des disparités et des inégalités extrêmes.

« Démarcation maintenant », réclamait le drapeau rouge qui a fait intrusion sur la scène officielle de la Coupe du Monde dans un stade qui n’est accessible qu’à une élite brésilienne et internationale. Avec une revendication urgente : la délimitation des territoires appartenant aux peuples autochtones doit être effective.

« Je ne pouvais pas entrer sur la pelouse avec la banderole mais je savais que mon peuple avait besoin de ce signe. J’ai donc caché la banderole dans mes sous-vêtements et je l’ai sortie quand je me suis retrouvé au milieu du terrain.... Nous vivons ici depuis longtemps... depuis plus de mille ans, et nous voulons que notre terre soit délimitée », a déclaré Wera Jeguaka Miri.

Florencia Goldsman et Midia NINJA

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