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Jazz & hommage

Jeanot Rabeson : son talent le faisait roi

12 septembre 2017
Jules Bénard
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Jeanot Rabeson nous a quittés. Un jazzman d’envergure mondiale s’en est allé. Hommage. « Je suis seul sans toi / Je rêve cette nuit (…) / Je ne peux dormir (…) / Je pleure sur cet amour… »

Lalao Rabeson (photo : Toarano) et Jeanot Rabeson.

« Seul sans toi » de Lalao Rabeson


Jamais ces mots n’ont plus été de circonstance ; ils introduisent la très belle mélodie « Seul sans toi » de Lalao Rabeson, dont l’époux Jeanot vient de s’en aller ce dimanche 10 septembre 2017, suite à un AVC, à l’âge de 82 ans au CHRS de Saint-Pierre.

Je pense que tous ceux qui le connaissaient, fût-ce de réputation, partageront l’affliction atteignant tous ceux qui ont approché, même un brève instant, ce très grand monsieur, icône du jazz mondial.

L’article du JIR résume très bien ce que fut Jeannot : musicien connu chez lui, connu chez nous, connu en métropole, connu dans le monde. Il a joué ici plusieurs années durant, avec Donat, Espel, Barre, Raëlison et tant d’autres. Je vais plutôt dire que mes souvenirs à moi se rattachent, concernant Jeanot, à une période précise, chère entre toutes. La Sakay.


Quelle musique, les enfants !


Lorsque nous faisons venir à Babetville des musiciens malgaches pour animer nos soirées dansantes, il s’agissait de Freddy Ranarison, Raymond Sangaria, Henri Ratsimbazafy. Mais pour avoir le privilège d’écouter Jeanot, il fallait aller à Tana.

La 1ère fois, ce fut grâce à mon ami Patrick, autrement appelé Edouard, le plus brillant coiffeur de Tananarive. Il est aujourd’hui le plus brillant, mais à La Réunion. Si Patrick-Edouard ne lit pas la presse, j’espère que son Stéphane le lui dira.

Un soir donc, Patrick et sa délicieuse épouse Ginette, nous invitèrent au bowling du Hilton, lac Anosy, à Tana. Après quoi, nous allâmes déguster un cocktail « Tonga soa » (« bienvenue » en malagasy) à la boîte de nuit du même hôtel. Là officiait un petit quatuor, dans un espace clos où ils avaient à peine la place de respirer. Mais quelle musique, les enfants !

Jeanot Rabeson. Source : La Tribune de Diego.

Son talent le faisait roi


C’était l’orchestre de jazz de Jeanot. Un sax, une basse, un piano, une batterie. Quatre qui déménageaient comme vingt. Je crois me souvenir qu’à la basse, il y avait un des frères Marc, grand musicien quand il ne se bagarrait pas contre les paras de Bigeard basés à Ivato. Je m’approchai de la minuscule fosse d’orchestre et y restai collé quelques heures, tétanisé par la qualité de cette musique. Parce que lorsqu’on entendait Jeanot Rabeson une fois, on était accro.

J’eus par la suite mainte occasion de revoir Jeanot, de bavarder avec lui : ce mec était l’un des plus grands pianistes de jazz de la planète mais d’une simplicité, d’une gentillesse, d’une affabilité… Lui, dont la qualité d’exécution était reconnue par tous, avait oublié d’avoir la grosse tête. Au sein d’une formation, il ne se mettait jamais en avant mais l’était quand même par la force des choses : son talent le faisait roi.


« Nous étions sur une autre planète »


« Ce mec était un extra-terrestre, raconte Harry Pitou. Je n’ai pas joué avec lui ; je n’avais pas les épaules… Mais nous passions notre temps à les observer, les écouter, lui et ses amis. Jeannot au piano ; Jules Arlanda à la contrebasse ; Jean-Claude Namtaméco à la guitare ; Armand Tropina au saxo ; Guy Pitou, mon cousin, cousin de Narmine, à la batterie. Les musiciens passent leur temps à s’observer. J’avoue donc sans honte que je lui ai piqué bien de ses plans d’improvisation mais je ne suis pas le seul. Jeanot était si doué qu’en l’écoutant, nous étions sur une autre planète. Je le répète, c’était un extra-terrestre ».

Jeanot vécut ici dans les années 70 ; puis s’installa en région parisienne où tous les orchestres connus (dont l’illustre Maxime Saury) se l’arrachaient. Il rentra chez lui sur le tard et c’est de Madagascar que l’on décida de le transférer à Saint-Pierre où il finit son parcours terrestre.


Jeanot est bel et bien irremplaçable


Nul doute que là-haut, il retrouvera ses potes Donat, Barre, Freddy, pour des « bœufs » qu’on devine endiablés. And one more time, guy !

Je pense ce jour à son épouse, la délicieuse Lalao, qui ignore combien de cœurs elle a détruits à cause de son sourire si envoûtant. Qu’elle sache que nous partageons sa peine. Si « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables », Jeanot est bel et bien, irremplaçable. Pour ce qui est de son clavier, il était de la race des Nat King Cole, des Ray Charles, des John Payne (acteur-pianiste pluri-talentueux), des Meddy Gerville dont Jeannot avait pressenti le premier qu’il avait un talent fou…

Salut à toi, l’artiste et Veloma namako.

Jules Bénard


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