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Discrimination et intégration forcée

Israël cible les Bédouins

28 juillet 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Une proposition de loi israélienne projette le déplacement forcé de 40.000 Bédouins du Néguev et la destruction de 350 villages « illégaux ».

Approuvée en première lecture à une faible majorité par la Knesset le 24 mai dernier, la proposition de loi dite « Prawer-Begin » pourrait être définitivement adoptée à la fin du mois de juillet. L’ensemble des mesures envisagées prévoit rien moins que la déportation d’environ 40.000 Bédouins du Néguev et la destruction de 35 leurs villages. Présents en Terre Sainte depuis le VIIe siècle, les Bédouins font face depuis le XIXe siècle à une politique de sédentarisation, d’abord imposée par l’Empire Ottoman, puis poursuivie et renforcée par l’Etat d’Israël. L’Etat Hébreu a, en 1969, massivement nationalisé les terres du Néguev, soumises à la loi martiale depuis 1950, où vit cette population semi-nomade.

Intégration forcée

Depuis lors, les autorités israéliennes alternent stratégies d’intégration — par la création d’infrastructures — et de pression, afin de contraindre les Bédouins à abandonner leur mode de vie itinérant, en intégrant les sept townships édifiés pour eux, qui comptent aujourd’hui parmi les villes les plus pauvres d’Israël. Dès 1963, le général Moshé Dayan exposait, dans une interview donnée au journal « Ha’aretz », les fondements de la politique d’intégration forcée des Bédouins du Néguev. « Il convient de transformer les Bédouins en un prolétariat urbain dans l’industrie, les services, le bâtiment et l’agriculture. 88% des Israéliens ne sont pas des fermiers : que les Bédouins deviennent comme eux. Cela implique un changement radical : le Bédouin ne vivra plus sur sa terre avec ses troupeaux, mais deviendra un habitant des villes, qui, une fois la journée de travail terminée, enfilera ses pantoufles… Les enfants iront à l’école convenablement peignés (…). Cette révolution peut être réalisée en deux générations. Sans répression, mais avec un encadrement gouvernemental, ce phénomène des Bédouins disparaîtra. » Aujourd’hui, 60% des Bédouins vivent dans les « villages autorisés », dotés d’infrastructures construites par l’Etat. 40% résident dans des villages « illégaux », non reconnus par la puissance publique et par la même dénués de tout équipement. En 1986, la Commission dirigée par le ministre de l’intérieur, Yaakov Markowitz, recommandait la destruction de 6.600 logis ainsi que de toutes les nouvelles constructions érigées dans le Néguev, réputées illégales.

« Idolâtrie des prérogatives du Peuple juif »

Les bâtiments considérés font l’objet d’un repérage aérien et sont photographiés. Leurs propriétaires sont mis en demeure de les démolir ; s’ils n’obtempèrent pas, ils sont immanquablement condamnés à payer les frais de démolition, à l’issue d’une procédure pénale. A cette justice pour le moins expéditive s’ajoutent les actions de la « Patrouille verte », un groupe paramilitaire créé et développé par Ariel Sharon au cours de la décennie 1970. Pour Benjamin Netannyahou, qui voit dans cette loi une « avancée historique », l’Etat aurait pourtant «  perdu le contrôle de ces territoires depuis 65 ans ». « Il est temps de régler le problème que personne n’a eu le courage d’aborder jusque-là  », martèle le Premier ministre qui, sans sourciller, condamne « l’expansion des constructions illégales dans le Néguev  ». Pour le rabbin Arik Ascherman, opposé à la loi Prawer-Begin, cette volonté « d’expulser 40.000 bédouins et de leur voler leur terre, même lorsqu’ils ont apporté la preuve de leurs droits devant les tribunaux, témoigne encore une fois de (…) l’idolâtrie dans laquelle nous tenons les prérogatives du Peuple juif. Alors que les autorités religieuses ont toujours reconnu la propriété des non-Juifs et interdit qu’on la leur vole ».

Groupes extrémistes et racistes

Jeudi dernier, Navi Pillay, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, a engagé l’Etat hébreu à revoir sa copie. « En tant que citoyens israéliens, les Bédouins Arabes ont les mêmes droits à la propriété, au logement, et aux équipements publics que n’importe quel autre groupe en Israël. Le Gouvernement doit reconnaître les droits spécifiques des communautés bédouines  » a déclaré la Sud-africaine, évoquant les conclusions de la commission Goldberg initiée par le Gouvernement israélien en 2008. Celle-ci avait recommandé que «  les Bédouins soient considérés comme des citoyens égaux, attachés par des liens historiques à leur terre en tant qu’habitants légitimes du Néguev ». Selon une enquête commanditée par l’ONG « Rabbins pour les droits humains », un peu plus de 42% des Israéliens seraient opposés au plan Prawer-Beguin, contre 34% de sondés favorables. La perspective d’une application de la loi a donné lieu à de nombreuses manifestations, notamment à l’initiative de la « Liste Arabe Unie », parti Arabe d’Israël représenté à la Knesset, dont les responsables ont pointé l’influence des « groupes extrémistes et racistes ».

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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