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Ukraine

Insoutenables images de l’attaque d’Odessa

4 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Acculés dans la Maison des Syndicats, 46 manifestants russes ont été asphyxiés ou brûlés vifs par la milice du parti « Pravyi Sektor », membre du Gouvernement, appuyés par des bandes de hooligans venus en renfort. « Bravo ! Que les diables rôtissent en Enfer », s’est exclamée sur Facebook une députée et porte-parole du parti « Svoboda », membre de l’Exécutif au pouvoir depuis la chute de Viktor Ianoukovitch.

Insignes nationalistes, football, foulard à tête de mort : les hooligans ont servi d’auxiliaires aux milices d’extrême-droite lors de la tragédie du 2 mai.

Les clichés circulent sur la toile ukrainienne depuis hier, et nous ont été communiqués. Ils sont insoutenables.

Les Nazis mènent le bal en Ukraine écrivions-nous avant l’épilogue de la crise de Maïdan.

Ils sont venus danser hier, à Odessa, cette ville portuaire où se déroulent des manifestations organisées par les russophones en faveur d’un referendum. Des russophones dont, on le rappelle, les droits culturels, politiques et linguistiques ont été visés, par les toutes premières mesures engagées par la coalition au pouvoir, où domine l’influence de deux partis d’extrême-droite.

Le plus structuré, « Svoboda », est aussi le « Parti national-socialiste d’Ukraine ». Le second, nouveau venu sur la scène politique, est « Pravyi Sektor », groupe paramilitaire apparu dans le sillage de Maïdan, issu de la fusion de divers groupes néo-nazis et de supporters de football, et hâtivement transformé en parti politique dans la perspective des élections.

Ces formations qui ont en main plusieurs ministères-clefs, sont en mesure d’exercer un contrôle décisif sur la Justice, les forces de l’ordre et la politique militaire du pays.

Ce sont les troupes de « Pravyi Sektor », venues de Kiev et accompagnées de bandes de supporters de football « ultras », qui ont pris d’assaut, le 2 mai au matin, le campement des manifestants.

Un événement que nous relatait quelques heures plus tard, via les réseaux sociaux, un groupe militant indépendant :

Miliciens et hooligans achèvent d’incendier le camp des manifestants russophones...

« Aujourd’hui, au matin, la junte a dépêché plusieurs milliers de Nazis armés à Odessa. Ils avaient prévu de brûler le campement « anti-maïdan ». Les anti-maïdan ont décidé d’aller à leur rencontre avant qu’ils ne l’atteignent. À 15 heures, les deux camps ont commencé à s’affronter au centre d’Odessa (Square de la Grèce et rue de la Grèce). Trois heures plus tard, les nazis avaient gagné. Ils avaient des armes à feu et étaient bien entraînés. Alors, ils se sont dirigés vers le campement, place Kulikovo. Ils l’ont brûlé et ont brûlé aussi la maison des Syndicats où s’étaient réfugiés les combattants anti-Maïdan. Maintenant, le bâtiment est incendié, et les gens essaient de se battre. Il y a quatre morts issus des deux camps et de nombreux blessés ».

Une description confirmée par les médias du monde entier qui, quelques heures plus tard, braquaient leurs caméras sur l’incendie.

Bientôt, le chiffre de 40, puis de 46 morts circulait sur les ondes et sur la toile.

À la notable exception d’EuroNews, aucun média de langue française n’a précisé que les victimes brulées vives étaient pour la plupart de simples manifestants.

Pas plus qu’ils n’ont mentionné l’inaction, de longues heures durant, des autorités et des combattants du feu, tenus en respect par les hooligans et les crânes rasés. Oubliés, aussi, ceux qui, tel Andreï Brazhevsky, ont sauté de l’immeuble en flammes et ont été battus à mort par les hooligans.

Ni télévisions, ni journaux, ni radios n’ont, a fortiori, relayé les encouragements prodigués par des officiels, dont le statut posté sur Facebook par la linguiste Iryna Farion, universitaire ukrainienne de premier plan, élue en 2012 députée de « Svoboda » dans son bastion de Lviv (Lvov).


«  Bravo Odessa, joyau de l’âme ukrainienne. Patrie des grands nationalistes. Que les diables rôtissent en Enfer. Des félicitations spéciales pour les supporters de football. Bravo.  »

Une organisation membre d’un Gouvernement soutenu, qu’on le veuille ou non, par les Gouvernements occidentaux et par le Gouvernement français, peut donc se livrer à un pogrome et bruler vives une quarantaine de personnes, hommes et femmes, pris au piège d’un bâtiment public.

Une linguiste, professeure d’Université, députée de la majorité et porte-parole, dans le monde intellectuel et au-delà, d’un parti avec lequel ont négocié des représentants français, peut ouvertement se réjouir de les voir « rôtir ».

C’est cette part de réalité qui n’apparaît pas dans le récit du drame ukrainien, que nous avons choisi de présenter à nos lecteurs. (Photos : A. N & Odessit)

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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