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Il y a 101 ans débutait le génocide arménien

« Il faut exterminer la progéniture des scorpions »

25 avril 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, l’ordre d’arrestation et de déportation qui frappe 270 intellectuels arméniens de Constantinople donne le signal du génocide.

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Ce jeune couple pose pour la campagne mondiale AG, lancée en 2015 pour exiger la reconnaissance du génocide arménien.

Un crime de masse soigneusement élaboré par le parti dit « Jeune-Turc » (Ittihad ve terakki, traduit par « Comité d’Union et de Progrès ») au pouvoir depuis 1908 et dominé par un triumvirat constitué d’Enver Pacha, Talât Pacha et Djemal Pacha.

Les persécutions contre la population arménienne avaient gagné en intensité au long du 19ème siècle, au fur et à mesure du recroquevillement du pouvoir ottoman sur la part asiatique et turque de l’Empire.

Privé de la plus grande partie de ses possessions européennes, amputé de ses dépendances nord-africaines, contesté dans la péninsule arabique, l’Empire engagé dans le premier conflit mondial aux côtés de la Triple Alliance redoute les affinités entre les Arméniens de confession chrétienne et la Russie.

Sur le plan idéologique, le pan-touranisme qui irrigue les « Jeunes Turcs » et vise à réunir les peuples de « race touranienne » au Moyen-Orient et au-delà fournit une justification au massacre des Arméniens.

Des tueries et des déportations avaient déjà frappé la communauté arménienne entre 1894 et 1896 ; les atrocités n’avaient alors cessé que sous la menace d’une intervention européenne.

En 1915, la guerre qui fait rage en Europe permet aux « Jeunes Turcs » de « régler définitivement la question arménienne. (...) Il ne s’agit tout simplement d’annihiler la nation arménienne tout entière », alerte le diplomate suédois Cosswa Anckarsvärd, dans un mémoire adressé à Stockholm.

Après l’arrestation des intellectuels, qui seront assassinés quelques semaines plus tard, les soldats arméniens sont désarmés, transférés dans des bataillons de travail avant d’être fusillés en masse, égorgés, enterrés vivants et ou affamés. Femmes et enfants arméniens sont séparés des hommes, puis massacrés lors de raids et déportés dans des conditions abjectes.

« Les Arméniens furent torturés sans relâche et sans pitié, avant d’être égorgés (…) », rapporte le récit du Père Abraham Hartunian, qui décrit un massacre organisé face à la grande mosquée d’une ville turque : « “Devons-nous tuer aussi les petits enfants’’ ?, demandèrent les Turcs à Dani Yade, l’une des plus importantes autorités religieuses de la ville : “Oui’’, répondit-il, “tuez-les aussi. Il nous faut exterminer la progéniture des scorpions, de peur qu’elle ne grandisse et ne revienne pour nous piquer ’’ ».

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Jeunes filles arméniennes crucifiées : la barbarie de cette scène, extraite du film Ravished Armenia, réalisé par Archaluys Mardiganian (1918) est en-deça de la réalité. Les victimes furent en réalité violées et empalées par les soldats turcs.

Les déportations s’accompagnèrent de pillages à grande échelle, perpétrés par les gendarmes et soldats turcs mais aussi par des bandes kurdes. Selon l’historien Gérard Libaridian, la double promesse des pillages et de la vie dans l’Au-delà fut utilisée par les autorités autonome pour associer certaines franges de la population au génocide. Parallèlement, un décret interdit de porter assistance aux orphelins et aux réfugiés sous peine de mort — les contrevenants furent pendus et leurs maisons brûlées.

Il fallut néanmoins déplacer plusieurs gouverneurs et sous-gouverneurs turcs, qui refusaient d’exécuter les ordres.

De plus, de nombreux Turcs et Kurdes bravèrent la loi pour venir en aide aux victimes, notamment dans la région de Dersim. On estime que plus d’un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants — soit 75 % des Arméniens de l’Empire ottoman — ont trouvé la mort dans ce massacre à grande échelle.

Les Arméniens ne furent pas les seules victimes de la tentative de rendre l’empire ottoman homogène sur le plan ethnique et religieux : on estime que près d’un million de Grecs et 750.000 Assyriens furent assassinés, déplacés et expulsés par les mêmes procédés entre 1915 et 1918.

En 1919, les cours martiales ottomanes condamnèrent à mort pour « crimes de guerre » les auteurs des génocides arménien et grec.

Certains parvinrent à fuir à l’étranger mais furent rattrapés par l’Armée révolutionnaire arménienne et tués dans le cadre de l’opération « Nemesis ». Les agents secrets arméniens exécutèrent notamment Talât Pacha, réfugié à Berlin, en 1921, et Djemal Pacha, exilé à Tiflis, en 1922. En 1921, les protagonistes du génocide furent amnistiés.

Après l’accession au pouvoir de Mustapha Kémal, la Turquie s’est officiellement installée dans une posture de déni, dont elle ne s’est pas départie aujourd’hui.

7 Lames la Mer

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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