Categories

7 au hasard 29 août 2015 : Nouvelle route du Littoral : « des tonnes de roches bientôt importées » - 14 janvier 2016 : Séga... manchega : le serpent qui danse - 27 mai 2013 : Star Wars, vers l’infini et au-delà ! - 1er juin 2016 : Avant la route du Littoral : une falaise et la mer - 24 décembre 2013 : Petit papa Béké, obli pa mon ti soulié ! - 9 mai : 1959 : « Territoire-blues », entre Oasis et Cœur-Saignant - 6 février 2014 : Deux requins près du rivage à l’Étang-Salé - 26 avril 2015 : Tourisme : temps de Serveaux disponible... - 11 octobre 2013 : Envoyez votre nom dans les étoiles ! - 26 février 2015 : « Pas de compétition entre République laïque et liberté de culte » -

Accueil > La Réunion > Economie et société > Film : La Réunion qu’on a oubliée... il y a 37 ans

1978, archives INA

Film : La Réunion qu’on a oubliée... il y a 37 ans

4 août 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Les premières images de ce reportage d’une trentaine de minutes montrent un séga-quadrille dansé sur la terrasse de la Préfecture. Le film se referme par une séquence de maloya krazé sur une plage de l’ouest. Entre les deux scènes, La Réunion de 1978 se dévoile avec pudeur. Émouvantes images surgies du passé... Trois figures emblématiques (par ordre d’apparition à l’écran) jalonnent le film : le Préfet, Bernard Landouzy, le leader du Parti communiste réunionnais, Paul Vergès, et la chanteuse, Jacqueline Farreyrol. Séquence nostalgie...

Petite case créole dans les Hauts. Comme une maison de poupée...

L’INA [1] a mis en ligne un reportage sur l’île de La Réunion, dans la collection « La France lointaine », tourné en 1978 et destiné à la télé (producteurs : « France Opéra Films », « France Régions 3 » ; réalisateur : Jean Pierre Mirouze).

« Ça Bourbon même, l’île de La Réunion » s’ouvre donc sur la « traditionnelle » séquence « folklorique » qui se déroule sur une terrasse de la Préfecture et qui donne à voir un séga-quadrille.

Sans transition, le Préfet de La Réunion, Bernard Landouzy, apparaît à l’écran, dans l’intérieur précieusement boisé d’un salon de la Préfecture. Il loue les qualités de cette « terre où toutes les races se côtoient, se mêlent fraternellement ».

Paul Vergès, leader du Parti Communiste Réunion (PCR) et maire du Port.

Thématique développée dès la séquence suivante par Paul Vergès, secrétaire général du Parti communiste réunionnais et maire du Port. « Parlez-moi de l’homme réunionnais », lui demande-t-on...

Pour Paul Vergès, l’homme réunionnais est « le résultat d’un brassage d’hommes et de femmes venus de tous les coins du monde. (...) Brassez tout cela, et vous avez l’homme réunionnais, avec sa fierté, sa susceptibilité ombrageuse, sa sensibilité à fleur de peau et énormément besoin de fraternité ».

Jacqueline Farreyrol aborde le même sujet sous l’angle plus personnel de sa famille où l’on trouve : « du plus clair au plus foncé dans les teintes de peau. J’ai une soeur blonde, j’ai un frère pratiquement noir, j’ai des cousins marron clair, marron rouge, marron jaune »...

Jacqueline Farreyrol, chanteuse et animatrice dans le secteur socio-culturel.

Routes, écoles, téléphone, dispensaire... Le Préfet énumère tous les secteurs où il y a encore un long chemin à parcourir... Et la caméra nous livre les images de cette Réunion d’il y a presque 40 ans : fleurs ; nénaine surveillant des enfants qui s’ébattent dans une piscine ; marché et ses fruits, ses légumes, ses fleurs, son artisanat ; petites maisons des Hauts ; grande maison de la rue Rolland Garros (encore à l’époque de sa splendeur) où vécut la reine Ranavalo III...

Et soudain, le maloya. Le maloya krazé dans la cour d’un bidonville. « Alé roulèr ! Alé kavia ! » Fond de Bac. Voix enfantines. Paysage de savane. Capelines et cases en tôle. Danse pieds nus dans la poussière.

Broussailles et galets. Visages aux sourires généreux et pudiques et cette énergie venue de loin pour ensemencer la terre réunionnaise. Soleil couchant et corvée d’eau.

Maloya krazé dans un bidonville de l’ouest. Fond de Bac.

Chien, boeuf... « Koté mi dor mon bertel ansanm »... Kaïanm, roulèr et « misère » au sujet de laquelle Jacqueline Farreyrol précise : « Il y a eu beaucoup de choses de faites (aides sociales, logement, aides médicales...), mais il reste encore beaucoup à faire... et je me demande si la population a été bien préparée à ce brusque changement de conditions sociales... Mais c’est quand même une très bonne chose. Il y a beaucoup moins de misère mais il en reste quand même un peu trop ».

La caméra poursuit son périple dans les Hauts. Plongeon vertigineux dans les cascades, le volcan... Trieuses de riz. Brodeuses de Cilaos. Joueurs de dominos. Pêcheurs de Sainte-Rose. Plages de l’ouest où Boucan est quasiment déserte. Marche sur le feu...

Rue Rolland Garros, la maison où séjourna la reine Ranavalo III, dite "maison Ponama". En 1978, elle était encore dans un état remarquable. Aujourd’hui, elle est en ruines.

Une séquence délicieuse : Jacqueline Farreyrol lisant « Le corbeau et le renard » en créole, version de Georges Fourcade. « Un parlé d’ici, précise-t-elle, un français déformé, une langue très rythmée et humoristique... »

« Malgré les pires passages, mon plus beau livre d’images, c’est celui qui porte ton nom, mon île de La Réunion », chante Jacqueline Farreyrol tandis que déjà monte le son du bobre, du roulère, du Kaïanm...

Bascule dans le maloya sur une plage de l’ouest. Maloya krazé annonçant la créolie, le processus de créolisation d’une île encore engluée dans les oripeaux de la colonie.

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros
Merci au lecteur de 7 Lames la Mer, amoureux de la culture réunionnaise, qui nous a signalé ce film...

A l’époque, tout le monde portait ce modèle d’anneaux créoles, aujourd’hui quasiment disparu. Photos extraites du film « Ça Bourbon même, l’île de La Réunion », tourné en 1978 par Jean-Pierre Mirouze.

Extrait du film « Ça Bourbon même, l’île de La Réunion ». Pour voir la totalité du film : 2,99€.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Institut National de l’Audiovisuel

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter