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Brésil : nettoyage social

Exécutés à 15 ans par la Police, la veille de la Coupe du Monde

25 juin 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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« J’ai fait semblant d’être mort » ! Celui qui parle ainsi a été victime de la police militaire de Rio qui l’a laissé pour mort dans un fourré. Nous l’appellerons Miguel ; il a 15 ans. Puis, c’est au tour de Mateus Alves dos Santos, 15 ans lui aussi, d’être abattu. Deux balles. « Il est tombé sur moi... j’ai vu son dernier soupir », témoigne Miguel. Cela s’est passé la veille de l’ouverture de la Coupe du Monde, le 11 juin, à Sumaré, une colline entre deux favelas, au nord de Rio. Miguel est un miraculé. Mateus est mort.

Brésil, street art

« Dans la houle de la foule fascinée par le foot, la mort de Mateo ne fait pas de vagues ». Ce lundi 23 juin, sur France Inter, Daniel Mermet, à Rio de Janeiro pour « Là-bas si j’y suis », nous entraînait, avec Antoine Chao, dans les méandres d’une favela en quête de la vérité sur la mort de Mateus... En introduction de ce reportage sonore, il donnait une idée de l’ampleur de la « guerre sociale » en cours au Brésil : « plus de 10.000 personnes tuées par la police dans les favelas en 10 ans. » (...) « Depuis l’an 2000, en treize ans, 600.000 Brésiliens ont été victimes d’homicides. »

Ces chiffres effrayants complètent les informations que 7 Lames la Mer a relayées depuis le début du mois de mai, en partant de l’histoire de l’artiste Douglas Rafael da Silva Pereira, 25 ans, froidement abattu par la police de Rio le 22 avril, puis en relatant l’expulsion des Indiens de l’« Aldeia Maracanã » (le village Maracanã), ancien Musée de l’Indien qu’ils occupaient depuis plus de 7 ans. Nous avons aussi consacré un article à celles et ceux qui, victimes de la répression policière ou morts accidentés sur les chantiers de construction des stades, ne verront rien de la Coupe du Monde... Quelques noms pour combien d’anonymes ? Nous avons ensuite publié la photo de ce jeune Amérindien du peuple Guarani, qui, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, a déployé une banderole appelant à la « démarcation » (respect des frontières, NDLR) des terres autochtones. Image dédaignée par les médias dominants.

Alors lorsque « Là-bas si j’y suis » nous a embarqués, via les ondes radiophoniques, sur les traces de ces deux adolescents abattus par la police militaire la veille de l’ouverture de la Coupe du monde, nous avons décidé de relater l’histoire de Miguel et Mateus. Si actuellement le Brésil est arpenté par de nombreux journalistes venus des cinq continents, l’exécution de ces deux gosses de 15 ans est passée quasi inaperçue.

L’information a été publiée pour la première fois par le journal « Folha de S.Paulo » puis reprise essentiellement par d’autres médias brésiliens. En lui consacrant une émission, Daniel Mermet a donné à ce « meurtre ordinaire à Rio » une résonance globale...

Compagnons de calvaire, Miguel et Mateus,15 ans, ne se connaissaient que de vue. Ils ont été interpelés dans la matinée du mercredi 11 juin, veille de l’ouverture de la Coupe du Monde, au centre de Rio, avenue du President-Vargas. Soupçonnés d’avoir commis un vol à la tire, ce que nie Miguel.

« Ils m’ont arrêté lorsque je traversais la rue, confie-t-il à un journal brésilien. Mateus était déjà avec eux. Je pensais qu’ils allaient nous amener au bureau de Police « pour la protection des enfants et des adolescents », à quelques encablures de là. Mais ils ont pris la route de Santa Teresa. Passées la « colline des Plaisirs » et la montée, nous avons commencé à pleurer. On avait peur. »

Le véhicule s’arrête finalement sur la colline Somaré. Là, Mateus et Miguel seront frappés — torturés, rapportent certains médias brésiliens — et exécutés ! Les deux policiers repartent, abandonnant les corps dans les fourrés. Mais Miguel n’est pas mort... et est revenu au monde des vivants pour raconter son supplice et celui de Mateus.

Mateus Alves dos Santos, 15 ans

Premier à être passé par les armes, Miguel reçoit une décharge de fusil dans le dos et une balle de pistolet dans la jambe droite. Il tombe et ne bouge plus. Il est frappé encore à coups de pieds mais ne réagit plus. « J’ai fait semblant d’être mort »... C’est alors au tour de Mateus d’être exécuté. « Je ne veux pas, je ne veux pas », supplie l’adolescent... Deux balles dans la tête. Mateus s’effondre sur Miguel. Il est mort sur le coup.

Bien après le départ des deux policiers, Miguel, malgré ses blessures, se dégage du corps de Mateus et parvient à marcher pour chercher de l’aide, après s’être fait un garrot à la jambe. Il est recueilli dans une église, où les premiers soins lui sont prodigués. Son père est alerté et Miguel peut rejoindre son domicile.

Plus tard, en se connectant sur facebook, il découvre l’identité de son compagnon de calvaire, dont la famille a signalé la disparition. Trois jours, déjà, le séparent du drame. Miguel prend contact avec la famille de Mateus Alves dos Santos, porté disparu depuis le 11 juin. Il les emmène là où les assassins ont abandonné la dépouille de Mateus. Des lieux hantés par une bien macabre réputation : les habitants des favelas avoisinantes y soupçonnent l’existence d’un « cimetière clandestin »...

Brésil, street art

Les deux policiers ont été arrêtés mardi 17 juin et inculpés pour assassinat et tentative d’assassinat. La caméra embarquée dans la voiture de police a livré ses images. De même le GPS a confirmé les dires de Miguel sur le parcours emprunté jusqu’à Sumaré...

Aujourd’hui, Miguel vit dans la peur. Peur que la police vienne le chercher pour le tuer...

Dans la houle de la foule fascinée par le foot, la mort de Mateus finira-t-elle par soulever une lame de fond ?

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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