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Tribune Libre de Thierry Robert

« Européens et fiers de l’être au coeur de l’océan Indien »

7 mai 2015
Thierry Robert
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« Madame la Commissaire Européenne à la politique régionale, Corina CREȚU, est venue à l’île de La Réunion confirmant ainsi l’intérêt que porte l’Union Européenne à notre Région Ultrapériphérique en proie à de nombreuses difficultés... Néanmoins, plusieurs interrogations se posent ».

Notre territoire bénéficie, au titre de l’article 349 du traité européen, d’un régime adapté à nos contraintes que sont l’isolement, l’éloignement du marché européen et l’étroitesse de notre marché intérieur. Faire reconnaître nos spécificités pour une politique régionale adaptée à nos besoins, nos capacités et nos opportunités de développement justifie ce statut, le régime juridique d’aide et l’appui considérable de l’Europe au titre de la politique régionale pour La Réunion.

Néanmoins, près d’un an et demi après l’ouverture prévue de la nouvelle programmation 2014-2020 des fonds européens, tandis que de nombreuses demandes d’appui émanant d’acteurs du développement économique restent en souffrance, plusieurs interrogations se posent.

Et sans ternir une visite utile de Madame la Commissaire pour se rendre compte elle-même du formidable potentiel de développement de notre île, il ne serait pas responsable de faire l’impasse sur ces questions pour s’assurer que l’intérêt et l’effort que portent l’Union Européenne pour La Réunion nous permettent d’utiliser efficacement ses leviers financiers. Il est capital que l’Europe en soutien au développement de l’île, notamment économique, garde confiance dans le bénéfice pour la population et les acteurs économiques des moyens consacrés à la Région, mais dont les Réunionnais doivent rester les bénéficiaires finaux. Or la confiance n’est pas un vœu pieu. Elle doit se mesurer de façon rationnelle.

"La création d’entreprises ne cesse de baisser depuis 2010". "Les constructeurs", Fernand Léger.

Ce sont les résultats obtenus en termes de création d’emplois, de retour sur investissements pour le territoire réunionnais qui doivent déterminer le niveau de confiance. La confiance venant de Bruxelles n’est ni aveugle, ni absolue, elle est pragmatique et doit juger de l’efficacité des programmes mis en place par les autorités localement.

Ainsi, la première question qui n’a pas été posée aux hôtes de Madame la Commissaire, c’est celle de l’efficacité réelle de l’emploi des moyens européens consacrés jusqu’ici à La Réunion. Près de 2 milliards d’euros accordés à La Réunion entre 2006 et 2013 pour un bilan économique plus que morose puisque la création d’entreprises ne cesse de baisser depuis 2010 (de 8133 entreprises créées en 2010 à 6374 en 2014 – source Insee Réunion), le déficit de la balance commerciale s’aggrave car nous importons plus que nous n’exportons, et surtout le chômage n’arrête pas sa progression malgré des mesures d’emplois précaires publics.

Tant de moyens déployés, soit 2 milliards d’euros en 7 ans et pas de résultats probants et significatifs en matière économique et sociale, dont la responsabilité est toujours renvoyée au gouvernement, de droite quand la gauche est au pouvoir à la Région, de gauche maintenant que la majorité régionale s’y oppose.

Il s’agit là d’un double discours puisque les leviers européens sont gérés localement mais la responsabilité de l’échec toujours renvoyée à d’autres. Il est urgent, avec l’appui de l’Europe, de passer d’une logique de moyens qui ne sert qu’à valoriser la communication outrancière de la Région à une logique de résultats attendus par les Réunionnais. Il faut en finir avec une politique de gabegie régionale au profit d’un pilotage économique efficace qui donne des résultats sur l’emploi marchand, l’emploi durable des Réunionnais !

Politique touristique de la Région : "gestion inefficace pointée plusieurs fois par la Chambre Régionale des Comptes"

Un exemple majeur : 10,55 millions d’euros au seul titre des fonds européens FEDER [1] de 2010 à 2014 (sans compter les millions de subventions accordées par la Région) à l’IRT pour la politique touristique de la Région et pour quel résultat ? Une absence de résultats et une gestion inefficace pointées plusieurs fois par la Chambre Régionale des Comptes dans des rapports fournis et largement étayés.

Les fonds européens ne doivent pas être un chèque en blanc laissé à l’irresponsabilité de stratégies hasardeuses et si préjudiciables à l’économie et l’emploi des Réunionnais !

La deuxième question, qui découle directement de la première, réside dans la délégation exclusive à la Région Réunion de l’autorité de gestion des fonds européens. La Région devient à elle seule service instructeur, juge de l’opportunité politique, payeur et contrôleur. C’est beaucoup de pouvoir et peu de contrôle pour une telle enveloppe. La gestion des fonds européens a pourtant fait figure d’exemple à La Réunion dans sa dimension partenariale puisque dès 1987, la cellule Europe “AGILE” — Agence de Gestion des Initiatives Locales en matière Européenne — a assuré conseil, gestion partenariale, suivi et a donc fait office de garde-fou dans l’emploi des fonds européens. Simplifier la mise en oeuvre des fonds européens est une bonne orientation, notre économie doit gagner du temps et de l’efficacité mais pas au prix de la transparence et de l’implication de l’ensemble des acteurs qui font notre développement.

Dans une tribune presse clairvoyante, Dominique Vienne, président de la CGPME, soutenait il y a quelques jours la nécessité de notre territoire à jouer collectif et à miser sur la concertation, l’engagement collégial et la responsabilité de tous les acteurs. Le bon sens indiquerait d’associer dans le processus de gestion des fonds les représentations légitimes du monde économique concernées directement par une part importante des mesures européennes. Associer les acteurs de terrain du développement est un gage de bonne gouvernance et d’efficacité surtout dans notre territoire où trop d’élus vivent éloignés des réalités économiques, ayant fait de leur mandat une rente personnelle !

Impliquer les réseaux des chambres consulaires, impliquer le Conseil Economique, Social et Environnemental seraient des décisions sages et une marque de confiance envers nos forces vives. Confisquer les moyens européens dans une maîtrise fermée des dossiers de demande d’aide, de manière quasi discrétionnaire, constitue un recul démocratique, un non-sens économique et ne correspond pas aux valeurs de L’Europe.

"Nous sommes un poste avancé de l’Europe dans le bassin de l’océan Indien".

Enfin, la troisième question qui se pose est d’ordre stratégique. Renforcer notre appartenance à l’Union Européenne n’est pas incompatible avec l’idée de positionner La Réunion et ses entreprises dans la compétition régionale. Bien au contraire. Nous sommes un poste avancé de l’Europe dans le bassin de l’océan Indien et nous avons les capacités de faire valoir nos spécificités.

L’éloignement qui justifie des mesures d’aide compensatoires et fixe le cadre des RUP ne doit pas constituer un handicap non plus dans notre environnement régional. Compenser l’éloignement avec l’Europe ne doit pas nous conduire à nous éloigner de notre bassin naturel de développement économique.

Cette compétition et cette coopération régionale économique doivent s’organiser. La Réunion doit en être l’acteur européen de premier plan, pas le témoin tout juste toléré à la table des négociations et des arbitrages régionaux, comme cela a trop longtemps été le cas dans les discussions sur les accords de partenariat économique. Travailler sur le renforcement de La Réunion dans la zone océan Indien est indispensable. Le dispositif FEDER étant difficilement compatible avec le FED [2], La Réunion se trouve isolée à l’heure où la coopération économique régionale devient une nécessité urgente pour nos entreprises. Il faut y remédier.

Il s’agit d’un sujet clef pour ne pas voir la Région investir et favoriser, avec nos moyens, la compétitivité des autres territoires au détriment des entreprises réunionnaises. Et je regrette ici les moyens mis en oeuvre par la Région pour soutenir l’économie de nos voisins, ce qui n’est pas un mal en soi, mais au détriment de nos propres commerçants qui devront regarder partir les consommateurs réunionnais aller dépenser à Maurice. Ce n’est pas acceptable ! Mais nous y reviendrons car j’ai le sentiment que la présidence de Région devient l’ambassade économique de nos cousins et néanmoins concurrents mauriciens. Et cela n’est pas acceptable sans une contrepartie claire et utile à l’économie réunionnaise.

La Réunion reste une frontière active de l’Europe dans l’océan Indien et l’Europe doit rester une chance pour notre positionnement dans le bassin régional, pas une contrainte.

Valoriser la recherche et les outils structurants de l’innovation réunionnaise comme ceux visités par Madame la Commissaire n’a de sens que si le développement et la conquête des marchés de la zone, Afrique australe comprise, sont soutenus. Et pas seulement au bénéfice de quelques uns, souvent proches des élus de la pyramide inversée.

Alors un nouveau programme de coopération qui lève toute difficulté entre les programmes FEDER dont bénéficient La Réunion et les programmes FED d’aide de l’Union Européenne pour nos partenaires voisins ne serait-il pas utile pour faire valoir notre plus belle spécificité : être Européens et fiers de l’être dans un esprit de conquête et de dynamisme régional ?

Thierry Robert

Notes

[1Fonds européen de développement régional

[2Fonds européen de développement

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