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Gabriel Lebreton, Tribune Libre

La Réunion : et si l’on créait 3 départements...

25 janvier 2014
Gabriel Lebreton
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36.000 communes dans l’hexagone, 24 à La Réunion. Si l’on se réfère à la moyenne de la population par commune en France, La Réunion pourrait compter environ 460 communes. De 24 à 460, il y a sûrement un moyen terme. De même, la Région du Limousin compte trois départements pour 716.000 habitants... Et si on créait trois départements à La Réunion ?

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Eugène Delacroix : la Liberté guidant le peuple

Nous nous acheminons insensiblement vers une forme de dictature institutionnelle. Récemment le maire de Saint-Louis, M. Claude Hoarau, a développé dans la presse un argumentaire fort documenté sur la création de la commune de La Rivière. Claude Hoarau a raison. La France continentale compte en effet 36.000 communes pour une population de 66 millions d’habitants, ce qui représente une moyenne de 1.833 habitants par commune, en incluant aussi bien la population des grandes villes — comme Paris avec ses 2.200.000 habitants — que l’infinité de petites communes d’à peine quelques centaines d’habitants, qui constituent la trame du tissu social français. Ces petites communes, essentiellement rurales, vivent parfaitement bien, se regroupant dans des communautés de communes pour la gestion des infrastructures importantes. Elles n’en sont pas moins de véritables entités, reconnues comme telles, fières de leur identité, et sont administrées par des gens qui sont directement responsables devant la population qui les a élus.

Les 24 potentats

A La Réunion, nous avons 24 communes pour une population de 850.000 habitants, ce qui représente une moyenne de 35.416 habitants par commune, soit près de VINGT FOIS PLUS que la moyenne continentale. Nos communes sont en fait des monstres boursouflés, ingérables, ainsi qu’on peut le constater chaque jour : gabegie, laxisme, incompétence sont le lot quotidien. L’énormité des sommes gérées ouvre la porte à toutes les manipulations, ainsi qu’en témoignent certaines affaires récentes. Nos 24 communes sont dirigées par 24 potentats. Le maire est complètement dépassé par les événements. Les adjoints sont des polichinelles, sans aucun pouvoir de décision, dont le maire tire les ficelles : ils ne sont pas responsables devant la population (qui ne les a pas élus en tant que tels) et ne rendent de comptes qu’au maire lui-même, lequel peut d’ailleurs à tout moment, sans préavis, sans autre forme de procès, leur enlever toute délégation, voiture, téléphone, parking, etc. Quant aux administrés, ils flottent dans un « no man’s land » identitaire et n’ont aucun sentiment d’appartenance à une communauté de destin.

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L’Assemblée Nationale.

460 communes à la Réunion ?

Certes il ne serait pas réaliste d’appliquer à la Réunion la grille des communes hexagonales, ce qui donnerait 460 communes. Mais de 24 à 460 il y a sûrement un moyen terme. Il y a très exactement l’espace de la démocratie qui nous fait cruellement défaut. Tous les politiques en campagne n’ont qu’un mot à la bouche : proximité ! Mais tous, une fois élus, se retranchent dans leur tour d’ivoire où le vulgum pecus ne peut les atteindre. Il n’entre pas dans mon propos de définir quel serait le nombre précis de nouvelles communes à créer. La réaffectation des budgets et des effectifs est un faux problème : les budgets existent déjà (faisant d’ailleurs l’objet de gaspillages, si ce n’est de pillages tout court), les bâtiments des mairies dites « annexes » existent déjà, et les effectifs (pléthoriques) existent déjà eux aussi.

Les 61 communes de la Poste

L’Administration de la Poste, déjà confrontée à cette Gorgone, est passée sans complexe à la vitesse supérieure : elle a ainsi « créé » pas moins de 61 « communes nouvelles » :

Les places-fortes du pouvoir et de l’argent

Bien entendu il ne saurait être question de valider les yeux fermés cet inventaire de l’administration postale. Cette liste n’en demeure pas moins un corpus de référence. Dans un passé pas si lointain que cela, des communes comme Les Avirons (commune détachée de l’Etang-Salé), l’Entre-Deux (détachée de Saint-Pierre), Les Trois-Bassins (détachée de Saint-Leu), Cilaos (détachée de Saint-Louis), La Plaine-des-Palmistes (détachée de Saint-Benoit) ou Le Port (détachée de La Possession) ont été créées à une époque où le nombre de leurs habitants atteignait à peine le dixième de leur population actuelle. On peut d’ailleurs se poser la question pourquoi de telles céations de communes qui furent possibles à une époque où le chiffre de la population de l’île atteignait les 250.000 habitants ne le seraient plus à l’heure où nous sommes 850.000. La réponse est toute simple : la loi de décentralisation est passée par là, déversant sur les collectivités locales des budgets pharaoniques. Dès lors chaque roitelet s’accroche à son pactole. Pas question d’amputer les 24 places-fortes de leur pouvoir et de leur manne financière.

Assemblée « inique » et « bidep »

Si nous montons aux étages supérieurs, ceux du Département et de la Région, le déficit de démocratie est tout aussi criant. Deux tendances contradictoires se sont affrontées dans le passé, à deux époques différentes de notre histoire politique : d’un côté les partisans de l’assemblée « unique », fusionnant en une seule assemblée le Département et la Région, de l’autre ceux de la « bi-départementalisation », redécoupant la région en deux départements, le nord, et le sud. Paradoxalement ces deux propositions de réformes furent soutenues par les même partisans. Elles ont toutes les deux été rejetées. L’assemblée unique aurait été à l’évidence un pas de plus vers la dictature oligarchique. L’existence d’une deuxième instance, même si elle recouvre le même territoire, constitue un contre-pouvoir salutaire en termes de démocratie.

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La Réunion pourrait bien être partagée en trois départements...

La restructuration de la région en deux départements aurait en revanche constitué un pas vers la démocratie de proximité, en même temps qu’elle aurait résolu l’inadéquation des compétences de deux collectivités sur un seul et même territoire. D’ailleurs à bien y réfléchir un redécoupage en trois départements serait plus approprié :
- un département nord-est, allant de Saint-Denis à Sainte-Rose,
- un département ouest, de la Possession à Saint-Leu,
- un département sud, des Avirons à Saint-Philippe.

A titre de comparaison, nous pouvons prendre le cas de la Région du Limousin, constituée de trois départements, la Corrèze (Tulle) : 237.000 habitants, la Creuse (Guéret) : 123.000 habitants, et la Haute-Vienne (Limoges) : 356.000 habitants. Total : 716.000 habitants. Pour une population inférieure à celle La Réunion, cette région dispose ainsi d’un Conseil Régional et de trois Conseils Généraux.

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Le Sénat.

Anciennes Provinces et Régions de demain

On envisage actuellement de diminuer le nombre des régions en opérant des regroupements de régions. Je ne suis pas sûr que les populations concernées feront preuve d’enthousiasme : elles le ressentiront comme l’aggravation de l’écart entre le citoyen et les institutions. Les révolutionnaires de 1789 avaient voulu casser l’hégémonie des roitelets de province sur les populations. C’est ainsi qu’ont été démembrées les grandes régions de l’Ancien Régime au profit d’une centaine de départements auxquels ils ont donné des noms purement géographiques (cours d’eau ou montagnes). Deux siècles plus tard, le mouvement inverse a été conduit avec l’apparition des régions telles que nous les connaissons actuellement. Créer des régions plus concentrées aurait pour effet de nous faire retourner à la dictature des provinces de l’Ancien Régime.

Bicamérisme ou chambre unique ?

Il est de bon ton de fustiger le système des deux assemblées qui constituent le socle de notre représentation nationale : une « chambre basse », l’Assemblée Nationale, dont les représentants sont élus par les citoyens au suffrage universel direct, et une « chambre haute », le Sénat, dont les représentants sont élus par les élus de la République (conseillers municipaux, conseillers généraux, conseillers régionaux). La chambre haute a pour fonction de constituer un contre-pouvoir face à la chambre basse, même si en dernier ressort le mot de la fin appartient aux députés. Les trois-quarts des démocraties de la planète fonctionnent selon le principe de la double assemblée, l’assemblée unique ne se trouvant guère qu’en Chine et dans les pays du Moyen-Orient. Supprimer le Sénat serait là encore un pas de plus vers la dictature institutionnelle.

Créer de nouvelles communes (dont le nombre reste à définir), redéployer la Région Réunion en deux ou trois départements, maintenir le pouvoir des conseils généraux face à l’omnipotence de la Région et maintenir le contre-pouvoir du Sénat face à l’omnipotence de l’Assemblée Nationale, tel est le prix de la démocratie.

Gabriel Lebreton

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