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Tribune Libre de Perceval Gaillard, insoumis réunionnais

Ensoleillement, vent, océan, volcan : Outre-mer gagnant

20 février 2017
Perceval Gaillard
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Ensoleillement, vent, mer, volcan... Et si les Outre-mer devenaient « territoires pilotes » pour servir de modèle de transition énergétique au reste de la nation ?

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L’énergie solaire, l’énergie éolienne et la biomasse : 3 types d’énergies renouvelables. Photo : Jürgen from Sandesneben, Germany

Outre-mer : l’un des pires « bilans carbone » au monde


Les conditions naturelles (ensoleillement, vent, mer, volcan) devraient faire des Outre-mer des modèles dans les domaines de l’éolien, du photovoltaïque, de la géothermie et des énergies marines.

Pourtant nous sommes au même niveau que la Chine ou l’Inde en ce qui concerne notre bilan carbone, l’un des « pires au monde » selon l’actuelle Ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts.

Loin d’être une fatalité, c’est la conséquence de choix politiques douteux, d’un cadre réglementaire inadapté, d’une situation de monopole de l’opérateur historique et d’intérêts économiques puissants en faveur du maintien des énergies polluantes.

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Le vent.

Dépendance aux énergies fossiles


Autant de facteurs que le gouvernement de « La France Insoumise » devra affronter pour réaliser pleinement l’autonomie énergétique de nos territoires. À l’image d’El Hierro, une île des Canaries, qui devrait bientôt y parvenir.

Aujourd’hui quatre des cinq départements d’Outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Réunion, Mayotte) dépendent en grande partie de centrales thermiques fonctionnant au fioul ou au charbon.

Une dépendance aux énergies fossiles qui entraîne un coût de production électrique extrêmement élevé : entre 150 et 200 euros le MWh pour une centrale au charbon, 200 et 300 pour une unité au fioul. À titre de comparaison, dans l’hexagone, le coût de production d’un MWh se situe entre 55 et 60 euros.

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La Grande Vague de Kanagawa. Artiste : Katsushika Hokusai

Martinique : 103 jours de coupure de courant électrique en 2011


Cela ne garantit pas pour autant la fiabilité de l’approvisionnement pour les populations concernées. En moyenne 457 heures de coupure entre 2008 et 2013 contre 79 heures dans l’hexagone.

Dans certains départements, cela atteint des records : 1655 heures (soit 69 jours) en 2009 en Guadeloupe et 2.482 heures (soit 103 jours) en 2011 en Martinique !

Loin d’en tirer les conséquences, EDF continue à investir massivement dans son parc de centrales thermiques à travers la construction de trois nouvelles unités : Le Port-Est à La Réunion, Bellefontaine en Martinique et Pointe Jarry en Guadeloupe. Investissement qui a coûté la bagatelle d’1,5 milliard d’euros.

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Centrale EDF, Port-Est, La Réunion. Source : EDF.

Incroyable occasion manquée


En 2013, EDF s’est désinvesti d’un immense projet caribéen de géothermie. Une centrale géothermique d’électricité devait être construite en Dominique, suivie d’un réseau d’interconnexion avec la Guadeloupe et la Martinique.

La facture s’élevait entre 500 et 600 millions d’euros au total et aurait permis de couvrir les besoins de la Dominique et 20% de ceux des deux îles françaises.

Incroyable occasion manquée de réduire la dépendance aux énergies fossiles dans les Antilles. Décision d’autant plus incompréhensible que les coûts de production étaient deux fois inférieurs à ceux d’une centrale au fuel. Au lieu de cela, EDF préfère prendre des risques financiers invraisemblables en investissant dans la centrale nucléaire britannique d’Hinkley Point.

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Centrale nucléaire britannique d’Hinkley Point. Photo : Mark Robinson.

Vendue à une entreprise américaine


Dans le même temps, EDF a également refusé d’investir dans la centrale géothermique de Bouillante en Guadeloupe qui fonctionne depuis 1986 et fournit 8% de l’électricité de l’île. Ségolène Royal et Emmanuel Macron ont même décidé de la vendre à une entreprise américaine (Ormat).

La loi de transition énergétique, adoptée en août 2015, énonçait pourtant l’élaboration d’une « stratégie nationale de développement de la filière géothermie dans les départements d’outre-mer ». Curieuse manière de la développer en bradant au privé l’unique centrale géothermique fonctionnant en France.

Dans les îles volcaniques d’Outre-mer, la géothermie, qui consiste à puiser la chaleur dans les couches profondes de la terre, représente pourtant une alternative très prometteuse.

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Piton de la Fournaise et piton Rouge vus depuis le Morne Langevin. La Réunion. Photo : B.navez.

En Guyane la folie des grands barrages


À La Réunion, Paul Vergès avait initié des prospections au Piton de la Fournaise pour en étudier la faisabilité, dans le cadre du projet Gerri qui devait amener l’île à l’autonomie énergétique à l’horizon 2025.

Aussitôt élu en 2010 à la Région, Didier Robert a enterré l’idée (et Gerri par la même occasion), préférant investir massivement dans un projet inutile de Nouvelle Route Littorale aux conséquences écologiques et économiques désastreuses.

Véritable bombe écologique, le barrage de Petit Saut en Guyane a été inauguré en 1994 et assure environ deux tiers des besoins en électricité du département. L’ouvrage a entrainé la submersion d’un territoire de forêt vierge de 365 km2 soit plus de trois fois la surface de Paris ! À l’heure actuelle, la décomposition de la biomasse dans ces eaux pose de gros problèmes environnementaux.

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Le barrage de Petit-Saut en Guyane. Photo : barrages-hydroelectriques

Manque de moyens pour une politique énergétique ambitieuse


Nullement échaudé, EDF envisage au contraire d’en construire un second trois fois plus étendu que celui de Petit Saut ! L’argument avancé est celui des besoins de la population en pleine expansion mais il servirait plutôt à approvisionner de grandes compagnies minières tout en fournissant le Brésil voisin, englué dans le scandale du méga barrage de Belo Monte.

Le rôle néfaste joué par l’opérateur de service public EDF tient en grande partie à l’organisation même du système électrique dont il est le gestionnaire et le producteur (hormis à Mayotte).

Ainsi selon un rapport parlementaire de 2014, « il peut prendre des décisions d’investissements qui engagent le territoire pour plusieurs décennies sans en référer aux collectivités locales » [1].

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Photovoltaïque, éolien, énergie marine, géothermie : des atouts pour l’Outre-mer.

Élaboration d’un plan de transition écologique


Cette inadaptation du cadre réglementaire national prive chaque territoire de prise d’initiative. Deux régions, la Martinique et la Guadeloupe, bénéficient de l’habilitation législative en matière d’énergie.

Elles manquent cependant de moyens et d’un appui technique des services de l’État pour mettre en place une politique ambitieuse en matière d’énergies renouvelables.

Dans le cadre de la planification écologique, les Conseils régionaux devront être associés pleinement à l’élaboration d’un plan de transition écologique adapté aux besoins de chaque collectivité d’Outre-mer.

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Soleil, mer... De l’énergie inépuisable. Shadi Desjardins

Le potentiel de la ressource marine est immense


Au regard des difficultés spécifiques de la Guyane, 80.000 Guyanais n’étant pas reliés au réseau, un plan prioritaire pour l’électrification des communes devra être mis en place et soutenu par l’État.

Développer les énergies marines dans le cadre de l’économie de la mer
Le potentiel de la ressource marine est immense : houle, climatisation marine, énergie thermique, osmose... À La Réunion un projet unique au monde, porté par les collectivités locales et l’ADEME, est en préparation. Il consistera à utiliser les eaux froides des profondeurs pour alimenter un réseau écologique de climatisation.

La technologie SWAC (Sea Water Air Conditioning) permettra de rafraichir un ensemble de 54 bâtiments, dont l’Université et l’aéroport, entre Saint-Denis et Sainte-Marie.

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Andy Warhol

Pour que les Outre-mer soient des territoires pilotes


Cela devrait permettre de réaliser 75% d’économie sur l’électricité consommée pour un coût de 150 millions d’euros. Une centrale d’électricité thermique maritime au large du Port est également en projet.

Selon l’Ademe, « une centrale d’énergie thermique des mers de 10 MW permet d’économiser en moyenne 1,97 million de tonnes de CO2 sur sa durée de vie par rapport à une centrale thermique fonctionnant aux énergies fossiles ».

Dans le domaine de l’économie de la mer et de la transition énergétique, les Outre-mer seront des territoires pilotes qui serviront de modèle au reste de la nation.

Perceval Gaillard
Insoumis réunionnais
Porte-parole du Parti de Gauche à La Réunion
Coresponsable de la commission Outre-mer du Parti de Gauche

Notes

[1Rapport d’information sur l’adaptation du droit de l’énergie aux Outre-mer, présenté le mercredi 19 septembre à la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi sur la transition énergétique. Les rapporteurs : Ericka Bareigts (PS, La Réunion) et Daniel Fasquelle (UMP, Pas-de-Calais).

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