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Édito

Didier Robert, grand communicateur

5 décembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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En annonçant la première pierre de la Route du Littoral pour ce mois-ci, le Président de la Région réussit un beau coup de communication.

Photographie : Imaz Press Réunion (IPR)

Conférence de presse le tant du mois, objet : établir un bilan, tracer des perspectives, formuler des avertissements, interpeller untel et untel etc. Si cette communication traditionnelle, prévisible et centrée sur le contenu survit, c’est un peu à la manière du Cœlacanthe, qui s’est fait oublier de l’Évolution dans le bleu nuit des fosses océaniques voisines de notre île.

Rien de plus abyssalement ennuyeux aux yeux du journaliste contemporain que ces péroraisons convenues, qui échouent en une dizaines de lignes torchées dans un coin de page, ou par une image éclair au JT, assortie d’un commentaire forcément réducteur.

Les attentes des médias réunionnais contemporains obligent les politiques à une gestion à la fois consciente et réactive de leur image.

Thierry Robert, le plus bruyant, est assez riche pour être omniprésent : il ne se passe pas un jour sans déclaration ou prise de position fracassante du multi-millionnaire député-maire de Saint-Leu. L’investissement — au sens figuré comme au sens propre — est pour l’heure payant. Reste à savoir si celui qui aspire à devenir le « supérieur hiérarchique », voire, selon un terme qu’il affectionne, le « maître » de La Réunion entière, ne finira pas par lasser l’opinion.

Car celle-ci ne se résume tout de même pas à l’« entourage pintade » qui court derrière « Titi » dans l’espoir d’un petit « graton ».

Plus affinée est la communication du Président de la Région, fondée sur une stricte économie de l’image et de l’apparition. Didier Robert l’a bien compris : le culte de la personnalité, auquel il n’a d’ailleurs pas l’air de tenir plus que ça, n’est guère payant, lorsque la crise met les élus à portée de claque. Aussi convient-il d’être discret lorsque ça chauffe — c’est-à-dire bien souvent — et de n’apparaître qu’à bon escient : lors du dénouement d’un conflit social, ou pour des prises de parti à contrepied savamment étudiées — on pense aux propos tout-à-fait inattendus sur la question de l’Autonomie.
Si le bilan « réel » de la mandature Robert donner lieu à débat, le constat d’une communication maîtrisée s’impose d’ores et déjà.

Et c’est un coup de maître en la matière que vient de jouer la Présidence de la région, en annonçant, la pose de la première pierre de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) « avant le 20 décembre », immédiatement après l’échec du recours formé par Eiffage contre l’attribution des marchés du chantier. Une cérémonie qui promet d’être fastueuse, avec invitation du Premier ministre, de deux membres du Gouvernement et d’un Commissaire européen à la clef.

« La Région tient ses délais », claironne M. Robert, faisant ainsi passer au second plan les critiques formulées le même jour à l’encontre de sa gestion de la Société publique locale d’aménagement (SPLA) « Maraïna », dont il perçoit un salaire en tant que PDG. Mais l’effet d’annonce recherché va bien au-delà de ces péripéties — car l’annonce de revenus ou d’indemnités cumulées n’a jamais contrarié une carrière politique sous nos cieux.

La route du littoral appartient à la mythologie réunionnaise : en créant un événement symbolique marquant sa réalisation, la Région tente de prendre la main — et y parvient.

Peu importe que le chantier soit réalisable — et il ne l’est probablement pas, du moins dans le cadre des coûts annoncés. Peu importe que les défis techniques puissent tous être relevés. Peu importe l’avis, imminent, des institutions de protection de la nature — même si l’on imagine mal l’État, dans un accès de jacobinisme, « battre à terre » un projet aussi énorme pour des questions écologiques. Peu importent, même, les conclusions de l’enquête publique. L’important, pour le maître d’œuvre, est de produire une impression de mouvement et d’avancée permanents… faisant ainsi peser toute la responsabilité d’un éventuel échec sur les contradicteurs et les opposants.

On peut même concevoir, en exagérant à peine, qu’une hypothétique fin de non-recevoir opposée par le Gouvernement à la pharaonique NLR constituerait un atout politique pour le Président de Région, qui deviendrait ainsi aux yeux de l’opinion la victime de l’arbitraire État PS dont la côte n’est pas précisément au plus haut, même dans notre île, où François Hollande avait pourtant recueilli 71,5% des suffrages.

Mal engagé dans la bataille tamponnaise, manœuvrier souvent à la peine dans la jungle partisane, en butte à l’hostilité de l’UMP parisienne, Didier Robert parvient donc à conserver l’avantage en terme de communication. Une ressource dont on n’a pas encore complètement compris l’importance, dans le jeu politique réunionnais de ce jeune XXIe siècle.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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