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Opinion

Brigitte Jacob W. : Une misère juste maquillée

22 novembre 2018
Brigitte Jacob Washington
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Nous sommes dans une réalité qui porte les séquelles du colonialisme. Les jeunes réunionnais qualifiés et diplômés sont contraints à l’exil. Pour ceux qui restent, pas de revendication possible. Réponse à la crise sociale : l’armée. Une analyse de Brigitte Jacob Washington.

Source : talentedpeopleinc.

Sans surprise... le sous-développement


Dans les années 80, alors étudiante en sociologie, je rédigeais un mémoire d’une cinquantaine de pages sur la situation sociologique de La Réunion. Mon étude examinait l’état du foncier, l’état du système scolaire, l’état sanitaire, l’emploi, etc.

Mon étude s’appuyait sur des chiffres publiés par l’INSEE et s’inscrivait dans une étude sociologique du sous-développement. Sans surprise, les conclusions menaient au constat que La Réunion s’inscrivait parfaitement dans ce qu’on appelle le sous-développement.

Le Chaudron. 1991. Image d’archives.

La misère d’alors est juste maquillée


Pas moins de dix années après, ce que l’on appelle couramment « les événements du Chaudron » éclatent, venant étayer mon analyse d’alors. Depuis, il y a eu divers mouvements de contestations et revendications mais en vérité le fond n’a jamais changé. La misère d’alors est juste maquillée par la construction d’infrastructures routières, l’ouverture de centres commerciaux qui en fait marquent davantage la fracture entre l’être et le paraître.

Nombreux sont ceux qui ne semblent pas comprendre que le scénario qui se déroule actuellement n’est que la répétition de ce qui s’exprime depuis près de trente ans. A vouloir étouffer des révolutions pacifiques, nous voilà face à une révolution violente.

La politique libérale de Macron vient aggraver la situation déjà explosive. On parle de casseurs, de gratelles, de cagniards. En premier lieu, il convient de se demander de qui sont constitués ces groupes. Il n’y avait qu’à faire un tour sur les barrages de nuit pour se rendre compte de qui les composaient. Une jeunesse délaissée à qui tout espoir de normalité a été retiré depuis longtemps.

Saint-Gilles en proie aux flammes, novembre 2018. Cette photo est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Comprendre le geste de destruction par le feu


Ne perdons pas de vue que la société réunionnaise est issue de la violente société de plantation qui a perpétué l’esclavage. Je ne reviendrai pas sur les horreurs mais il faut se rappeler que les noirs marrons qui s’échappaient dans les montagnes redescendaient dans les plaines pour mettre le feu aux plantations. Encore aujourd’hui, le feu reste la seule réplique pour s’opposer à l’injustice d’un système.

Prenez le temps d’observer ce qui est mis à feu. Concessionnaire autos, supermarchés, succursales des grandes enseignes commerciales : Mc Donald, Décathlon... Quels sont les quartiers pris à partie ? Saint-Gilles... Pourquoi Saint-Gilles ?


Une réalité qui porte les séquelles du colonialisme


Ceux qui vivent sur place savent bien de quoi je parle. Il existe une Réunion à deux vitesses. Celle que l’on fait miroiter dans les brochures touristiques et celle qui porte en elle la misère matérielle, la misère culturelle, intellectuelle que l’on déguise à coups d’aides, de subventions et déménagement de population via le CNARM [Comité national d’accueil et d’actions pour les Réunionnais en mobilité] qui est le remplaçant édulcoré du triste BUMIDOM [Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer] mis en place par le sinistre Michel Debré en 1963 et actif jusqu’en 1981...

Nous sommes dans une réalité qui porte les séquelles du colonialisme.

Les jeunes réunionnais qualifiés et diplômés sont contraints à l’exil. Pour ceux qui restent, pas de revendication possible. Réponse à la crise sociale : l’armée. L’armée sillonne les routes. Les hélicoptères de la gendarmerie et de l’armée tournoient au dessus de nos têtes depuis ce matin dans un manège incessant. Comprenne qui voudra.

Brigitte Jacob Washington

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