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Baleines : dites-leur « bye bye… »

21 juillet 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Malgré les multiples avis défavorables des institutions environnementales, le chantier de la NRL est autorisé à saccager le milieu marin qui accueille les baleines au large de La Possession. Cette année, les majestueux mammifères sont encore là : profitons-en, c’est peut-être la dernière fois.

Photo Dr Haus

Les baleines n’ont pas toujours fait partie du paysage réunionnais ; longtemps, on ne voyait de ces mammifères marins qu’un souffle d’écume à l’horizon ou, de loin en loin, la triste dépouille d’un baleineau drainé sur nos plages.

Depuis quelques années, les cétacés ont pris leurs quartiers d’hiver à quelques encablures des côtes occidentales de notre île, et notamment à La Possession, d’où le ballet des géants des mers bondissant hors des flots peut être observé sans jumelles — que celui qui n’a jamais ralenti pour jouir du spectacle jette la première pierre aux fauteurs d’embouteillage des « jours de baleine ».

Un spectacle devenu attraction, qu’une « charte » tente, tant bien que mal, de préserver en empêchant curieux et professionnels d’approcher de trop près les majestueuses créatures.

Les baleines ajoutent à la beauté de l’île, mais... pour combien de temps encore ?

Leur protection et celle d’autres mammifères marins fondent l’une des (multiples) objections opposées par les instances environnementales à la construction de la Nouvelle route du Littoral (NRL).

Un argument validé par le Conseil supérieur régional de protection de la nature (CSRPN), la DEAL [1], le Conservatoire mascarin, confirmé en aval par le Conseil national de protection de la nature (CNPN).

Le 24 juin 2014, cette haute autorité émettait un avis défavorable à la demande de dérogation formulée par la Région vis-à-vis des normes de protection visant les espèces suivantes : baleine à bec de Blainville, baleine à bec de Cuvier, baleine à bec de Longman, baleine à bosse, baleine franche.

En d’autres termes, la Région Réunion demandait l’autorisation de saccager l’espace où les baleines ont choisi de séjourner, là même où elle entend déverser près de 20 millions de tonnes de roches massives et des dizaines de milliers de tonnes de béton.

Tradition colbertiste oblige, le Gouvernement, qui, dans cette affaire, semble ne rien vouloir refuser à Bouygues et aux multinationales engagées dans la construction des 12 kilomètres les plus chers d’Europe, s’est dûment assis sur les recommandations des experts.

Un blanc-seing que l’exécutif régional s’est empressé de doubler d’une opération de communication d’un cynisme achevé entreprenant à grands bruits d’inscrire notre île sur… « La Route des Baleines », estampillée UNESCO.

C’est un peu comme si Marlboro assurait la promotion de la E-Cigarette ou si McDonalds subventionnait le militantisme vegan... Mais la Pyramide inversée, adepte du « plus c’est gros, plus ça passe » ne craint guère les contradictions, fussent-elles de la taille d’un cachalot.

Pour l’heure, le chantier quasi-virtuel se limite à déverser des roches au niveau de la Grande Chaloupe — comme par fait exprès, d’ailleurs, à l’endroit précis où les associations tamoules réunionnaises avaient l’habitude de célébrer la mémoire des ancêtres engagés —, à mettre quelques plate-forme de sondage en mer et — renseignements pris — à faire tourner quelques grues plus ou moins à vide, histoire de persuader l’automobiliste que « le chantier a commencé ».

Pas (encore) de quoi faire fuir les cétacés… mais il en ira autrement si jamais ce projet aux proportions délirantes vient à être réellement entrepris.

Dès lors, il faudra dire « bye bye » aux baleines…

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1DEAL : Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de La Réunion.

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