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Incitation au bonheur...

Anouk : « à ceux qui ne sont pas satisfaits de leur vie »

26 janvier 2015
Anouk Dewailly
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« La vie peut s’arrêter d’un coup, j’en sais maintenant quelque chose », écrit Anouk... Nous avons rencontré Anouk Dewailly et Raphaël De Lacotte au « Burger 66 », leur petit resto coloré des Roches Noires. Rien de commun avec un fastfood. On venait y trouver les burgers les plus loufoques et délicieux de la création mais aussi une joie de vivre, une énergie et une complicité uniques. Le 17 juin 2014... tout a basculé. Confrontés à la mort, dans des circonstances tragiques, d’un père et d’une sœur, Anouk, Raph et leur bébé Zao sont des rescapés de la vie. 7 mois plus tard, Anouk se livre avec ses mots. Un texte plein d’espoir qui retrace un parcours hors du commun et une volonté intacte de poursuivre la route. Témoignage...

Une faim en dehors des horaires habituels nous avait amenés un jour au « Burger 66 » petit resto en plein air, ouvert même l’après-midi. Le cadre est coloré, simple et rigolo. Au fourneaux (et aux platines), Raph concocte de délicieux burgers dont la composition ne manque pas d’originalité et diffuse une musique toujours de qualité. Le sourire d’Anouk nous accueille et son léger accent nous conseille quant au menu. Nous avons vite sympathisé, échangé, rigolé, partagé nos idées et nos goûts musicaux et politiques avec Anouk et Raph et nous avons pris nos habitudes au « Burger 66 »... Le 17 juin dernier, lors d’une ballade dans les hauts de l’île, Anouk, Raph et leur famille ont été victimes d’un accident : un pan de falaise s’est effondré sur le petit groupe de randonneurs. Le père d’Anouk et la soeur de Raph sont morts. 7 mois plus tard, Anouk écrit un « petit mémo en hommage à mon Papou ». « Ce texte sans prétention s’adresse à ceux qui ne sont pas satisfaits de leur vie, explique Anouk, qui sentent qu’ils ne sont pas à la bonne place et qu’il leur manque quelque chose »... Hommage intime en forme d’incitation au bonheur.

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Ma chance...
J’écris ce petit mémo en hommage à mon Papou
, qui trouvait toujours cocasse d’entendre les gens semi-envieux lui dire qu’il avait de la chance. Mes parents ont quitté leur France natale, sans rien, dans les années 80. C’était un choix, la chance n’avait rien à voir là dedans. Ils ont eu 4 enfants. On a grandi à Québec, on a toujours beaucoup voyagé. Là, c’était une question de priorités. Mes parents n’ont jamais eu de « char de l’année ». Tu peux faire le tour du monde avec un budget de BMW... tu sais ?

En famille, on a vécu aux Bermudes, en Polynésie... On est allé à l’école dans différents pays, surtout à celle de la Vie.

Le voyage, quand tu as la piqûre, tu as besoin de ta dose. Besoin de fumer ton p’tit joint de liberté, de découvertes et de nouveaux visages, d’aller toujours plus loin.

Mon histoire à moi a commencé le jour où j’ai su que Red Bull ouvrait des postes en marketing en France. Je suis partie 3 ans travailler là-bas. Ça a été une expérience des plus enrichissante. Mais la France n’était pas faite pour moi.

En rentrant à Montréal avec mon amoureux kidnappé dans l’hexagone, nous avions décidé de nous « poser » un peu. Nous avions tous les deux, finalement, de super boulots, un grand loft coin St-Laurent / Mont-Royal, une Mini Cooper, des amis, des restos et des bars préférés, une vie urbaine de jeunes trentenaires qui ont réussi dans la vie, selon des barèmes bien définis.

Puis on est partis en Martinique pour une petite semaine en plein mois de janvier pour éviter la dépression chronique hivernale. Un soir sur la plage, un peu pompette, j’ai lancé un défi à Raph : « le premier qui se trouve un job au bout du monde, on part ».

J’ai envoyé 67 CV dans les endroits les plus paumés de la terre. Après un entretien Skype, j’ai eu une proposition d’un poste en pub chez Luvi Ogilvy à Mayotte, j’ai accepté sans même pouvoir situer l’île sur une carte. On est parti en une semaine, avec une valise chacun et notre courage à deux mains.

Et ça a été le début de notre nouvelle vie. D’une vie qui nous ressemblait. Celle qu’on avait choisie. Celle où il n’y a pas de port d’attache et où les biens matériels n’ont que très peu de valeur.

Auriez vous osé faire le grand saut ? Tout abandonner quand tout va pour le mieux ? C’est facile de s’enfuir quand tout est chaotique dans ta vie, mais quand tout roule... faut être un peu maboule ?

Après quelques mois à Mayotte, les tensions sociales sont devenus insoutenables et nous nous sommes « sauvés » à La Reunion. Nous n’avions plus de travail, plus d’économie. Nous logions chez un couple d’amis que Raph avait rencontré à Madagascar.

Comme nos recherches de boulot n’allaient pas bon train, nous avons décidé de nous lancer, d’arrêter de jouer au pion, d’être enfin nos propres patrons. C’est ainsi qu’a commencé l’aventure du « Burger 66 ». Une bonne idée, au bon endroit, au bon moment.

Ça a marché, même très bien marché. Nous avons travaillé comme des tarés et puis on en a eu assez. La soif de nouveaux horizons était revenue, le flippage de boulettes avait atteint son apogée. On a vendu.

Et nous voilà donc aujourd’hui, à 3, à Los Angeles, en formation Sushis Chef. Pourquoi ? Bah pourquoi pas ? C’est toujours bien de rajouter des cordes à son arc. Dans une optique de vie saine et équilibrée, le Sushi domine son pote le Burger... aussi.

Et après ? Après c’est après. Pour l’instant, on profite de ce retour à la civilisation, de ce plongeon temporaire et éphémère dans la « vraie » vie en Californie, celle des vrais adultes qui ont réussi.

On repart début mars aux Antilles. On trouvera, j’en suis convaincue, encore cette fois, le bon projet, au bon moment, au bon endroit. J’ai la foi certes, beaucoup de volonté aussi, et encore une fois, je ne crois pas avoir de chance. Mon Papou disait du « guts », avec son accent français et sa soif insatiable du nouveau défi. Et moi, je crois en lui, en sa présence, en sa vision et en son énergie.

Ce texte sans prétention s’adresse à ceux qui ne sont pas satisfaits de leur vie, qui sentent qu’ils ne sont pas à la bonne place et qu’il leur manque quelque chose. Si votre quotidien, peu importe ce qu’il est, vous rend heureux, continuez, vous êtes sur une bonne lancée !

Mais la vie peut s’arrêter d’un coup, j’en sais maintenant quelque chose, alors faites ce que vous aimez et faites-le bien, faites-le mieux que tout le monde.

Faites-le aussi parce qu’on n’a qu’une vie... a priori.

Je vous aime.

Anouk Dewailly

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