Categories

7 au hasard 10 mars 2016 : Zika : grand risque et petites manipulations politiciennes... - 13 mai 2013 : Dockers : « Ce n’est pas nous qui paralysons l’économie » - 5 juillet 2015 : La résistance et la victoire du peuple grec sont un signal fort ! - 22 juin 2013 : "Assange se prépare à rester cinq ans de plus" - 7 novembre 2013 : L’incroyable histoire de la route du Littoral - 25 décembre 2015 : 20 décembre : un manger-cochon révisionniste - 22 mars 2016 : #UnfairAndLovely : Non au diktat des peaux blanches - 7 février : Cyclone du 7 février 1847 : « une négresse, des poules, une charrette »... - 28 septembre 2013 : Hommage à Gandhi à Ravine Blanche - 19 juin 2013 : Vladivostok, le maître de l’Orient -

Accueil > 7 au menu > 7 à voir > Zéro (Enzensberger)

Vu à Saint-Paul

Zéro (Enzensberger)

26 août 2014
Run dragster
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Run dragster met la gomme et rapporte incognito spectacles et événements. Et dégomme les impostures.

Cet hiver, pas grand-chose à mettre dans le carbu, les directeurs de ceci-cela sont ou bien au Festival d’Avignon où il ne se passe rien, ou bien en vacances à Saint Tropez. Ah si ! Opus Pocus à Saint Paul, un festival improbable au nom imprononçable.

Je n’ai pas garé mon drag à tous les concerts. Voyons Miguel Gomez Orquestra et Skatalite. Rien de spécial à dire sinon que c’était, pour le premier, courageux d’inviter les écoles privées de salsa locales avec leurs professeures bien roulées. Quant à Skatalite, il reste de l’époque glorieuse du ska (Rappelons qu’en 1980, Jean-Luc Trulès, celui des opéras, fut élu Monsieur Ska au camping d’Etang-Salé-les-bains, hé hé !) un musicien jamaïcain hors d’âge qui ramait sur son saxo.

Bon, on a eu le temps d’admirer l’architecture lascar-Compagnie des indes de l’École franco-chinoise. Et le temps de s’interroger sur le curieux public de la manifestation, composé de Zorey et de bobos créoles. Pour les Jamaïcains on pouvait s’attendre à croiser les tribus Hailé Sélassié de La Réunion — capitale Saint Paul — eh bien pas du tout, à Skatalite, il y avait près de mille jeunes blancs zorey/babs — capitale Saint-Leu.

Un phénomène de société, cette population : au lieu de roupiller, à vos stylos, messieurs les ethnologues de l’Université de La Réunion !

Ambiance sympa au demeurant cet Opus Pocus dont le nom s’inspire d’hocus pocus, « arnaque » en argot du Bronx. Le truc c’est de se focaliser sur un instrument de musique, n’importe lequel, accordéon, guitare, cuivres et de faire un festival autour.

Pourquoi pas un festival avec les musiciens qui portent des lunettes, ou sont sourds, ou s’appellent Roger. Nous atteignons le cœur du réacteur, le degré zéro culturel réunionnais : financement d’événements absurdes, sans contenu, et financement d’œuvres sans passé, sans avenir. La création, quand il y en a, est confondue avec le divertissement. Pourquoi Opus Pocus ? Pourquoi pas ?

Ce qui nous amène à « Médiocrité et folie » de l’allemand Hans Magnus Enzensberger, Gallimard, qu’il est approprié de lire. Eh oui, quand La Réunion manque de spectacles (Avignon, Saint Tropez...) et que vous avez ingurgité au cinéma jusqu’au dernier des super-héros américains, pourquoi ne pas garer votre dragster devant une médiathèque (J’emploie ce terme à dessein à Saint-Paul au lieu de bibliothèque) et lire quelques ouvrages de vacance.

Les sujets philosophiques sont en principe ardus, mais, en fait non sous la plume d’Hans Magnus, au nom digne de notre festival, et traités avec beaucoup d’esprit. C’est un recueil d’articles sur des thèmes divers, par exemple le FMI et la banque mondiale, ou le Bild Zeitung — catastrophe de la liberté de la presse, la littérature comme Alka Selzer, la télé, le crépuscule des critiques (ça, c’est pour Run Dragster), l’éloge de l’analphabétisme, la protection de la jeunesse contre les productions de la poésie, etc. Ce genre de sujets très plaisants.

Il faut retenir de ces analyses celles de la quête contemporaine effrénée du « Zéro contenu », du « Zéro degré », de la « bouillie » et du « vide de sens » qui encombrent les productions d’aujourd’hui. Ce qu’Enzensberger tente d’expliquer par les données économiques et l’évolution du capitalisme : en gros que l’ouvrier-producteur est devenu consommateur. Sa réflexion sur « l’analphabétisme secondaire » est à ce sujet particulièrement savoureuse. Dans les sociétés occidentales opulentes et consuméristes, dans lesquelles on peut ranger La Réunion, tout le monde est censé être instruit et savoir lire. Mais quoi ? L’éducation et la culture sont ouvertes à presque tous, soit, mais y accéder est facultatif.

Aller, un p’tit extrait qui vous mette l’eau à la bouche : « L’analphabète secondaire est le produit d’une nouvelle phase de l’industrialisation. Une économie dont le problème n’est plus la production mais la vente, peut ne plus avoir besoin d’une armée de réserve disciplinée ; il lui faut des consommateurs qualifiés. L’entrainement sévère, auquel le travailleur du secteur de la production et l’employé de bureau étaient soumis devient également superflu et l’alphabétisation une entrave dont il convient de se débarrasser le plus rapidement possible. Notre technologie a développé, en même temps que les données du problème, la solution adéquate : la télévision, média idéal pour l’analphabète secondaire ».

Vroum vroum ! Ne désespérons pas, bonne lecture et en route vers de nouvelles aventures !

Run dragster

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter