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Iftar à La Réunion

Viv an kréol... Vivre en créole

18 juin 2016
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Depuis les rives de l’enfance, on entendait Madoré, le chanteur de rue, déblatérer avec malice sur les « Zenfant bâtard » ; une « batarsité » que « maloyera » plus tard Danyel Waro. On achetait des billes à la « boutique chinois, pou joué kanèt », on mangeait des bouts de cannes à sucre décortiqués avec les dents, on guettait le jako-malbar, on jouait Kadok dans la cour de l’école et on espérait le « bonbon-ramadan » aux parfums envoûtants. Vivre en créole ! Sa mèm : viv an kréol.

Les odeurs inimitables de l’enfance...

Cela se passe aujourd’hui dans une ruelle bordant une cité épinglée comme sensible par les statistiques officielles. Ici, cela fait longtemps que l’action sociale se résume pour bonne part à une négociation politique : « in ti kontra siouplé-mersi » [1].

Ce quartier — comme tant d’autres à La Réunion — a une âme, un cœur qui bat : les tambours-malbar résonnent quelques rues plus loin ; un groupe de maloya répète dans l’arrière-cour d’un voisin téléspectateur assidu de la chaîne Arte ; au bas d’un immeuble, la sono d’une voiture déverse Kassav et Cassiya pour un anniversaire ; les marmailles font péter les pétards tout au long de l’année et ravagent dans le chemin ; quelques soulards donnent de la voix promettant à tous un meilleur jour « demain » ; les chiens leur répondent en écho. Un vieux Malgache, usé par les ironies de la vie, s’est autoproclamé « amuseur de rue » : sa voix résonne d’un bout à l’autre du quartier et se mêle au pia-pia des oiseaux. Une antique motocyclette débridée perce la nuit de son rugissement infernal. Un vrai bouillon de culture...

Joueurs de canettes... Illustration de Térésa Small, extraite de "Pipit, marmay Le Port, carnet d’enfance" écrit par le poète Patrice Treuthardt.

Un vrai quartier avec ses ruelles bordées d’herbes folles, ses petites cases cachées au milieu de jardins généreux, ses deux oratoires dédiés à Saint-Expédit, son médecin et sa pharmacie, son éclairage public défaillant, quelques immeubles en toile de fond...

On n’est pas « Rue de la Sardine » mais ça y ressemble parfois.

Et dans cette ambiance inimitable, en cette fin d’après-midi, quelques fidèles se dirigent vers une petite mosquée située en bordure du quartier pour le rituel de la rupture du jeûne : l’iftar. On est en plein ramadan. Quelques minutes plus tard, ils ressortent de la mosquée, les bras chargés de petites assiettes entourées de papier aluminium et les distribuent aux riverains.

Le papier aluminium cachait un souvenir de l’enfance : des bonbons sucrés mais aussi de petits catless si addictifs... Oui, nous vivons en Créoles.

Oui, nou viv an kréol.

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Un petit contrat s’il vous plaît. Merci.

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